QuestionsLe temps existe-t-il vraiment ?Le temps des horloges est du temps spatialisé, le temps réel est la durée vécue
Le temps existe-t-il vraiment ?Le temps passe vraiment

Le temps des horloges est du temps spatialisé, le temps réel est la durée vécue

La durée de Bergson

Henri Bergson 1859 · 1941L'acte libre jaillit de toute notre personnalité : la durée vécue ne se découpe pas comme l'espace.
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Ce qu'il soutient

Le temps réel est la durée : une continuité qualitative qui s'écoule, où le passé se prolonge dans le présent. Le temps des horloges n'en est que le symbole spatial.

Pourquoi

Le temps des horloges aligne des points dans l'espace ; le temps vécu est un flux de changements qui se fondent entre eux.

La même idée à travers l'histoire
Henri Bergson1889Dans le chapitre II de sa thèse, Bergson distingue la durée pure (qualité, fusion) du temps homogène des horloges (quantité, juxtaposition).
Henri Bergson1889Le chapitre III de la même thèse applique cette distinction à la liberté : l'acte libre se produit dans le temps qui s'écoule, non dans le temps écoulé.
Henri Bergson1922Dans Durée et simultanéité, Bergson reprend l'idée face à la théorie de la relativité d'Einstein : la durée est une continuation de ce qui n'est plus dans ce qui est.
En bref

« Le temps des horloges est du temps spatialisé, le temps réel est la durée vécue » est un argument de Henri Bergson (Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889, ch. II, 1889) sur la question « Le temps existe-t-il vraiment ? » (réponse : le temps passe vraiment). Sa thèse : Le temps réel est la durée : une continuité qualitative qui s'écoule, où le passé se prolonge dans le présent. Le temps des horloges n'en est que le symbole spatial. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889, ch. II
Valide avec une prémisse implicite

Écoutez une mélodie. Vous n'entendez pas une note, puis une autre, puis une autre, chacune bien séparée : chaque note est colorée par celles qui précèdent, et la phrase se déploie d'un seul tenant. Pour Bergson, voilà le vrai temps. Quand nous le mesurons avec une montre, nous le remplaçons sans le voir par une ligne de points, comme si le temps était de l'espace. Cette ligne est utile pour la science, mais ce n'est qu'une image. Le temps réel, c'est la durée que nous vivons, et nous en faisons l'expérience directe.

P1Pour compter des moments, nous les alignons et les juxtaposons comme des points qui se conservent dans un milieu. Le temps des horloges, le « temps homogène », est donc du temps spatialisé : une quatrième dimension de l'espace.
P2Le temps que nous vivons, la durée pure, n'est pas une suite de points : c'est une succession de changements qualitatifs qui se fondent et se pénètrent, sans contours précis, sans aucun rapport avec le nombre, comme les notes d'une mélodie.
P3Donc le temps homogène n'est que le fantôme de l'espace qui hante la conscience réfléchie : une traduction de la durée en espace.
P4 · prémisse impliciteCe que nous vivons directement est réel, et une traduction ne peut pas être plus réelle que ce qu'elle traduit : le réel, c'est la durée vécue.
Donc le temps réel est la durée : une continuité qualitative qui s'écoule, où le passé se prolonge dans le présent. Le temps des horloges n'en est que le symbole spatial.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, on pourrait accepter tout le reste et répondre que la durée vécue est seulement un état de notre cerveau, et que le temps mesuré par les horloges, lui, est le temps du monde. C'est ce que dira Einstein : il y a un temps physique, objectif, et un temps psychologique, qui en dépend.
L'argument est valide. P1 et P2 opposent deux temps : celui qu'on compte (spatial) et celui qu'on vit (qualitatif). P3 conclut que le premier est dérivé, une image projetée sur le second. P4, la prémisse cachée, dit que la source est plus réelle que la copie. Donc le temps réel est la durée.
Analogie. Une partition posée sur la table permet de tout compter : les notes, les mesures, les durées. Mais ce n'est pas la musique. La musique, c'est l'écoute, dans le temps vécu. Pour Bergson, la montre est la partition, et la durée est la musique.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Albert Einstein 1922 · attaque la conclusion

Lors de la séance de la Société française de philosophie, à Paris, en avril 1922, Einstein répond à Bergson que le temps des philosophes ne peut pas différer de celui des physiciens : c'est le même. On commence par le temps intuitif, le sentiment de l'ordre de nos états de conscience, mais il faut ensuite arriver à un temps objectif, celui de la physique.

un défenseur répond
voir l'argument
Henri Bergson défenseur de l'argument · 1922
Bergson soutient que tout temps réel est un temps vécu, ou qui pourrait l'être. Les autres temps de la relativité, ceux d'observateurs fictifs, sont des temps attribués, et non du temps vécu. Il n'y a donc qu'un seul temps réel.
Où en est le débat (notre résumé)Les deux hommes ne se comprennent qu'à moitié. Einstein tient que le temps de la physique, mesuré par des horloges, est le seul temps objectif et que le temps vécu s'y rattache. Bergson tient que le temps de la physique est un temps construit, qui suppose un temps vécu. Le débat porte sur ce qu'on appelle « réel » : le mesurable ou le vécu.
Bertrand Russell 1912 · attaque la prémisse 1

Russell juge que Bergson ignore les mathématiques modernes. Pour lui, on peut représenter parfaitement un mouvement continu par une suite de points, à condition qu'entre deux points il y en ait toujours un autre : un cinématographe qui aurait une infinité de photogrammes, sans photogramme suivant, représenterait parfaitement un mouvement continu.

un défenseur répond
H
Herbert Wildon Carr défenseur de l'argument · 1913
Carr répond que la définition mathématique de la continuité retire peut-être le fondement de l'argument de Zénon, mais qu'elle ne supprime pas le paradoxe du mouvement lui-même. Bergson peut avoir raison ou tort, mais il propose une solution du paradoxe, alors que Russell, selon Carr, offre un choix de paradoxes.
Bertrand Russell 1913
Russell admet que l'impression de Carr (d'être laissé avec un paradoxe plus grand) vient en partie de sa propre manière de s'exprimer. Il ajoute que cette impression, que Carr partage avec beaucoup de philosophes, vient surtout de raisonnements faux qu'on fait presque sans s'en rendre compte sur l'infini et la continuité.
Où en est le débat (notre résumé)Les deux camps ne parlent pas tout à fait de la même chose. Russell montre qu'une suite de points peut représenter un mouvement continu sans contradiction. Bergson et Carr répondent que ce qui compte, c'est l'expérience du mouvement et de la durée, que cette représentation laisse de côté. Désaccord de fond : ce qu'une bonne théorie du temps doit expliquer.
John McTaggart 1908 · attaque la conclusion

McTaggart soutient que le temps n'existe pas. Pour lui, le temps suppose que les événements soient passés, présents ou futurs, et il juge que cette manière de les ordonner est contradictoire. Si c'est vrai, la durée vécue que défend Bergson ne peut pas être un temps réel.

sans réponse
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Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Bergson dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Nous n'avons pas trouvé de réponse de Bergson à McTaggart. Un bergsonien dirait que McTaggart raisonne sur le temps déjà spatialisé, avec des points « passés » et « futurs » rangés en série, et non sur la durée vécue (P1, P3).