Peut-on être certain de quelque chose ?Ce qui échappe aux mots

La subjectivité est la vérité

Søren Kierkegaard 1813 · 1855La vérité est subjective : il faut faire le saut de la foi.
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Ce qu'il soutient

Pour un être qui existe, la vérité essentielle est dans le rapport passionné du sujet : « la subjectivité est la vérité ».

Pourquoi

La recherche objective ne finit jamais, alors que la décision sur ma vie est urgente : la vérité essentielle est dans mon rapport passionné.

En bref

« La subjectivité est la vérité » est un argument de Søren Kierkegaard (Post-scriptum, II, 2, chap. 2 (Johannes Climacus)) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : ce qui échappe aux mots). Sa thèse : Pour un être qui existe, la vérité essentielle est dans le rapport passionné du sujet : « la subjectivité est la vérité ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Post-scriptum, II, 2, chap. 2 (Johannes Climacus)
Valide avec une prémisse implicite

Johannes Climacus, pseudonyme de Kierkegaard qui se dit lui-même non chrétien, signe le Post-scriptum (1846) ; Kierkegaard a demandé qu'on lui attribue ces mots. Climacus ne parle pas des mathématiques ni des faits ordinaires, mais des vérités qui engagent toute une vie : Dieu, l'immortalité, comment vivre. Pour celles-là, dit-il, ce qui compte n'est pas seulement ce que l'on croit, mais comment on le croit : « Objectivement on accentue ce qui est dit ; subjectivement, comment cela est dit. »

P1Pour un être qui existe, la recherche objective sur ces questions (preuves, histoire, érudition) ne tranche jamais : elle n'est qu'une approximation sans fin.
P2Or ces questions demandent une décision maintenant : le chercheur pourrait mourir demain.
P3 · prémisse impliciteUne vérité qui doit guider ma vie maintenant, mais qui ne serait accessible qu'au bout d'une recherche objective sans fin, ne serait pas une vérité pour un être qui existe.
P4La vérité est soit du côté de l'objet (ce qu'on croit), soit du côté du rapport du sujet à cet objet (comment on le croit). Un être qui existe ne peut pas être aux deux places à la fois, comme le voudrait la « médiation » de Hegel.
Donc, pour un être qui existe, la vérité essentielle est dans le rapport passionné du sujet : « la subjectivité est la vérité ».

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où la recherche objective ne tranche pas, où il faut décider maintenant, et où la vérité est pourtant du côté de l'objet : on doit alors décider sans la posséder.
Valide avec P3, que Climacus ne formule pas mais suppose : une vérité qu'on ne pourrait jamais atteindre à temps ne compte pas pour celui qui doit vivre. Sans P3, on peut accepter P1, P2 et P4 et dire quand même : la vérité est du côté de l'objet, tant pis si on ne l'atteint pas. C'est exactement ce que répondent ses critiques.
Analogie. Deux personnes prient. L'une, dans une église, a les bonnes idées sur Dieu mais prie machinalement. L'autre, dans un pays lointain, prie de toute son âme devant une idole. Climacus demande : où y a-t-il le plus de vérité ? Pour lui, la seconde prie en vérité, même devant une idole.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

O
Objection anticipée par Johannes Climacus : la folie attaque la conclusion

Si la vérité est dans la passion du sujet, le fou passionné par son idée fixe serait dans la vérité. On ne pourrait plus distinguer la vérité de la folie.

Kierkegaard répond
Kierkegaard Réponse de Johannes Climacus (pseudonyme de Kierkegaard)
La passion de l'infini n'est jamais folie. Le fou s'attache avec passion à une petite chose finie et figée, une idée fixe. Ce qui fait la folie, ce n'est donc pas la subjectivité, mais ce petit fini auquel elle s'accroche.
Le débat continue (notre résumé) Ses critiques remarquent que cette réponse réintroduit un critère tiré de l'objet (l'infini, pas une chose finie) : le « quoi » compte donc aussi un peu.
O
Objection courante : le relativisme attaque la conclusion

Si seul compte le « comment », toute croyance tenue avec assez de passion devient vraie. Son propre exemple le montre : l'idolâtre passionné serait plus dans la vérité que le chrétien distrait. C'est « à chacun sa vérité ».

Kierkegaard répond
Kierkegaard Réponse de Johannes Climacus (pseudonyme de Kierkegaard)
Plus loin dans le même livre, il précise : être chrétien ne se définit pas par le « quoi » du christianisme mais par le « comment » du croyant ; et ce comment ne convient qu'à une seule chose, le paradoxe absolu. Le comment n'est donc pas n'importe quel comment.
Le débat continue (notre résumé) Pour un relativiste comme pour un rationaliste, cette réponse revient à réintroduire un contenu précis (le Dieu fait homme) que le « comment » seul ne permet pas de choisir. Climacus le reconnaît : savoir si le christianisme a raison est « une autre question ».
Paul Edwards, « Kierkegaard and the "Truth" of Christianity » 1971 · attaque la prémisse 4

Le choix « l'objet ou le rapport » est un faux dilemme. Le mot « vérité » change de sens en route : une croyance est vraie si ce qu'elle dit est le cas ; « être dans la vérité » par sa passion, c'est être sincère. La sincérité ne rend pas une croyance vraie, et on peut avoir les deux à la fois.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1971, après sa mort (1855).
Le débat continue (notre résumé) Ses défenseurs répondent que Climacus ne nie pas la vérité des propositions (les mathématiques restent vraies, simplement « indifférentes ») : il parle d'une autre question, celle de la manière d'exister dans ce que l'on croit.