QuestionsFaut-il croire sans preuve ?De Dieu, on ne peut dire que ce qu'il n'est pas : la connaissance s'achève en silence
Faut-il croire sans preuve ?La foi va au-delà

De Dieu, on ne peut dire que ce qu'il n'est pas : la connaissance s'achève en silence

La théologie négative ; la voie négative ; les attributs de Dieu (Maïmonide)

Moïse Maïmonide 1138 · 1204Médecin et philosophe juif : de Dieu, on ne peut dire que ce qu'il n'est pas, et le plus beau des éloges est le silence.
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Ce qu'il soutient

La connaissance humaine de Dieu se limite à son existence et à ce qu'il n'est pas ; ce qu'il est dépasse la raison, et l'éloge le plus juste est le silence.

Pourquoi

Dieu est absolument simple, donc toute qualité positive lui serait fausse : on ne peut dire que ce qu'il n'est pas.

La même idée à travers l'histoire
Moïse Maïmonide1190Dans le Guide, écrit en judéo-arabe, Maïmonide soutient que les termes positifs de l'Écriture sur Dieu sont des façons de parler pour les hommes, et que la connaissance véritable passe par ce qu'on peut nier de Dieu.
Thomas d'Aquin1268Thomas d'Aquin retient de Maïmonide que nous ne savons pas ce que Dieu est, mais refuse de réduire tous les noms divins à des négations (Somme théologique, I, q.13). Son argument sur la foi et la raison est un autre argument du site.
En bref

« De Dieu, on ne peut dire que ce qu'il n'est pas : la connaissance s'achève en silence » est un argument de Moïse Maïmonide (Guide des égarés, I, 58-60 (vers 1190), 1190) sur la question « Faut-il croire sans preuve ? » (réponse : la foi va au-delà). Sa thèse : La connaissance humaine de Dieu se limite à son existence et à ce qu'il n'est pas ; ce qu'il est dépasse la raison, et l'éloge le plus juste est le silence. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Guide des égarés, I, 58-60 (vers 1190)
Valide avec une prémisse implicite

Dire « Dieu est bon, Dieu est sage, Dieu est puissant », est-ce vraiment dire quelque chose de Dieu ? Maïmonide, médecin et philosophe juif de Cordoue, répond : non, pas au sens où l'on dit que Socrate est sage. Dieu est absolument simple : il n'a ni parties ni qualités qui s'ajouteraient à son être. Toute qualité positive que nous lui prêtons serait donc fausse, ou ne dirait que ses actions. Ce que la raison peut établir, c'est qu'il existe et ce qu'il n'est pas (ni corps, ni changeant, ni multiple). Plus on prouve de choses qu'il n'est pas, plus on s'approche de lui ; et la forme la plus juste de l'éloge est le silence. Précision importante : Maïmonide pense que l'existence de Dieu se démontre ; ce qui dépasse la raison, c'est ce que Dieu est. Nous citons la traduction anglaise de Friedländer (1re éd. 1881-1885, 2e éd. revue 1904, réimpr. 1910), du domaine public.

P1L'existence de Dieu est absolue et sans composition : nous ne comprenons que le fait qu'il existe, pas son essence. Aucune qualité positive ne peut donc lui être attribuée.
P2Tout attribut dit de Dieu désigne soit la qualité d'une action, soit la négation de l'opposé : il ne dit pas ce que Dieu est en lui-même.
P3Chaque négation établie par une preuve rapproche de la connaissance de Dieu, alors que chaque affirmation positive nous en éloigne, car elle suit notre imagination.
P4 · prémisse impliciteSi tout ce que le langage dit de Dieu est action ou négation, la raison s'arrête devant ce qu'il est : l'essence de Dieu dépasse les mots et les concepts humains.
Donc la connaissance humaine de Dieu se limite à son existence et à ce qu'il n'est pas ; ce qu'il est dépasse la raison, et l'éloge le plus juste est le silence.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, on peut accepter P1 à P3 tout en soutenant que nos mots, bien qu'imparfaits, disent vraiment quelque chose de Dieu (par analogie). La raison ne s'arrête alors pas au seuil de l'essence et la conclusion tombe.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P4. P1 pose la simplicité de Dieu et l'absence d'attribut positif ; P2 dit que tout ce que l'on dit de Dieu est action ou négation ; P3 que la vraie connaissance avance par négations ; P4 en tire que la raison ne saisit pas l'essence. Les débats portent sur P1 (la simplicité absolue) et sur P2 (une négation peut-elle suffire à parler de Dieu, ou finit-on par ne rien dire ?).
Analogie. Un chasseur doit reconnaître une bête qu'il n'a jamais vue. On lui dit : ce n'est pas un oiseau, pas un poisson, pas un insecte, pas un animal de ferme. À force d'éliminer, il s'en fait une idée, sans jamais avoir dit ce que c'est. Maïmonide dit que notre connaissance de Dieu avance ainsi, par élimination.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Thomas d'Aquin 1268 · attaque la prémisse 2

Dans la Somme théologique, Thomas d'Aquin attribue cette thèse à « Rabbi Moïse » et la juge insuffisante. Quand les croyants disent que Dieu est vivant, ils veulent dire plus que « Dieu n'est pas inanimé » ou « Dieu est cause de notre vie ». Les noms comme « bon » ou « sage » signifient vraiment la substance divine, mais imparfaitement, comme les créatures la représentent imparfaitement.

un défenseur répond
Pas de réponse possible : objection formulée en 1268, après sa mort (1204).
D
David Burrell défenseur de l'argument · 1986
Dans Knowing the Unknowable God, David Burrell soutient que Maïmonide et Thomas d'Aquin sont plus proches qu'il n'y paraît. Pour lui, il s'agit moins de nier tout contenu que de montrer comment nos mots, tirés des créatures, ne peuvent pas fonctionner pour Dieu comme pour elles : le langage sur Dieu est ajusté par la négation, non supprimé.
Le débat continue (notre résumé) Thomas lui-même ouvre sa réflexion sur la nature de Dieu en disant qu'on ne peut pas savoir ce que Dieu est, mais plutôt ce qu'il n'est pas (Somme théologique, I, q.3, prologue). Le désaccord porte donc sur ce que les mots disent après les négations, non sur la limite de la connaissance.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond, mais plus étroit qu'on ne le dit : tous deux admettent que Dieu dépasse nos concepts ; ils divergent sur la valeur des affirmations (analogie pour Thomas, façon de parler pour Maïmonide). Les spécialistes discutent encore de leur distance réelle (notre résumé).
Hume (Cléanthe, dans les Dialogues) 1779 · attaque la conclusion

Dans les Dialogues sur la religion naturelle, le personnage Cléanthe demande à Déméa, qui soutient l'incompréhensibilité absolue de Dieu, en quoi ces « Mystiques » diffèrent des sceptiques ou des athées, pour qui la cause première est inconnue et inintelligible. Si l'on ne peut rien dire de Dieu, parler de lui n'a plus de sens.

un défenseur répond
Pas de réponse possible : objection formulée en 1779, après sa mort (1204).
Hume (Déméa, dans les Dialogues) défenseur de l'argument · 1779
Déméa répond en retournant l'accusation. En faisant de Dieu un esprit semblable à l'esprit humain, on lui prête une âme faite de facultés, de passions et d'idées diverses qui se succèdent : cela s'accorde mal avec la simplicité et l'immuabilité que les théistes lui attribuent.
Hume (Cléanthe, dans les Dialogues) 1779
Cléanthe répond que ceux qui défendent une simplicité aussi complète sont « des mystiques achevés », et qu'un esprit entièrement simple et immuable, sans pensée, raison, volonté ni sentiment, n'est plus un esprit du tout : parler de lui ainsi est un abus de mots.
Le débat continue (notre résumé) Hume écrit près de six siècles après Maïmonide : il ne le discute pas. Les Dialogues sont ouverts à dessein, et Hume n'y est identifié à aucun personnage.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert : un Dieu dont on ne peut rien dire de positif reste-t-il le Dieu d'une religion, ou une absence de contenu ? Les défenseurs de la voie négative répondent que le but est justement de ne pas réduire Dieu à une idée humaine (notre résumé).
Alvin Plantinga 1980 · attaque la prémisse 1

Plantinga conteste la simplicité absolue de Dieu, d'où part Maïmonide. Si Dieu est identique à chacune de ses propriétés, alors il est identique à une propriété, et une propriété n'est pas une personne qui agit, sait et aime. La simplicité absolue paraît donc incompatible avec un Dieu personnel.

un défenseur répond
Pas de réponse possible : objection formulée en 1980, après sa mort (1204).
E
Eleonore Stump et Norman Kretzmann défenseur de l'argument · 1985
Stump et Kretzmann répondent que la doctrine ne fait pas de Dieu une propriété abstraite. Nos différents mots (bon, sage, puissant) ont des sens différents mais désignent une seule et même réalité, comme « l'étoile du matin » et « l'étoile du soir » désignent la même planète. Dieu reste un être concret qui agit.
Où en est le débat (notre résumé)Débat vivant : des philosophes défendent la simplicité divine en lui donnant des sens plus faibles ; d'autres la rejettent. Il n'y a pas de position qui fasse l'accord (notre résumé).