QuestionsQui suis-je vraiment ?Le brave officier : la mémoire ne fait pas l'identité
Qui suis-je vraiment ?Une âme

Le brave officier : la mémoire ne fait pas l'identité

Le paradoxe du brave officer

Thomas Reid 1710 · 1796Nous sommes les vrais auteurs de nos actes : un agent peut être cause de ce qu'il fait.
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Ce qu'il soutient

Le général est la même personne que l'enfant, bien qu'il ne s'en souvienne plus. L'identité personnelle ne consiste pas dans la mémoire : c'est l'existence continue d'un même être simple, dont la mémoire n'est que la preuve.

Pourquoi

Si le général est l'officier et l'officier l'enfant, le général est l'enfant, même sans s'en souvenir.

La même idée à travers l'histoire
Joseph Butler1736Reid dit lui-même suivre Butler, dont il approuve entièrement l'opinion : la conscience du passé suppose l'identité personnelle, elle ne peut donc pas la constituer.
Thomas Reid1785Reid ajoute le cas du brave officier : même si l'on admet que la mémoire est le critère, on aboutit à une contradiction logique.
En bref

« Le brave officier : la mémoire ne fait pas l'identité » est un argument de Thomas Reid (Essais sur les facultés intellectuelles, III, 4 et 6, 1785, 1785) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : une âme). Sa thèse : Le général est la même personne que l'enfant, bien qu'il ne s'en souvienne plus. L'identité personnelle ne consiste pas dans la mémoire : c'est l'existence continue d'un même être simple, dont la mémoire n'est que la preuve. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 4 prémisses. AskPhilosophy présente 2 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Essais sur les facultés intellectuelles, III, 4 et 6, 1785
Valide

Locke dit que l'identité d'une personne s'étend aussi loin que sa conscience du passé. Reid lit cette conscience comme une mémoire, et construit un cas simple : un enfant est fouetté pour avoir volé des fruits dans un verger ; devenu officier, il s'en souvient ; devenu général, il se souvient de l'officier mais plus de l'enfant. Selon Locke, le général est l'officier, l'officier est l'enfant, mais le général n'est pas l'enfant. Or la logique dit que si A est B et B est C, alors A est C. Reid en conclut que l'identité ne peut pas consister dans la mémoire. Pour lui, une personne est un être simple, sans parties, qui existe sans interruption ; la mémoire est seulement la preuve de cette identité, comme la ressemblance est la preuve qu'un cheval volé est bien le nôtre. Attention : Locke parle de « conscience », pas de « mémoire » ; réduire l'une à l'autre est le choix de Reid (voir les objections).

P1Un enfant est fouetté pour avoir volé des fruits dans un verger. Devenu officier, il prend un étendard à l'ennemi et se souvient d'avoir été fouetté. Devenu général, il se souvient d'avoir pris l'étendard, mais a tout oublié du fouet. Un tel cas est possible.
P2Se souvenir distinctement d'avoir fait une action est la preuve qu'on est bien la personne qui l'a faite. Reid pense que Locke l'admet aussi.
P3L'identité est transitive : si l'officier est l'enfant et si le général est l'officier, alors le général est l'enfant. C'est la logique, dit Reid.
P4Une personne est un être indivisible, sans parties. Son identité est parfaite, sans degrés : être la même personne, c'est être le même être, qui a existé sans interruption.
Donc le général est la même personne que l'enfant, bien qu'il ne s'en souvienne plus. L'identité personnelle ne consiste pas dans la mémoire : c'est l'existence continue d'un même être simple, dont la mémoire n'est que la preuve.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Les quatre prémisses sont employées. P1 et P2 donnent « l'officier est l'enfant » et « le général est l'officier ». P3 en tire « le général est l'enfant ». Comme le général ne se souvient pas de l'enfant (P1), l'identité ne dépend donc pas du souvenir. P4 dit ce qu'est l'identité à la place : l'existence continue d'un même être. Reid écrit aussi que Locke fait dire à la mémoire ce qu'elle ne fait pas : « dire que le témoignage est la cause de la chose attestée est absurde ».
Analogie. Un cheval volé retrouvé chez un voleur : le propriétaire ne peut prouver que c'est le sien que par sa ressemblance. On n'en conclut pas que l'identité du cheval consiste dans sa ressemblance. De même, mon souvenir prouve que j'ai fait une chose, il ne me la fait pas faire.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Derek Parfit (la continuité psychologique) 1984 · attaque la conclusion

Le défenseur de Locke répond que le général n'a pas besoin de se souvenir de l'enfant : il est relié à l'officier, qui est relié à l'enfant. Ce qui compte n'est pas le souvenir direct mais la continuité psychologique, c'est-à-dire des chaînes de souvenirs qui se chevauchent. Ainsi le général est bien l'enfant, sans contradiction, et l'identité peut toujours reposer sur le psychologique, sans la mémoire directe.

un défenseur répond
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1984, après sa mort (1796).
Richard Swinburne défenseur de l'argument · 1984
Swinburne défend, comme Reid, que l'identité personnelle est un fait de base qu'on ne peut pas décomposer en souvenirs, en caractère ou en corps. Selon lui, une chaîne de souvenirs dit à quelles conditions on reconnaît une même personne, pas ce qui la rend la même. Il appelle cette thèse la théorie dualiste.
Où en est le débat (notre résumé)De nombreux héritiers de Locke ont adopté la réponse par la chaîne de souvenirs, qui évite la contradiction de Reid. Le désaccord de fond demeure : l'identité d'une personne se réduit-elle à des liens psychologiques, ou y a-t-il un fait de plus, comme le soutiennent Reid et Swinburne ? Point ouvert, sans réponse largement acceptée.
Sydney Shoemaker (le quasi-souvenir) 1970 · attaque la prémisse 2

Le souvenir ne peut pas servir à définir l'identité, dit-on, puisqu'il la suppose : se souvenir d'avoir fait quelque chose, c'est déjà penser que c'est moi qui l'ai fait. Shoemaker répond en définissant le quasi-souvenir : un souvenir qui vient de l'expérience d'une personne, mais sans supposer que cette personne est moi. Les chaînes de quasi-souvenirs peuvent alors définir l'identité sans cercle.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1970, après sa mort (1796).
Où en est le débat (notre résumé)Shoemaker veut ainsi écarter le reproche de cercle de Butler et de Reid. On discute encore si la définition du quasi-souvenir échappe vraiment au cercle et si elle suffit à fonder l'identité. Point ouvert, sans réponse largement acceptée.