Tu dois, donc tu peux : la loi morale nous révèle la liberté
« Tu dois, donc tu peux » (la liberté transcendantale ; ratio cognoscendi)
Nous sommes libres au sens transcendantal, du point de vue pratique. Nous ne le savons pas par la science mais par la morale : la loi morale est la raison de connaître de la liberté, et la liberté est la raison d'être de la loi morale.
Nous avons conscience d'un devoir sans condition, et devoir suppose pouvoir : nous nous reconnaissons donc libres.
« Tu dois, donc tu peux : la loi morale nous révèle la liberté » est un argument de Kant (Critique de la raison pratique, 1788 (préface, §6) ; Critique de la raison pure, 3e antinomie, 1781) sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : le libre arbitre). Sa thèse : Nous sommes libres au sens transcendantal, du point de vue pratique. Nous ne le savons pas par la science mais par la morale : la loi morale est la raison de connaître de la liberté, et la liberté est la raison d'être de la loi morale. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Si tout dans la nature a une cause, comment serions-nous libres ? Kant ne cherche pas à prouver la liberté par la science : il part de la morale. Quand je sais que je dois faire quelque chose, je juge que je le peux, même si je ne sais pas si je le ferai. Cette conscience du devoir me fait connaître en moi une liberté que rien d'autre ne me montrerait. Kant en tire une formule célèbre : la loi morale est la raison de connaître (ratio cognoscendi) de la liberté, et la liberté est la raison d'être (ratio essendi) de la loi morale. La formule « tu dois, donc tu peux » résume ce raisonnement ; ce n'est pas une citation mot pour mot de Kant.
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Sans la prémisse implicite : Sans P6, on peut accepter les cinq autres prémisses et refuser la conclusion : la liberté est peut-être nécessaire à la morale et non réfutée par la science, mais cela ne prouve pas qu'elle existe. Un moraliste pourrait même conclure que la morale est une illusion.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Arthur Schopenhauer 1839 · attaque la prémisse 1Schopenhauer écarte le raisonnement « tu peux, parce que tu dois », qu'il appelle un « postulat » de Kant plus qu'une preuve. Il ne faut pas confondre la conscience de soi avec la conscience morale : les instincts moraux ne se développent qu'après l'expérience et la réflexion, et on ne sait pas séparer ce qui est naturel en eux de ce que l'éducation morale et religieuse ajoute. Ce ne serait donc pas un fait pur et immédiat de la raison.
Kant répond
Schopenhauer écarte le raisonnement « tu peux, parce que tu dois », qu'il appelle un « postulat » de Kant plus qu'une preuve. Il ne faut pas confondre la conscience de soi avec la conscience morale : les instincts moraux ne se développent qu'après l'expérience et la réflexion, et on ne sait pas séparer ce qui est naturel en eux de ce que l'éducation morale et religieuse ajoute. Ce ne serait donc pas un fait pur et immédiat de la raison.
Pierre-Simon de Laplace 1814 · attaque la prémisse 3Laplace tient pour une illusion l'idée qu'on se détermine de soi-même, sans motifs : on perd de vue les raisons fugitives de son choix. Nous devons envisager l'état présent de l'univers comme l'effet de son état antérieur et comme la cause de celui qui suit. Il n'y a donc pas de place pour une causalité libre dans la chaîne des événements.
Kant répond
Laplace tient pour une illusion l'idée qu'on se détermine de soi-même, sans motifs : on perd de vue les raisons fugitives de son choix. Nous devons envisager l'état présent de l'univers comme l'effet de son état antérieur et comme la cause de celui qui suit. Il n'y a donc pas de place pour une causalité libre dans la chaîne des événements.
David Hume 1748 · attaque la prémisse 3Par liberté, on ne peut entendre que le pouvoir d'agir ou de ne pas agir selon les décisions de la volonté : si nous choisissons de rester en repos, nous le pouvons ; si nous choisissons de bouger, nous le pouvons aussi. Ce pouvoir, dit Hume, que l'on peut appeler hypothétique, appartient à tous ceux qui ne sont ni prisonniers ni enchaînés. Il n'y a donc pas matière à dispute.
Kant répond
Par liberté, on ne peut entendre que le pouvoir d'agir ou de ne pas agir selon les décisions de la volonté : si nous choisissons de rester en repos, nous le pouvons ; si nous choisissons de bouger, nous le pouvons aussi. Ce pouvoir, dit Hume, que l'on peut appeler hypothétique, appartient à tous ceux qui ne sont ni prisonniers ni enchaînés. Il n'y a donc pas matière à dispute.