Si la douleur était un état du cerveau, elle le serait nécessairement : or on peut la concevoir sans lui
L'argument modal de Kripke contre la théorie de l'identité
La douleur n'est pas identique à un état du cerveau (la théorie de l'identité entre types est fausse). Pour Kripke, cela pèse lourdement contre les formes habituelles du matérialisme, sans prouver qu'aucune autre version ne marche.
Si douleur et état du cerveau étaient identiques, ils le seraient nécessairement ; or on peut concevoir l'une sans l'autre, sans illusion.
« Si la douleur était un état du cerveau, elle le serait nécessairement : or on peut la concevoir sans lui » est un argument de Saul Kripke (Naming and Necessity, 1980, conférence III, 1980) sur la question « L'esprit est-il le cerveau ? » (réponse : l'esprit n'est pas matière). Sa thèse : La douleur n'est pas identique à un état du cerveau (la théorie de l'identité entre types est fausse). Pour Kripke, cela pèse lourdement contre les formes habituelles du matérialisme, sans prouver qu'aucune autre version ne marche. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 4 prémisses. AskPhilosophy présente 2 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
L'eau est H2O, et l'éclair une décharge électrique : ce sont des découvertes de la science, et pourtant, dit Kripke, elles ne pouvaient pas être autrement. Si la douleur était identique à un état du cerveau, ce serait vrai de la même façon : nécessairement. Or il semble tout à fait possible d'avoir mal sans cet état, ou d'avoir cet état sans avoir mal. Pour l'eau, on peut expliquer cette impression de possibilité par une illusion. Pour la douleur, dit Kripke, c'est impossible. Attention : Kripke n'affirme pas pour autant que l'esprit est immatériel. Il rejette l'identité entre la douleur et un état du cerveau, et dit que c'est un coup lourd contre les formes habituelles du matérialisme.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, on pourrait accepter que cela nous paraisse possible, sans en conclure que c'est possible. On dirait que notre imagination est mauvaise juge, comme celui qui imagine pouvoir faire d'une chaise un objet sans matière. C'est exactement la position de Hill et de Loar.
Objections
2Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
CChristopher Hill 1997 · attaque la prémisse 4Hill accepte la reconstruction de l'argument, mais affirme que Kripke ne défend nulle part l'idée que le modèle de l'eau et de la chaleur soit la seule façon d'expliquer une apparence de possibilité. Selon lui, l'impression de pouvoir imaginer la douleur sans état du cerveau vient de deux sortes d'imagination, qui marchent séparément : l'imagination « sympathique », qui nous met dans un état semblable à celui que nous avons quand nous sentons la douleur, et l'imagination « perceptive », qui peut former l'image d'une situation sans processus cérébral. On les assemble sans incohérence, mais cela ne montre pas que ce soit objectivement possible.
sans réponse
Hill accepte la reconstruction de l'argument, mais affirme que Kripke ne défend nulle part l'idée que le modèle de l'eau et de la chaleur soit la seule façon d'expliquer une apparence de possibilité. Selon lui, l'impression de pouvoir imaginer la douleur sans état du cerveau vient de deux sortes d'imagination, qui marchent séparément : l'imagination « sympathique », qui nous met dans un état semblable à celui que nous avons quand nous sentons la douleur, et l'imagination « perceptive », qui peut former l'image d'une situation sans processus cérébral. On les assemble sans incohérence, mais cela ne montre pas que ce soit objectivement possible.
BBrian Loar 1990 · attaque la prémisse 4Loar accorde que l'identité entre un état de sensation et un état du cerveau est une identité a posteriori, mais nie qu'il faille l'expliquer comme pour l'eau. Les concepts de sensation (« cette douleur-là ») sont des concepts de reconnaissance qui désignent directement leur propriété physique, sans passer par une apparence qui pourrait s'en séparer. L'identité est vraie et nécessaire, et pourtant elle ne paraît pas évidente, parce que nous avons deux sortes de concepts du même état. L'apparence de possibilité vient de là.
sans réponse
Loar accorde que l'identité entre un état de sensation et un état du cerveau est une identité a posteriori, mais nie qu'il faille l'expliquer comme pour l'eau. Les concepts de sensation (« cette douleur-là ») sont des concepts de reconnaissance qui désignent directement leur propriété physique, sans passer par une apparence qui pourrait s'en séparer. L'identité est vraie et nécessaire, et pourtant elle ne paraît pas évidente, parce que nous avons deux sortes de concepts du même état. L'apparence de possibilité vient de là.