QuestionsL'esprit est-il le cerveau ?Si la douleur était un état du cerveau, elle le serait nécessairement : or on peut la concevoir sans lui
L'esprit est-il le cerveau ?L'esprit n'est pas matière

Si la douleur était un état du cerveau, elle le serait nécessairement : or on peut la concevoir sans lui

L'argument modal de Kripke contre la théorie de l'identité

Saul Kripke 1940 · 2022Si la douleur était identique à un état du cerveau, elle le serait nécessairement ; or on peut concevoir l'un sans l'autre.
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Ce qu'il soutient

La douleur n'est pas identique à un état du cerveau (la théorie de l'identité entre types est fausse). Pour Kripke, cela pèse lourdement contre les formes habituelles du matérialisme, sans prouver qu'aucune autre version ne marche.

Pourquoi

Si douleur et état du cerveau étaient identiques, ils le seraient nécessairement ; or on peut concevoir l'une sans l'autre, sans illusion.

La même idée à travers l'histoire
Descartes1641Descartes pense que ce qu'on peut concevoir clairement sans autre chose peut exister sans elle. Il conclut ainsi que l'esprit est distinct du corps. Kripke reprend cette forme d'argument, mais seulement contre l'identité de la douleur avec un état du cerveau.
Saul Kripke1980Kripke (conférences de 1970, publiées en 1972 puis en livre en 1980) montre que l'identité entre la douleur et un état du cerveau, si elle était vraie, serait nécessaire. Il reste prudent : il n'affirme pas le dualisme, il dit que les analogies habituelles ne sauvent pas la théorie de l'identité.
En bref

« Si la douleur était un état du cerveau, elle le serait nécessairement : or on peut la concevoir sans lui » est un argument de Saul Kripke (Naming and Necessity, 1980, conférence III, 1980) sur la question « L'esprit est-il le cerveau ? » (réponse : l'esprit n'est pas matière). Sa thèse : La douleur n'est pas identique à un état du cerveau (la théorie de l'identité entre types est fausse). Pour Kripke, cela pèse lourdement contre les formes habituelles du matérialisme, sans prouver qu'aucune autre version ne marche. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 4 prémisses. AskPhilosophy présente 2 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Naming and Necessity, 1980, conférence III
Valide

L'eau est H2O, et l'éclair une décharge électrique : ce sont des découvertes de la science, et pourtant, dit Kripke, elles ne pouvaient pas être autrement. Si la douleur était identique à un état du cerveau, ce serait vrai de la même façon : nécessairement. Or il semble tout à fait possible d'avoir mal sans cet état, ou d'avoir cet état sans avoir mal. Pour l'eau, on peut expliquer cette impression de possibilité par une illusion. Pour la douleur, dit Kripke, c'est impossible. Attention : Kripke n'affirme pas pour autant que l'esprit est immatériel. Il rejette l'identité entre la douleur et un état du cerveau, et dit que c'est un coup lourd contre les formes habituelles du matérialisme.

P1Les mots « douleur » et « stimulation des fibres C » (un état du cerveau) sont des désignateurs rigides : ils désignent la même chose dans toutes les situations possibles. Une douleur est essentiellement une douleur.
P2Si deux désignateurs rigides désignent la même chose, l'identité est nécessaire. Donc, si la douleur est identique à cet état du cerveau, il n'y a aucune situation possible où l'une existe sans l'autre.
P3Il semble pourtant possible que l'une existe sans l'autre : la correspondance entre un état du cerveau et une sensation paraît avoir un élément évident de contingence.
P4On ne peut pas expliquer cette apparence de possibilité comme on l'explique pour la chaleur ou l'eau. Dans ces cas, ce qui paraît possible, c'est que le phénomène existe sans être senti comme chaleur (ou sans l'apparence de l'eau). Pour la douleur, ce serait un état du cerveau existant sans être senti comme douleur, c'est-à-dire sans douleur du tout, ce qui contredit l'identité. La douleur est désignée par son caractère vécu lui-même, qui est une propriété essentielle.
P5 · prémisse impliciteSi quelque chose paraît possible et que cette apparence ne peut pas être expliquée comme une illusion, alors c'est vraiment possible. (Hill, qui résume l'argument, la présente comme une prémisse de Kripke.)
Donc la douleur n'est pas identique à un état du cerveau (la théorie de l'identité entre types est fausse). Pour Kripke, cela pèse lourdement contre les formes habituelles du matérialisme, sans prouver qu'aucune autre version ne marche.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, on pourrait accepter que cela nous paraisse possible, sans en conclure que c'est possible. On dirait que notre imagination est mauvaise juge, comme celui qui imagine pouvoir faire d'une chaise un objet sans matière. C'est exactement la position de Hill et de Loar.
L'argument est valide. Supposons que la douleur soit identique à l'état du cerveau : par P1 et P2, l'identité est nécessaire, donc aucune situation possible ne les sépare. Mais P3, P4 et P5 disent qu'une telle situation est possible. Contradiction : l'identité est donc fausse. Les objections portent sur P4 (peut-on expliquer l'apparence autrement ?) et sur P5 (concevoir, est-ce assez pour dire que c'est possible ?).
Analogie. On peut imaginer un monde où une substance claire et potable remplit les lacs mais n'est pas H2O : ce monde est possible, mais ce n'est pas de l'eau. Pour la douleur, dit Kripke, ce genre de distinction ne marche pas : une « fausse douleur » qui ne fait pas mal n'est pas une douleur.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

C
Christopher Hill 1997 · attaque la prémisse 4

Hill accepte la reconstruction de l'argument, mais affirme que Kripke ne défend nulle part l'idée que le modèle de l'eau et de la chaleur soit la seule façon d'expliquer une apparence de possibilité. Selon lui, l'impression de pouvoir imaginer la douleur sans état du cerveau vient de deux sortes d'imagination, qui marchent séparément : l'imagination « sympathique », qui nous met dans un état semblable à celui que nous avons quand nous sentons la douleur, et l'imagination « perceptive », qui peut former l'image d'une situation sans processus cérébral. On les assemble sans incohérence, mais cela ne montre pas que ce soit objectivement possible.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Kripke dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Le débat continue (notre résumé). Hill note lui-même que l'argument de Kripke garde des défenseurs de poids (il cite Hart, Yablo et Chalmers).
B
Brian Loar 1990 · attaque la prémisse 4

Loar accorde que l'identité entre un état de sensation et un état du cerveau est une identité a posteriori, mais nie qu'il faille l'expliquer comme pour l'eau. Les concepts de sensation (« cette douleur-là ») sont des concepts de reconnaissance qui désignent directement leur propriété physique, sans passer par une apparence qui pourrait s'en séparer. L'identité est vraie et nécessaire, et pourtant elle ne paraît pas évidente, parce que nous avons deux sortes de concepts du même état. L'apparence de possibilité vient de là.

sans réponse
Kripke a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Le débat continue (notre résumé) Le débat continue (notre résumé, de seconde main : l'article de Loar n'a pas pu être consulté). Les partisans de Kripke et de Chalmers répondent que cette stratégie « des concepts phénoménaux » ne fait que déplacer le problème : il faut encore expliquer pourquoi l'identité reste à nos yeux si surprenante, alors que l'eau et H2O ne le sont plus.