QuestionsL'Histoire a-t-elle un sens ?L'histoire est l'histoire des luttes de classes
L'Histoire a-t-elle un sens ?Le progrès

L'histoire est l'histoire des luttes de classes

La lutte des classes

Karl Marx 1818 · 1883L'histoire est celle des luttes de classes.
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Ce qu'il soutient

L'histoire a une direction : de sociétés divisées en classes vers une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous.

Pourquoi

Dans chaque société des classes s'opposent et leur lutte la transforme ; le capitalisme crée lui-même la classe qui doit le renverser.

En bref

« L'histoire est l'histoire des luttes de classes » est un argument de Karl Marx (Manifeste du Parti communiste (Marx et Engels, 1848), chapitres I et II, 1859) sur la question « L'Histoire a-t-elle un sens ? » (réponse : le progrès). Sa thèse : L'histoire a une direction : de sociétés divisées en classes vers une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Manifeste du Parti communiste (Marx et Engels, 1848), chapitres I et II
Valide avec une prémisse implicite

Le Manifeste est un texte de combat écrit à deux, Marx et Engels, pour une ligue d'ouvriers, en 1848. Sa première phrase résume une vision de l'histoire : jusqu'ici, toute société a été divisée en classes (hommes libres et esclaves, seigneurs et serfs, patrons et ouvriers) dont la lutte fait avancer les choses. Le capitalisme, en regroupant les ouvriers dans les usines, créerait lui-même la force qui le renversera et ouvrira une société sans classes. Attention : le texte est un manifeste politique, pas un traité ; Marx et Engels préciseront plus tard leur conception de l'histoire (voir aussi l'argument sur l'être social).

P1L'histoire de toute société jusqu'à nos jours est l'histoire de luttes de classes : oppresseurs et opprimés se sont toujours affrontés.
P2Chacune de ces luttes s'est terminée soit par une transformation révolutionnaire de toute la société, soit par la ruine commune des classes en lutte.
P3Le développement de la grande industrie réunit les ouvriers en association et sape la base même de la bourgeoisie : elle produit ses propres fossoyeurs, et sa chute comme la victoire du prolétariat sont également inévitables.
P4 · prémisse impliciteSi la lutte des classes transforme la société à chaque époque, et que celle du capitalisme porte à la victoire d'une classe qui supprime les classes, alors l'histoire va vers une société sans classes.
Donc l'histoire a une direction : de sociétés divisées en classes vers une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où les luttes de classes ont transformé les sociétés dans le passé, où le capitalisme produit ses opposants, et où l'issue est une nouvelle société à classes, ou une ruine commune, plutôt qu'une société sans classes.
Valide avec P4. P4 fait passer d'une description (les luttes ont transformé les sociétés) à une direction (elles mènent à une société sans classes). Sans elle, on peut accepter les trois premières prémisses sans croire que le capitalisme sera le dernier système divisé en classes, ou que son issue sera une société sans classes plutôt qu'une ruine commune, que le texte envisage lui-même en P2.
Analogie. Une chaudière dont la pression monte. Le bouilleur croit la contenir, mais la vapeur finit par faire éclater la cuve ou par tourner une machine neuve. Pour Marx, les tensions d'une société sont cette pression : elles finissent par la briser et par en faire naître une autre.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Karl Popper 1957 · attaque la prémisse 3

Il ne peut y avoir de théorie scientifique du développement historique qui serve de base à une prédiction historique : la marche de l'histoire dépend de la croissance de notre savoir, que nous ne pouvons pas prévoir. Annoncer que la chute de la bourgeoisie est « inévitable » est donc une prophétie, non une science.

un défenseur répond
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1957, après sa mort (1883).
G
G. A. Cohen défenseur de l'argument · 1978
Résumé : Cohen reconstruit le matérialisme historique comme une théorie précise : le développement des forces productives explique la succession des structures économiques. Il la défend comme une théorie qui explique le passé, et qu'on peut discuter comme toute théorie des sciences sociales.
J
Jon Elster 1982
Résumé : Elster conteste la méthode de Cohen. Expliquer l'existence d'une structure économique par sa fonction (elle aide les forces productives à se développer) exige de montrer le mécanisme qui la produit, ce que Cohen ne fournit pas. Elster demande des explications par les choix des individus.
Voir la suite du débat (1)
G
G. A. Cohen 1982
Résumé : Cohen répond à Elster qu'on peut soutenir qu'une structure s'explique par sa fonction sans connaître le mécanisme, si l'on montre un assez grand nombre de cas où elle apparaît parce qu'elle serait fonctionnelle.
Le débat continue (notre résumé) Popper vise la prédiction de l'avenir historique ; Cohen défend l'explication du passé. Il reste à savoir si les formules du Manifeste (« également inévitables ») relèvent de l'une ou de l'autre. Marx parle lui-même de « tendances » qui agissent « avec une nécessité de fer » (Le Capital, préface de 1867), formule que chaque camp cite. (Notre résumé.)
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : la théorie de Marx est-elle une explication du passé ou une prévision de l'avenir ? Popper la juge prophétique ; Cohen la défend comme théorie explicative ; Elster conteste que cette défense explique par un mécanisme ; Cohen répond qu'un mécanisme connu n'est pas indispensable à une explication fonctionnelle. Point ouvert.
E
Eduard Bernstein 1899 · attaque la prémisse 3

Les faits ne confirment pas la polarisation annoncée : les classes moyennes ne disparaissent pas, la concentration des entreprises est inégale, les crises n'aboutissent pas à un effondrement. Le socialisme viendra par des réformes progressives et non par une chute inévitable du capitalisme.

un défenseur répond
Pas de réponse possible : objection formulée en 1899, après sa mort (1883).
R
Rosa Luxemburg défenseur de l'argument · 1899
Résumé : Luxemburg répond que le crédit reproduit tous les antagonismes fondamentaux du monde capitaliste et que les cartels n'atténuent pas ses contradictions. Elle ajoute que le travail de réforme n'a pas de force propre indépendante de la révolution.
Le débat continue (notre résumé) La « querelle du révisionnisme » (1898-1903) a divisé la social-démocratie allemande. Bernstein et Luxemburg s'accordent sur le but (une société sans exploitation) et divergent sur le chemin et sur ce que les faits montrent. Les deux camps invoquent le XXe siècle. (Notre résumé.)
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : les contradictions du capitalisme conduisent-elles à une rupture ou à des adaptations durables ? Les réformes sont-elles une étape ou une alternative à la révolution ? Point ouvert.
Max Weber 1922 · attaque la prémisse 1

La lutte pour le pouvoir ne se réduit pas à des classes économiques. À côté des classes existent des groupes de statut, fondés sur l'honneur et le style de vie, et des partis, qui cherchent à conquérir le pouvoir. Le moteur de l'histoire est donc plus divers que le seul conflit des propriétaires et des non-propriétaires.

Marx répond
Pas de réponse possible : objection formulée en 1922, après sa mort (1883).
Marx Ce qu'Engels écrit en 1890, avant Weber
Dans une lettre à Joseph Bloch, Engels écrit que, dans l'histoire, ce qui détermine en dernière instance, c'est la production et la reproduction de la vie réelle. Il ajoute que ni Marx ni lui n'ont jamais affirmé plus que cela : les formes politiques et juridiques des luttes, les idées et les traditions agissent aussi sur leur cours, et tous ces éléments agissent les uns sur les autres.
Le débat continue (notre résumé) Cette lettre est antérieure à Weber et ne lui répond pas. Weber ne nie pas le rôle des classes ; il refuse d'en faire la seule clé. Engels admet une action réciproque des formes non économiques, mais maintient la primauté de l'économie « en dernière instance ». Les marxistes ultérieurs (Gramsci) ont développé le rôle de la culture et de la politique (voir son argument sur l'hégémonie). (Notre résumé.)
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : l'économie est-elle le moteur « en dernière instance » ou un facteur parmi d'autres ? La formule d'Engels est elle-même débattue entre marxistes. Point ouvert.