QuestionsPeut-on être certain de quelque chose ?Le Dao qu'on peut nommer n'est pas le vrai Dao
Peut-on être certain de quelque chose ?Ce qui échappe aux mots

Le Dao qu'on peut nommer n'est pas le vrai Dao

Lao Tseu v. 579 av. J.-C. · v. 500 av. J.-C.Suivre la voie (Dao) par le non-agir.
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Ce qu'il soutient

La Voie qu'on peut dire n'est pas la Voie constante : tout ce qu'on en dit n'est qu'un nom de fortune.

Pourquoi

Le Dao précède toute distinction, or les mots ne servent qu'à distinguer : ils ne peuvent pas le saisir tel qu'il est.

En bref

« Le Dao qu'on peut nommer n'est pas le vrai Dao » est un argument de Lao Tseu (Tao te king, 1, 2 et 25) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : ce qui échappe aux mots). Sa thèse : La Voie qu'on peut dire n'est pas la Voie constante : tout ce qu'on en dit n'est qu'un nom de fortune. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Tao te king, 1, 2 et 25
Valide avec une prémisse implicite

La première phrase du livre est peut-être la plus célèbre de la pensée chinoise : la Voie qu'on peut dire n'est pas la Voie constante. Le texte ne l'argumente pas, il l'affirme, en vers. Nous reconstruisons ici un raisonnement à partir de plusieurs chapitres : c'est une simplification, et le passage du poème à la forme P1, P2… → C est déjà une lecture.

P1Nos distinctions, et les noms qui les fixent, découpent le monde en contraires : dès que tout le monde reconnaît le beau comme beau, le laid apparaît ; l'être et le non-être, le long et le court naissent l'un de l'autre.
P2Le Dao est antérieur à ces découpages : c'est « quelque chose de confus », né avant le ciel et la terre, l'origine « sans nom » de toutes choses.
P3 · prémisse impliciteCe qui est antérieur à toute distinction ne peut pas être saisi tel quel par un outil qui distingue.
Donc la Voie qu'on peut dire n'est pas la Voie constante : tout ce qu'on en dit n'est qu'un nom de fortune.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où les noms découpent, où le Dao est avant tout découpage, et où l'on peut pourtant le dire tel qu'il est.
Avec P3, la conclusion suit. Sans elle, rien n'empêche qu'un mot qui découpe désigne quand même correctement ce qui est avant le découpage, comme le mot « tout » désigne le tout. P3 n'est pas écrite dans le texte : nous la tirons du plus célèbre commentateur, Wang Bi (IIIe s. apr. J.-C.), ce qui est déjà une interprétation. Le texte lui-même dit seulement « je ne sais pas son nom ; pour lui donner un titre, je l'appelle Voie ».
Analogie. Une carte divise un territoire en pays, en routes, en couleurs. Elle est très utile, mais la terre elle-même n'a pas de frontières dessinées. Le Tao te king dit : les mots sont des cartes, utiles pour s'orienter, mais la Voie est le territoire.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

B
Bai Juyi, poème « Lire Laozi » (IXe s.) attaque la conclusion

« Ceux qui parlent ne savent pas, ceux qui savent se taisent. » Mais si Laozi savait, pourquoi a-t-il écrit cinq mille caractères ? Un livre qui affirme que la Voie ne se dit pas se contredit en la disant. Zhuangzi, qui est pourtant du même camp, voyait déjà le problème : si tout est un, peut-il y avoir des mots ? Mais puisqu'on l'a dit, comment n'y en aurait-il pas ?

Lao-tseu répond
Lao-tseu Ce que dit déjà le texte
Le texte ne prétend pas savoir le nom de la Voie : il présente lui-même ses mots comme des noms de fortune. « Je ne sais pas son nom. Pour lui donner un titre, je l'appelle Voie. » Et il ne l'appelle « grand » qu'« en s'efforçant ».
Le débat continue (notre résumé) Bai Juyi répondrait que ce passage montre que le texte connaît la limite de ses mots, mais ne répond pas à sa question : pourquoi écrire, si celui qui sait se tait ? Et un nom de fortune reste un nom : si cinq mille caractères suffisent à guider vers la Voie, alors elle se laisse au moins en partie dire, et la première phrase exagère. Le poème de Bai Juyi n'est pas encore dans notre corpus.
Wittgenstein 1921 · attaque la prémisse 2

« Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence » (Tractatus, 7). Si le Dao est vraiment indicible, alors des phrases comme « il est l'origine sans nom de toutes choses » ne sont pas des vérités imparfaites, mais des phrases sans contenu. On ne peut pas à la fois dire que quelque chose échappe aux mots et le décrire (mère, vide, origine). Wittgenstein admet pourtant que l'indicible « se montre » (6.522).

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1921, après sa mort (-500).