QuestionsLe temps existe-t-il vraiment ?Le temps est irréel : la série du passé, du présent et du futur se contredit
Le temps existe-t-il vraiment ?Le passage est une illusion

Le temps est irréel : la série du passé, du présent et du futur se contredit

La série A et la série B ; l'irréalité du temps

J. M. E. McTaggart 1866 · 1925Il soutient que le temps n'est pas réel : passé, présent et futur se contredisent, et sans eux il n'y a pas de changement.
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Ce qu'il soutient

La série A ne peut pas être vraie de la réalité. Comme le temps suppose la série A, le temps n'est pas réel : quand nous jugeons qu'une chose existe dans le temps, nous nous trompons.

Pourquoi

Un événement serait à la fois passé, présent et futur, ce qui est contradictoire, et l'expliquer par le temps tourne en rond.

La même idée à travers l'histoire
Parménide475 av. J.-C.Parménide soutient que ce qui est ne naît pas et ne passe pas : le changement n'est qu'une apparence. McTaggart arrive à une conclusion semblable par un autre chemin, une preuve logique.
Kant1781Kant nie que le temps soit une propriété des choses en elles-mêmes. McTaggart cite Kant parmi les philosophes qui ont jugé le temps irréel, mais fonde sa thèse sur un argument différent.
J. M. E. McTaggart1908McTaggart donne la preuve : le temps suppose la série A, et la série A est contradictoire. Elle est reprise en 1927 dans The Nature of Existence, publié après sa mort.
En bref

« Le temps est irréel : la série du passé, du présent et du futur se contredit » est un argument de J. M. E. McTaggart (« The Unreality of Time », Mind, 1908, 1908) sur la question « Le temps existe-t-il vraiment ? » (réponse : le passage est une illusion). Sa thèse : La série A ne peut pas être vraie de la réalité. Comme le temps suppose la série A, le temps n'est pas réel : quand nous jugeons qu'une chose existe dans le temps, nous nous trompons. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 5 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« The Unreality of Time », Mind, 1908
Valide

Tout le monde sent que le temps passe : ce qui est futur devient présent puis passé. McTaggart soutient que cette idée, prise au sérieux, est contradictoire. Un événement ne peut pas être à la fois passé, présent et futur, et pourtant il est tour à tour les trois. Si l'on répond qu'il l'est « à des moments différents », on a déjà besoin du temps pour expliquer le temps. Donc le temps n'est pas réel. Écrit en 1908, cet argument est resté l'un des plus discutés de la philosophie : les uns acceptent la série A et rejettent l'argument, les autres acceptent l'argument et gardent seulement l'ordre « avant/après ».

P1Les moments du temps sont ordonnés de deux façons. La série B les range en « avant » et « après » : ces relations sont permanentes. La série A les range en passé, présent et futur : ces déterminations changent sans cesse (ce qui est futur devient présent, puis passé).
P2Il n'y a pas de temps sans changement, et il n'y a pas de changement sans la série A. Dans une série B seule, un événement ne commence ni ne cesse jamais d'être cet événement. Ce qui change, c'est seulement sa position comme futur, présent, passé.
P3La série A est contradictoire. Passé, présent et futur sont des déterminations incompatibles, et pourtant chaque événement les a toutes : s'il est passé, il a été présent et futur.
P4La réponse « il est présent, il sera passé, il a été futur » ne lève pas la contradiction. Elle suppose le temps pour expliquer comment les moments sont passés, présents et futurs, alors que le temps suppose la série A : c'est un cercle vicieux.
P5Une idée ne peut pas être vraie de la réalité si son application à la réalité contient une contradiction impossible à lever. Elle peut être inexplicable, mais pas contradictoire.
Donc la série A ne peut pas être vraie de la réalité. Comme le temps suppose la série A, le temps n'est pas réel : quand nous jugeons qu'une chose existe dans le temps, nous nous trompons.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où la série A est contradictoire sans issue et pourtant vraie de la réalité : par exemple si le réel peut tolérer certaines contradictions apparentes. Ses adversaires contestent donc rarement P5 : presque personne n'accepte une réalité contradictoire.
Valide telle quelle : McTaggart a écrit lui-même ses prémisses, il n'y a pas de prémisse cachée. P2 relie le temps à la série A, P3 et P4 disent qu'elle est contradictoire sans issue, P5 dit qu'une idée contradictoire n'est pas vraie du réel. Les critiques n'attaquent donc pas la logique mais les prémisses : P2 (Russell), P3 et P4 (Prior, Broad).
Analogie. Imaginez un panneau qui dirait : « Cette porte est ouverte, fermée et à demi ouverte ». Vous répondriez : « à des moments différents ». McTaggart répond que ce « moment » est déjà du temps : on ne peut pas expliquer le passage du temps en disant qu'il y a du temps.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Bertrand Russell 1903 · attaque la prémisse 2

La série B suffit au changement. Changer, c'est seulement qu'une chose ait telle propriété à un moment et ne l'ait pas à un autre : le changement est la différence de vérité entre deux propositions sur la même chose, l'une portant sur un moment T, l'autre sur un autre moment T'. Il n'y a pas besoin de « passé, présent, futur ».

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de McTaggart dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) McTaggart ne cite pas Russell. Dans l'article (§ 11-20), il examine ce qui pourrait changer dans une série B seule (un événement qui cesse d'être, un événement qui devient un autre, un moment du temps) et conclut qu'aucun de ces changements n'est possible, car les relations « avant/après » sont permanentes. Il ne discute pas la définition de Russell comme telle.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : la définition de Russell est devenue la définition standard du changement chez ceux qui rejettent la série A. McTaggart répondrait que ce n'est pas un vrai changement, puisque rien n'y change : tout reste fixe. Désaccord de fond sur ce que « changer » veut dire.
Arthur Prior 1959 · attaque la prémisse 3

Les faits « temporels » ne se ramènent pas à des relations « avant/après ». Quand on dit « Dieu merci, c'est fini », on est soulagé que la douleur soit finie maintenant, pas qu'elle précède cet énoncé. Passé, présent et futur sont donc réels et premiers. Avec des opérateurs de temps (« il a été le cas que », « il sera le cas que »), on peut dire qu'un événement est présent, a été futur et sera passé, sans parler de moments où il serait présent ou passé : pas de cercle.

McTaggart répond
voir l'argument
J. M. E. McTaggart 1908 · Réponse anticipée de McTaggart
McTaggart prévoit qu'on lui répondra que le temps est ultime, donc inexplicable sans lui-même. Il répond qu'une idée peut être inexplicable et vraie du réel, mais pas si son application contient une contradiction : c'est pour cela, et non parce qu'il est inexplicable, qu'il rejette le temps.
Le débat continue (notre résumé) Cette réponse ne vise pas les opérateurs de temps : la logique du temps de Prior date de 1957-1967, bien après McTaggart. La question reste de savoir si « il sera présent, il a été futur » peut se dire avec des opérateurs sans quantifier sur des moments.
M
Michael Dummett défenseur de l'argument · 1960
Dummett défend la validité de la preuve de McTaggart contre la série A, dans un article dont c'est le sujet.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : les partisans de la série A (Prior) et ceux de la série B s'accordent sur un point : si la série A contient une contradiction, le temps est irréel. Ils se séparent sur la contradiction elle-même. Point ouvert : pas de réponse largement acceptée.
C. D. Broad 1938 · attaque la prémisse 3

Broad rejette le diagnostic de McTaggart. La contradiction vient de la façon dont McTaggart décrit la série A, comme des « caractères » que chaque événement porterait tous à la fois. Pour Broad, le devenir est un fait ultime : ce qui arrive vient à l'existence, c'est le passage même du temps. Broad en tire une image où le passé s'agrandit sans cesse et où le futur n'existe pas encore.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1938, après sa mort (1925).
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : McTaggart est mort en 1925, avant le livre de Broad (1938), qui est un examen de sa philosophie. Le désaccord porte sur ce qu'est le devenir : une suite de caractères que portent des événements existants (McTaggart) ou l'arrivée même à l'existence d'événements nouveaux (Broad). Point ouvert.