Les deux vérités : dire l'ultime avec des mots qui ne sont pas lui
La vérité ultime ne s'enseigne que par des conventions, et tout ce qu'on en dit reste provisoire : la vacuité n'est pas une doctrine de plus à laquelle s'accrocher.
Sans les mots et les conventions du monde ordinaire, on ne peut rien enseigner de la vérité ultime.
« Les deux vérités : dire l'ultime avec des mots qui ne sont pas lui » est un argument de Nāgārjuna (Stances fondamentales 13, 22 et 24 · Vigrahavyāvartanī) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : ce qui échappe aux mots). Sa thèse : La vérité ultime ne s'enseigne que par des conventions, et tout ce qu'on en dit reste provisoire : la vacuité n'est pas une doctrine de plus à laquelle s'accrocher. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Si tout est vide de nature propre, qu'en est-il de la vérité elle-même ? Nāgārjuna répond par les deux vérités : une vérité de convention (le monde ordinaire, avec ses causes, ses personnes, ses mots) et une vérité ultime (la vacuité). La seconde n'est pas un arrière-monde caché : on n'y accède que par la première, et ce qu'on en dit n'est jamais plus qu'une désignation provisoire. Attention : il ne dit pas que la vérité est un mystère inexprimable. Il argumente beaucoup. Il dit que la vacuité ne doit pas devenir une vue à laquelle on s'accroche (13.8). Nous rangeons cet argument dans le camp « Ce qui échappe aux mots » faute de meilleur camp : c'est le plus proche, mais il est imparfait, car Nāgārjuna prouve aussi par la raison.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où la vérité ultime est enseignée, avec des conventions, sans qu'on en dise quoi que ce soit (en la montrant ou en la faisant vivre) : les mots provisoires de P3 ne jouent alors aucun rôle.
Objections
2Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
UUn adversaire réaliste (Vigrahavyāvartanī, strophe 9) attaque la prémisse 3Si les choses n'avaient pas de nature propre, le nom même « sans nature propre » ne serait pas possible, car un nom sans objet n'existe pas. Tes mots « vide » et « désignation provisoire » ne désignent donc rien.
Nāgārjuna répond
Si les choses n'avaient pas de nature propre, le nom même « sans nature propre » ne serait pas possible, car un nom sans objet n'existe pas. Tes mots « vide » et « désignation provisoire » ne désignent donc rien.
Wittgenstein 1921 · attaque la conclusion« Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence » (Tractatus, 7). Si l'ultime échappe aux mots, alors dire « il est vide », « il est la voie du milieu » semble le décrire quand même : ou bien ces phrases disent quelque chose de vrai et l'ultime se laisse dire, ou bien elles ne disent rien et il faut se taire. Wittgenstein admet pourtant que l'indicible « se montre » (6.522).
sans réponse
« Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence » (Tractatus, 7). Si l'ultime échappe aux mots, alors dire « il est vide », « il est la voie du milieu » semble le décrire quand même : ou bien ces phrases disent quelque chose de vrai et l'ultime se laisse dire, ou bien elles ne disent rien et il faut se taire. Wittgenstein admet pourtant que l'indicible « se montre » (6.522).