QuestionsLe temps existe-t-il vraiment ?Il existe un temps absolu qui coule de lui-même, et nos horloges ne le mesurent qu'à peu près
Le temps existe-t-il vraiment ?Le temps passe vraiment

Il existe un temps absolu qui coule de lui-même, et nos horloges ne le mesurent qu'à peu près

Le temps absolu de Newton

Isaac Newton 1643 · 1727Physicien et mathématicien qui fonde la mécanique sur un temps et un espace absolus, vrais et mathématiques.
Voir sa fiche
Ce qu'il soutient

Il existe un temps absolu, vrai et mathématique, qui par lui-même et par sa nature coule uniformément sans relation à rien d'extérieur, et qu'on appelle aussi durée.

Pourquoi

Aucun mouvement ne mesure le temps exactement, pourtant la durée reste la même : il faut un temps vrai derrière les horloges.

La même idée à travers l'histoire
Isaac Newton1687Newton distingue le temps absolu, vrai et mathématique, du temps relatif, apparent et commun que mesurent les horloges, les jours et les années.
En bref

« Il existe un temps absolu qui coule de lui-même, et nos horloges ne le mesurent qu'à peu près » est un argument d'Isaac Newton (Principes mathématiques de la philosophie naturelle (Principia), 1687, scholie des définitions, 1687) sur la question « Le temps existe-t-il vraiment ? » (réponse : le temps passe vraiment). Sa thèse : Il existe un temps absolu, vrai et mathématique, qui par lui-même et par sa nature coule uniformément sans relation à rien d'extérieur, et qu'on appelle aussi durée. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Principes mathématiques de la philosophie naturelle (Principia), 1687, scholie des définitions
Valide avec une prémisse implicite

Une horloge peut avancer ou retarder. Comment le sait-on ? Parce qu'on la compare à une autre horloge, ou au mouvement des astres. Mais ces mouvements-là peuvent aussi varier un peu. Newton en tire une conclusion hardie : pour que les corrections des astronomes aient un sens, il faut qu'il existe un temps vrai, qui ne dépend d'aucun mouvement, et que tous les mouvements mesurent plus ou moins bien. Toute la mécanique des Principia repose sur cette idée.

P1Le temps que nous utilisons tous les jours (l'heure, le jour, le mois, l'année) est seulement une mesure sensible et extérieure de la durée, prise sur des mouvements.
P2Tout mouvement peut être accéléré ou ralenti, et il se peut qu'aucun mouvement ne soit parfaitement égal. Aucun mouvement ne mesure donc le temps avec une exactitude garantie.
P3La durée des choses reste pourtant la même, que les mouvements soient rapides, lents ou nuls.
P4Les astronomes corrigent malgré tout le temps commun par une « équation », et cette correction est confirmée par l'expérience (horloges à pendule, éclipses des satellites de Jupiter).
P5 · prémisse impliciteUne correction n'est possible et justifiée que s'il existe une référence qui n'est elle-même aucun mouvement : un écoulement uniforme, à l'aune duquel on dit qu'un mouvement est trop rapide ou trop lent.
Donc il existe un temps absolu, vrai et mathématique, qui par lui-même et par sa nature coule uniformément sans relation à rien d'extérieur, et qu'on appelle aussi durée.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, on pourrait accepter tout le reste et dire : quand on corrige une horloge, on la compare simplement à une meilleure horloge, et ainsi de suite, sans jamais atteindre de temps pur. Les corrections seraient alors de simples conventions de plus en plus précises. C'est exactement ce que diront Leibniz et Mach.
L'argument est valide. P1 à P4 décrivent la situation : le temps commun est mesuré par des mouvements, ces mouvements varient, la durée des choses non, et on corrige pourtant les mesures avec succès. P5 ajoute le pont : pour corriger, il faut un étalon qui n'est pas un mouvement. Alors cet étalon, le temps absolu, existe.
Analogie. Un thermomètre peut être mal gradué. Pour le savoir, on le compare à d'autres thermomètres. Mais si tous les thermomètres étaient un peu faux, on dirait pourtant qu'il existe une vraie température que tous mesurent mal. Newton raisonne de la même façon pour le temps.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Gottfried Wilhelm Leibniz 1716 · attaque la conclusion

Leibniz soutient que le temps est seulement l'ordre des successions, comme l'espace est l'ordre des coexistences. Si le temps était quelque chose en plus des choses, rien ne pourrait expliquer pourquoi Dieu a placé les choses à tel instant plutôt qu'un an plus tôt. Mais cela montre que les instants, pris sans les choses, ne sont rien.

un défenseur répond
Samuel Clarke défenseur de l'argument · 1716
Clarke, qui défend Newton, répond que l'ordre des choses qui se succèdent dans le temps n'est pas le temps lui-même : les mêmes événements, dans le même ordre, peuvent se succéder plus vite ou plus lentement, mais pas dans le même temps.
Gottfried Wilhelm Leibniz 1716
Leibniz maintient que les instants, considérés sans les choses, ne sont rien du tout et qu'ils consistent seulement dans l'ordre successif des choses. Si cet ordre restait le même, l'état où tout aurait été créé plus tôt ne différerait en rien de l'état actuel et ne pourrait pas s'en distinguer.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord porte sur la vitesse : pour Clarke, on peut parler de choses qui se succèdent plus vite ou plus lentement, ce qui suppose un temps distinct de l'ordre ; pour Leibniz, deux mondes qui ne diffèrent que par la date de leur début sont un seul et même monde. La question est toujours discutée, mais elle prend une autre forme avec la relativité.
Albert Einstein 1905 · attaque la conclusion

Einstein montre que deux événements simultanés pour un observateur ne le sont pas forcément pour un autre qui se déplace par rapport au premier. La simultanéité dépend de l'observateur : il n'existe donc pas de temps unique et universel qui coulerait de la même manière partout, comme le voulait Newton.

un défenseur répond
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1905, après sa mort (1727).
J
John Stewart Bell défenseur de l'argument · 1976
Bell soutient que l'on peut présenter la relativité à la manière de Lorentz, avec un référentiel privilégié non observable : les prédictions de la physique restent les mêmes. La physique ne force donc pas à abandonner tout temps absolu, même si elle n'en a pas besoin.
Où en est le débat (notre résumé)La plupart des physiciens abandonnent le temps absolu parce que la relativité n'en a pas besoin. Une minorité, dont Bell, remarque que la théorie reste compatible avec un référentiel privilégié caché. Le désaccord porte sur la valeur d'une entité qu'aucune expérience ne peut détecter.
E
Ernst Mach 1883 · attaque la prémisse 5

Mach juge que parler d'un temps absolu, indépendant du changement, n'a pas de sens : ce temps ne se mesure par comparaison avec aucun mouvement, il n'a donc aucune valeur pratique ni scientifique, et personne n'a le droit de dire qu'il en sait quelque chose. Le temps est une abstraction que nous tirons des changements des choses.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1883, après sa mort (1727).
Le débat continue (notre résumé) Newton est mort en 1727 et n'a pas pu répondre. Un newtonien dirait que le temps absolu n'est pas mesuré directement, mais qu'il est admis parce qu'il explique les forces d'inertie et la correction des horloges (P3, P4). C'est la manière de raisonner de la physique : on admet ce qu'on ne voit pas quand cela explique ce qu'on voit.