Le télétransporteur : l'identité n'est pas ce qui compte
Le télétransporteur de Parfit
L'identité n'est pas ce qui compte. Ce qui compte, c'est la relation R : la connexion et la continuité psychologiques, avec la bonne sorte de cause. Et dans les cas limites (copie, fission), la question « est-ce encore moi ? » est « vide » : on peut tout savoir des faits sans y répondre, et choisir une réponse revient seulement à choisir un mot.
Si l'original survivait, copie et original seraient deux personnes ; or la copie a tous mes souvenirs : l'identité n'est pas l'essentiel.
« Le télétransporteur : l'identité n'est pas ce qui compte » est un argument de Derek Parfit (Reasons and Persons, 1984, partie III, 1984) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : pas de moi fixe). Sa thèse : L'identité n'est pas ce qui compte. Ce qui compte, c'est la relation R : la connexion et la continuité psychologiques, avec la bonne sorte de cause. Et dans les cas limites (copie, fission), la question « est-ce encore moi ? » est « vide » : on peut tout savoir des faits sans y répondre, et choisir une réponse revient seulement à choisir un mot. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Vous entrez dans une cabine. Un appareil détruit votre corps sur Terre, lit chacune de vos cellules et envoie le plan par radio. Sur Mars, une machine construit un corps et un cerveau exactement identiques, avec tous vos souvenirs. Vous vous réveillez là-bas. Êtes-vous arrivé sur Mars, ou êtes-vous mort sur Terre, remplacé par une copie ? Parfit part de ce scénario (Reasons and Persons, 1984) pour soutenir une idée dérangeante : la question « est-ce encore moi ? » peut ne pas avoir de réponse, et ce n'est pas grave, parce que ce n'est pas l'identité qui compte, mais la continuité de nos souvenirs, de notre caractère et de nos projets (il la nomme « relation R »).
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où R est présente, où l'identité est absente et où la relation vaut autant que la survie, mais où l'identité compte quand même (elle ajouterait une valeur en plus). Les prémisses sont vraies, la conclusion fausse.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Bernard Williams 1970 · attaque la prémisse 3Résumé d'après la version simplifiée de Parfit : un chirurgien annonce qu'il va vous faire souffrir, après vous avoir fait perdre la mémoire, puis vous avoir donné un faux caractère et de faux souvenirs. Cela ne vous donne aucune raison de croire que la douleur cessera : vous craignez toujours pour le corps qui souffrira. La crainte suit donc le corps, pas la continuité psychologique, et la relation R ne suffit pas pour la survie.
Parfit répond
Résumé d'après la version simplifiée de Parfit : un chirurgien annonce qu'il va vous faire souffrir, après vous avoir fait perdre la mémoire, puis vous avoir donné un faux caractère et de faux souvenirs. Cela ne vous donne aucune raison de croire que la douleur cessera : vous craignez toujours pour le corps qui souffrira. La crainte suit donc le corps, pas la continuité psychologique, et la relation R ne suffit pas pour la survie.
Joseph Butler 1736 · attaque la conclusionRésumé : pour Butler, la conscience de soi suppose déjà l'identité personnelle : elle ne peut pas la constituer. Appliqué à Parfit : se souvenir, c'est se souvenir de ses propres expériences, donc la continuité des souvenirs (relation R) suppose déjà l'identité au lieu de l'expliquer.
Parfit répond
Résumé : pour Butler, la conscience de soi suppose déjà l'identité personnelle : elle ne peut pas la constituer. Appliqué à Parfit : se souvenir, c'est se souvenir de ses propres expériences, donc la continuité des souvenirs (relation R) suppose déjà l'identité au lieu de l'expliquer.
Thomas Reid 1785 · attaque la prémisse 2Résumé : pour Reid, l'identité d'une personne est parfaite et simple : une personne est une chose indivisible, qui ne peut avoir ni parties ni degrés. Pour chaque cas, il y a donc une réponse : c'est moi, ou ce n'est pas moi. L'idée d'une question « vide » n'a pas de sens.
Parfit répond
Résumé : pour Reid, l'identité d'une personne est parfaite et simple : une personne est une chose indivisible, qui ne peut avoir ni parties ni degrés. Pour chaque cas, il y a donc une réponse : c'est moi, ou ce n'est pas moi. L'idée d'une question « vide » n'a pas de sens.
David Lewis 1976 · attaque la conclusionRésumé : dans « Survival and Identity », Lewis soutient que la fission n'oppose pas l'identité à ce qui compte. Avant la division, il y avait déjà deux personnes qui partageaient le même corps et les mêmes souvenirs ; chacune survit donc dans une des deux personnes après la division. L'identité et la relation R coïncident, et l'identité est bien ce qui compte.
Parfit répond
Résumé : dans « Survival and Identity », Lewis soutient que la fission n'oppose pas l'identité à ce qui compte. Avant la division, il y avait déjà deux personnes qui partageaient le même corps et les mêmes souvenirs ; chacune survit donc dans une des deux personnes après la division. L'identité et la relation R coïncident, et l'identité est bien ce qui compte.