QuestionsL'être humain est-il bon par nature ?L'enfant au bord du puits : la bonté est dans notre nature
L'être humain est-il bon par nature ?Bon par nature

L'enfant au bord du puits : la bonté est dans notre nature

L'enfant au bord du puits ; les quatre germes ; « la nature humaine est bonne »

Mencius v. 372 av. J.-C. · v. 289 av. J.-C.La nature humaine est bonne : chacun porte en lui le germe de la bienveillance.
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Ce qu'il soutient

La nature humaine est bonne. Si l'homme fait le mal, ce n'est pas la faute de ses dispositions naturelles.

Pourquoi

Devant un enfant près du puits, on ressent aussitôt de la compassion, sans calcul ni apprentissage : elle vient de notre nature.

En bref

« L'enfant au bord du puits : la bonté est dans notre nature » est un argument de Mencius (Mencius 2A.6 et 6A.1-8 (IVe siècle av. J.-C.), 320 av. J.-C.) sur la question « L'être humain est-il bon par nature ? » (réponse : bon par nature). Sa thèse : La nature humaine est bonne. Si l'homme fait le mal, ce n'est pas la faute de ses dispositions naturelles. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Mencius 2A.6 et 6A.1-8 (IVe siècle av. J.-C.)
Valide avec une prémisse implicite

Imagine que tu vois soudain un petit enfant sur le point de tomber dans un puits. Avant même de réfléchir, tu sursautes et ton cœur se serre. Mencius, le grand disciple de Confucius, part de cette réaction pour défendre une thèse célèbre : la nature humaine est bonne. Nous naissons avec quatre « germes » de vertu, comme nous naissons avec quatre membres ; il reste à les faire grandir. Le texte ne présente pas l'argument sous forme de prémisses : la forme P1 à P5 ci-dessous est notre reconstruction, à partir de 2A.6 et des débats avec Gaozi (6A).

P1Quiconque voit soudain un enfant sur le point de tomber dans un puits éprouve de l'effroi et de la compassion.
P2Ce sentiment ne vient d'aucun calcul : on ne l'éprouve pas pour gagner l'amitié des parents, ni pour être félicité, ni par peur de passer pour un cœur dur.
P3 · prémisse impliciteCe que tout homme éprouve aussitôt, sans calcul et sans l'avoir appris, ne vient pas du dehors : cela appartient à sa nature.
P4Cette compassion est le germe de la bienveillance. Avec la honte du mal, le sens du respect et le sens du juste, elle forme quatre germes que nous avons comme nous avons quatre membres.
P5Une nature qui porte en elle les germes de la vertu, et qui ne fait le mal que si on la force, est bonne : comme l'eau, qui coule vers le bas tant qu'on ne la fait pas jaillir.
Donc la nature humaine est bonne. Si l'homme fait le mal, ce n'est pas la faute de ses dispositions naturelles.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où tout le monde éprouve de la compassion devant l'enfant, sans calcul, mais où ce sentiment a été appris dans la petite enfance : il ne prouve plus rien sur la nature humaine.
Avec ses cinq prémisses, l'argument est valide. Sans P3, il ne l'est plus : un sentiment partagé par tous et sans calcul pourrait quand même avoir été appris très tôt, par l'exemple des autres. Mencius ne pose pas P3 en principe, mais il l'affirme en répondant à ses adversaires : ces vertus « ne nous viennent pas du dehors ». C'est aussi là que frappent ses critiques : Hobbes y voit un retour discret sur soi, Xunzi un simple point de départ que seule l'éducation rend bon.
Analogie. Un bébé sourit à un visage avant qu'on lui ait appris à sourire. On en conclut que le sourire fait partie de notre nature, même s'il faut ensuite apprendre quand et comment sourire. Mencius dit la même chose de la compassion.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Gaozi 320 av. J.-C. · attaque la conclusion

La nature humaine est comme le bois du saule, et la justice comme une coupe : faire de l'homme quelqu'un de bon, c'est fabriquer une coupe avec du saule. La bonté est façonnée de l'extérieur, elle n'est pas dans la nature.

Mencius répond
Mencius Réponse de Mencius (6A.1)
Pour faire une coupe, il faut couper et abîmer le saule. Si la bonté se fabriquait de la même façon, il faudrait faire violence à l'homme pour le rendre bon. Une telle doctrine pousserait tout le monde à voir la bienveillance et la justice comme des malheurs.
Gaozi Gaozi revient avec une autre image (6A.2)
La nature est comme l'eau qui tourbillonne : ouvre-lui un passage à l'est, elle coule à l'est ; à l'ouest, elle coule à l'ouest. La nature humaine ne penche ni vers le bien ni vers le mal.
Voir la suite du débat (1)
Mencius Réponse de Mencius (6A.2)
L'eau ne choisit pas entre l'est et l'ouest, mais elle choisit entre le haut et le bas : elle coule toujours vers le bas. La nature humaine tend au bien de la même façon. On peut faire jaillir l'eau au-dessus du front, mais c'est la force qui agit, pas la nature de l'eau.
Le débat continue (notre résumé) Dans ce débat, chacun répond à une image par une autre image : le saule, l'eau qui tourbillonne, l'eau qui descend. Une comparaison illustre une thèse mais ne la prouve pas. La vraie preuve de Mencius reste l'enfant au bord du puits. Gaozi ne se rend pas : dans la suite du chapitre (6A.3-4), il soutient que la nature, c'est seulement ce qui vient avec la vie, comme l'appétit pour la nourriture et les plaisirs des sens.
Xunzi 250 av. J.-C. · attaque la conclusion

La nature humaine est mauvaise ; ce qui est bon en l'homme est le fruit d'un effort. Mencius affirme que la nature est bonne, mais sans preuve : sa thèse ne se vérifie pas dans les faits. Si la nature était bonne, on pourrait se passer des rois sages et des rites ; c'est parce qu'elle est mauvaise qu'il faut des maîtres pour redresser l'homme, comme on redresse du bois tordu.

Mencius répond
Mencius Ce que Mencius avait déjà répondu à ceux qui ne voient chez l'homme aucune bonté (6A.8 ; Xunzi vient après lui)
La montagne du Bœuf avait de beaux arbres. On les a coupés à la hache, puis les bêtes ont brouté chaque jeune pousse. En la voyant nue, on croit qu'elle n'a jamais porté d'arbres : est-ce sa nature ? Il en va de même pour l'homme. Ses bons sentiments sont abîmés jour après jour ; s'ils sont nourris, ils grandissent, sinon ils dépérissent.
Xunzi Réponse de Xunzi à cette idée de Mencius (chapitre 23)
Mencius dit que la nature est bonne et que les hommes l'ont tous perdue. C'est une grave erreur : à peine né, l'homme se serait déjà éloigné de sa simplicité première. Une bonté que tout le monde perd dès le départ ne mérite pas le nom de nature.
Le débat continue (notre résumé) Les deux camps sont moins éloignés qu'il n'y paraît : Xunzi admet que tout homme de la rue peut devenir un sage, et Mencius admet que les germes doivent être cultivés. Le désaccord porte sur le point de départ : une pente vers le bien qu'il faut entretenir, ou des désirs qu'il faut redresser comme du bois tordu. Ce débat a traversé toute l'histoire du confucianisme ; Mencius l'a emporté à partir de Zhu Xi.
Hobbes 1651 · attaque la prémisse 2

La pitié n'est pas si désintéressée. Être triste du malheur d'un autre, c'est imaginer que le même malheur pourrait nous arriver. C'est pourquoi on a moins de pitié quand on se croit à l'abri. Pour Hobbes, ce qui guide d'abord les hommes est le souci de soi, et sans pouvoir commun ils sont en guerre les uns contre les autres (voir son argument sur l'état de nature).

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1651, après sa mort (-289).
Le débat continue (notre résumé) Mencius avait écarté les calculs intéressés (plaire aux parents, être félicité), mais pas ce retour imaginaire sur soi, auquel il n'a pas pensé. Ses défenseurs répondent que l'effroi devant l'enfant est immédiat (« soudain ») : il précède toute pensée de soi. Hobbes répliquerait que l'imagination aussi va très vite. Le débat continue aujourd'hui en psychologie, sur l'empathie des très jeunes enfants.