QuestionsLe temps existe-t-il vraiment ?Il n'y a pas de « maintenant » pour tout l'univers : passé, présent et futur forment un bloc
Le temps existe-t-il vraiment ?Le passage est une illusion

Il n'y a pas de « maintenant » pour tout l'univers : passé, présent et futur forment un bloc

L'univers-bloc ; la relativité de la simultanéité ; une illusion, fût-elle tenace

Albert Einstein 1879 · 1955Le physicien de la relativité : la simultanéité dépend de l'observateur, et il n'y a pas de « maintenant » valable pour tout l'univers.
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Ce qu'il soutient

La distinction entre passé, présent et futur n'est qu'une illusion, si tenace soit-elle : le monde est un bloc d'espace-temps où tous les événements existent.

Pourquoi

Deux événements simultanés pour l'un ne le sont pas pour l'autre : aucun « maintenant » ne vaut pour tout l'univers.

La même idée à travers l'histoire
Albert Einstein1905Einstein montre que deux événements simultanés pour un observateur ne le sont pas pour un autre en mouvement. C'est le point de départ de tout l'argument.
Hermann Minkowski1908Minkowski réunit l'espace et le temps en un espace-temps à quatre dimensions : « l'espace par lui-même et le temps par lui-même sont condamnés à s'effacer comme des ombres », seule leur union garde de l'indépendance.
Albert Einstein1955Dans une lettre de condoléances, Einstein écrit que, pour les physiciens, la distinction entre passé, présent et futur n'est qu'une illusion, même tenace.
Hilary Putnam1967Putnam transforme cette idée en argument : si ce qui est réel ne dépend pas de l'observateur, tous les événements, passés, présents et futurs, sont également réels.
En bref

« Il n'y a pas de « maintenant » pour tout l'univers : passé, présent et futur forment un bloc » est un argument d'Albert Einstein (Relativité restreinte (1905) ; Minkowski, « Raum und Zeit » (1908) ; lettre de condoléances à la famille Besso (1955), 1905) sur la question « Le temps existe-t-il vraiment ? » (réponse : le passage est une illusion). Sa thèse : La distinction entre passé, présent et futur n'est qu'une illusion, si tenace soit-elle : le monde est un bloc d'espace-temps où tous les événements existent. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3, P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Relativité restreinte (1905) ; Minkowski, « Raum und Zeit » (1908) ; lettre de condoléances à la famille Besso (1955)
Valide avec une prémisse implicite

La phrase est célèbre : « Pour nous, physiciens croyants, la séparation entre passé, présent et futur n'a que la valeur d'une illusion, fût-elle tenace. » Précaution : elle vient d'une lettre de condoléances écrite par Einstein à la famille de son ami Michele Besso, le 21 mars 1955, quelques semaines avant sa propre mort. C'est une consolation privée, pas un résultat de physique. L'argument qui la soutient est autre chose : il est construit par Minkowski, Putnam et d'autres à partir de la relativité restreinte. Si deux observateurs en mouvement ne sont pas d'accord sur ce qui est simultané, aucun « maintenant » ne vaut pour tout l'univers. Alors passé, présent et futur existeraient tous également, comme les points d'un même bloc. Cette lecture est une interprétation philosophique de la relativité, contestée par d'autres philosophes et physiciens.

P1La simultanéité est relative : deux événements simultanés pour un observateur ne le sont pas pour un autre qui se déplace par rapport au premier, et aucune expérience ne permet de dire lequel a raison.
P2Donc il n'y a pas de « maintenant » valable pour tout l'univers. Le temps et l'espace ne subsistent pas chacun pour soi : seule leur union, l'espace-temps à quatre dimensions, a une réalité indépendante de l'observateur.
P3 · prémisse impliciteCe qui existe ne dépend pas de l'état de mouvement d'un observateur.
P4Alors tous les événements sont également réels. Un événement futur pour moi est simultané, pour un observateur en mouvement, à ce qui est présent pour moi : il est donc réel pour lui, et donc réel tout court. Même chose pour le passé.
P5 · prémisse impliciteSi passé, présent et futur existent tous également, rien dans le monde ne « passe » : le passage du temps est une manière dont nous vivons les événements, pas un fait du monde.
Donc la distinction entre passé, présent et futur n'est qu'une illusion, si tenace soit-elle : le monde est un bloc d'espace-temps où tous les événements existent.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où la simultanéité est relative et où pourtant seuls certains événements sont réels : par exemple si ce qui est réel pour un événement est son passé lumineux seulement. Sans P5, il trouve un cas où tous les événements existent et où le passage du temps reste un fait du monde.
Valide avec P3 et P5, deux prémisses cachées. P3 est le principe qu'une réalité ne dépend pas de l'observateur ; P5 est le passage de « tout existe également » à « le passage est une illusion ». C'est surtout P3 et P5 que les adversaires contestent : P3 parce que la relativité elle-même n'impose pas de définir « réel » ainsi, P5 parce que ses adversaires pensent que le devenir est un fait ultime.
Analogie. Une pellicule de film contient toutes les images en même temps. Le « maintenant » de l'écran est seulement l'endroit où le projecteur éclaire. Pour les défenseurs du bloc, le monde est la pellicule entière, et notre « maintenant » est l'endroit où nous sommes dessus.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Henri Bergson 1922 · attaque la prémisse 2

Bergson ne conteste pas les calculs d'Einstein mais leur lecture. Les temps des différents observateurs sont des temps mesurés, des conventions de la physique. Ils supposent tous un temps vécu et commun, la durée, que la physique oublie. Dire qu'il n'y a pas de « maintenant » pour tout l'univers confond la mesure du temps avec le temps lui-même.

un défenseur répond
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Einstein a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Kurt Gödel défenseur de l'argument · 1949
Gödel soutient que la relativité, en supprimant le « maintenant » unique, appuie la thèse des philosophes idéalistes, Kant en tête, pour qui le passage du temps n'est pas un fait objectif.
Le débat continue (notre résumé) Le 6 avril 1922, devant la Société française de philosophie à Paris, Einstein a répondu à Bergson : à ses yeux, il n'existe pas de « temps du philosophe » à côté du temps du physicien et du temps psychologique. Nous n'avons pas collecté le compte rendu de cette séance (notre résumé, à vérifier).
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : l'opposition porte sur ce qui est premier, le temps vécu (Bergson) ou le temps mesuré (Einstein). Les deux admettent les résultats de la relativité ; ils se séparent sur ce qu'ils signifient pour la réalité. Désaccord de fond.
Arthur Prior 1959 · attaque la conclusion

Quand on dit « Dieu merci, c'est fini », ce qui nous soulage n'est pas que la douleur précède cet énoncé, c'est qu'elle est finie maintenant. Un monde décrit sans « maintenant » ne dit pas ce que nous pensons quand nous voulons que quelque chose soit derrière nous. Les faits de passé, de présent et de futur sont donc réels, et le bloc les laisse de côté.

un défenseur répond
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Pas de réponse possible : objection formulée en 1959, après sa mort (1955).
D
D. H. Mellor défenseur de l'argument · 1981
Mellor répond que « c'est fini » est vrai quand la douleur précède l'énoncé lui-même. Le soulagement vient de notre croyance que la douleur est finie, et cette croyance s'explique sans fait de « maintenant » dans le monde.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : tout le monde admet qu'on est soulagé quand la douleur est finie. La question est de savoir si cela exige un fait de « maintenant » dans le monde, ou seulement une croyance de notre part. Point ouvert.
H
Howard Stein 1968 · attaque la prémisse 4

Stein montre que l'argument de Putnam n'est pas forcé par la relativité. On peut définir, pour chaque événement, ce qui est déjà arrivé pour lui (son passé lumineux), et garder un devenir sans « maintenant » universel. Les événements de ma « zone intermédiaire » ne sont pas déjà réels pour moi.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1968, après sa mort (1955).
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : les deux camps s'accordent sur les faits de la relativité et se séparent sur ce que « réel » veut dire. Pour Putnam, ce qui est réel pour quelqu'un l'est tout court ; pour Stein, un devenir peut être relatif à chaque événement. Point ouvert.