QuestionsQu'est-ce qu'une société juste ?La paix perpétuelle : des républiques, une fédération d'États libres et l'hospitalité universelle
Qu'est-ce qu'une société juste ?Une seule humanité

La paix perpétuelle : des républiques, une fédération d'États libres et l'hospitalité universelle

Le projet de paix perpétuelle

Kant 1724 · 1804Fixer les limites de la raison ; agir par devoir.
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Ce qu'il soutient

Pour instituer la paix perpétuelle, il faut que chaque État soit une république, que les États forment une fédération et que les étrangers soient protégés par l'hospitalité ; et ce but n'est pas une chimère.

Pourquoi

La paix n'est pas naturelle et doit être instituée : dans une république, ceux qui paient la guerre doivent y consentir.

La même idée à travers l'histoire
Marc Aurèle170Tous les humains sont concitoyens d'une même cité, le monde : l'idée ancienne d'un droit qui dépasse les frontières des États.
Charles-Irénée Castel, abbé de Saint-Pierre1713Premier grand projet moderne : une union permanente des États européens, avec un arbitre commun, pour garantir la paix.
Kant1795Il en fait un argument de philosophie du droit : trois niveaux de droit public et une garantie par la nature.
En bref

« La paix perpétuelle : des républiques, une fédération d'États libres et l'hospitalité universelle » est un argument de Kant (Vers la paix perpétuelle (Zum ewigen Frieden), 1795, 1795) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : une seule humanité). Sa thèse : Pour instituer la paix perpétuelle, il faut que chaque État soit une république, que les États forment une fédération et que les étrangers soient protégés par l'hospitalité ; et ce but n'est pas une chimère. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 8 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Vers la paix perpétuelle (Zum ewigen Frieden), 1795
Valide

En 1795, l'Europe est en guerre et la Révolution française vient de l'ébranler. Kant propose un traité de paix pour de bon, qui ne soit pas une simple trêve. Son idée : la paix n'est pas l'état naturel entre les humains, elle doit être instituée, et seulement par le droit. Il en tire trois exigences, une pour chaque niveau de droit public. À l'intérieur, chaque État doit avoir une constitution républicaine. Entre les États, il faut une fédération d'États libres, pas un État mondial. Entre les individus et les États étrangers, le droit se limite à l'hospitalité : ne pas être traité en ennemi quand on arrive en paix. Il ajoute que la nature elle-même y pousse. C'est le camp « universel » parce que le droit y vaut pour tous les êtres humains, au-delà des frontières. La forme P1..P8 → C est notre reconstruction.

P1La paix n'est pas l'état naturel entre les humains, qui est plutôt une menace constante de guerre. La paix doit être instituée, et cela ne peut se faire que dans un état de droit.
P2À l'intérieur, la seule constitution qui sort de l'idée du contrat originaire est la constitution républicaine, fondée sur la liberté des membres, leur soumission à une législation commune et leur égalité de citoyens.
P3Dans une république, les citoyens doivent consentir à la guerre, alors qu'ils en paieraient les frais de leur personne et de leurs biens : ils y regarderont à deux fois. Un chef qui est propriétaire de l'État, lui, n'y perd presque rien.
P4Entre les États, qui sont comme des individus à l'état de nature, le droit exige une fédération d'États libres, qui ne forme pas un État unique : un État des peuples serait contradictoire, car plusieurs peuples réunis en un État n'en feraient plus qu'un.
P5Entre les étrangers et les États, le droit cosmopolitique se limite à l'hospitalité : le droit pour un étranger, arrivé en paix, de ne pas être traité en ennemi. Ce n'est pas un droit d'être reçu comme un hôte.
P6La nature elle-même travaille pour la paix : elle fait sortir la concorde de la discorde des hommes, même contre leur volonté, par la guerre qui disperse les peuples et les force à se donner des lois.
P7L'esprit de commerce ne peut pas coexister avec la guerre et s'empare tôt ou tard de chaque peuple : les États sont poussés par l'intérêt à favoriser la paix.
P8Cette garantie de la nature ne permet pas de prédire la paix, mais elle suffit au point de vue pratique : elle fait un devoir de travailler à ce but, qui n'est donc pas une chimère.
Donc, pour instituer la paix perpétuelle, il faut que chaque État soit une république, que les États forment une fédération et que les étrangers soient protégés par l'hospitalité ; et ce but n'est pas une chimère.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
L'argument est valide tel que Kant l'écrit, sans prémisse cachée. P1 pose que la paix passe par le droit ; P2 à P5 disent ce que le droit exige à chaque niveau ; P6 à P8 ajoutent que la nature rend ce but réaliste. Tout le débat porte donc sur les prémisses. P4 est la plus attaquée : une fédération sans pouvoir au-dessus des États peut-elle vraiment empêcher la guerre ? Hegel répond que non. P2 est discutée aussi : faut-il que tous les États soient des républiques ? Rawls en doute. Et P1 suppose que la paix est un projet du droit, ce que Schmitt conteste.
Analogie. Dans un immeuble, la paix entre voisins ne vient pas de leur seule bonne volonté. Il faut un règlement (droit intérieur), des règles communes entre les immeubles de la rue (fédération), et la règle que le visiteur pacifique ne soit pas chassé à coups de pied (hospitalité). Mais personne n'est obligé d'avoir un seul immeuble pour toute la rue.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Hegel (pas de préteur entre les États) 1820 · attaque la prémisse 4

Entre les États, il n'y a pas de préteur, c'est-à-dire pas de juge au-dessus d'eux, tout au plus des arbitres et des médiateurs, et encore seulement si les volontés particulières le veulent. L'idée kantienne d'une paix perpétuelle par une alliance d'États qui réglerait chaque différend suppose que les États soient d'accord, mais cet accord repose lui-même sur leur volonté souveraine, donc sur le hasard (Principes de la philosophie du droit, § 333, Remarque).

Kant répond
Kant (ce qu'il avait déjà écrit, vingt-cinq ans avant Hegel) 1795 · Kant admet que la fédération n'est qu'un « substitut négatif »
Kant sait que l'idéal serait une république universelle, mais les États n'en veulent pas. À défaut, il ne reste qu'un substitut négatif : une alliance permanente qui détourne la guerre et s'étend de plus en plus. Il ajoute qu'on devra toujours craindre qu'elle se rompe (Vers la paix perpétuelle, 2e article définitif).
Hegel 1820
Hegel en tire la conséquence : quand les volontés particulières des États ne trouvent aucun accord, le différend ne peut être tranché que par la guerre. Et comme un État peut mettre son honneur dans chacun de ses intérêts, il est impossible de dire d'avance quelles offenses justifieraient la guerre (Principes de la philosophie du droit, § 334).
Où en est le débat (notre résumé)Kant et Hegel s'accordent qu'aucun juge ne s'impose aujourd'hui aux États. Kant juge que la raison oblige quand même à créer cette fédération, même si elle reste fragile ; Hegel juge qu'un accord fondé sur des volontés souveraines reste un simple devoir-être. Le désaccord de fond est de savoir si un ordre juridique entre États peut tenir sans un pouvoir qui l'impose. Point ouvert, sans réponse largement acceptée. Notre résumé.
C
Carl Schmitt 1932 · attaque la conclusion

Pour Schmitt, le politique se définit par la possibilité de distinguer l'ami de l'ennemi, et la guerre en est l'éventualité extrême. Un monde où cette possibilité serait abolie par un ordre juridique universel n'aurait plus de politique : il serait dépolitisé. Il soupçonne aussi qu'au nom de l'humanité un État puisse dénier à son adversaire le statut d'ennemi ordinaire et lui faire une guerre sans limites (La notion de politique, 1932).

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1932, après sa mort (1804).
Où en est le débat (notre résumé)Schmitt récuse l'idée même d'une paix par le droit universel ; Kant la tient pour un devoir de la raison. Les deux regardent la guerre en face, mais l'un en fait la limite du politique, l'autre le mal que le droit doit abolir. Désaccord de fond, sans réponse largement acceptée. Notre résumé.
John Rawls 1999 · attaque la prémisse 2

Rawls reprend l'idée kantienne d'une société des peuples libres, mais pas l'exigence que tous soient des républiques. Il admet qu'un peuple « décent », non libéral et hiérarchique mais respectueux des droits humains et de la paix, soit membre à part entière de cette société. Les peuples libéraux doivent le tolérer, non le contraindre à devenir une démocratie (Le droit des gens, 1999).

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1999, après sa mort (1804).
Où en est le débat (notre résumé)Rawls et Kant s'accordent sur la fédération et sur le refus d'un État mondial. Ils divergent sur la condition d'entrée : une république pour Kant, un peuple « décent » suffit pour Rawls. Le débat porte sur la tolérance envers les régimes non libéraux. Point ouvert, sans réponse largement acceptée. Notre résumé.