La douleur peut être réalisée par des corps très différents : ce n'est donc pas un état de cerveau particulier
La réalisabilité multiple (le fonctionnalisme de Putnam)
La douleur n'est pas un état physico-chimique du cerveau : c'est un état fonctionnel de l'organisme entier.
Pieuvres, humains ou machines peuvent souffrir sans avoir le même état cérébral : la douleur tient à la fonction, pas à la matière.
« La douleur peut être réalisée par des corps très différents : ce n'est donc pas un état de cerveau particulier » est un argument de Hilary Putnam (« Psychological Predicates » (« The Nature of Mental States »), 1967, 1967) sur la question « L'esprit est-il le cerveau ? » (réponse : l'esprit vient de la matière). Sa thèse : La douleur n'est pas un état physico-chimique du cerveau : c'est un état fonctionnel de l'organisme entier. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 5 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
La théorie de l'identité dit que la douleur est un certain état du cerveau. Mais une pieuvre, qui a un cerveau très différent du nôtre, semble aussi souffrir. Et si un jour on rencontre des extraterrestres ou si l'on construit des machines qui souffrent, leur « cerveau » sera encore autre chose. En 1967, Hilary Putnam en conclut que la douleur ne peut pas être un état physique précis : elle est un état fonctionnel, défini par ce qu'il fait (ce qui le cause, ce qu'il provoque, ses liens avec d'autres états). Cette idée, le fonctionnalisme, est devenue la théorie dominante de l'esprit. Elle est compatible avec le physicalisme (tout système qui réalise la douleur est physique) mais elle ne l'exige pas par elle-même.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, un défenseur de l'identité pourrait dire que la douleur est l'état « disjonctif » : fibres C chez l'humain, autre chose chez la pieuvre, autre chose chez la machine. C'est la stratégie que Putnam juge ad hoc et que Kim discute en détail.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
JJaegwon Kim 1992 · attaque la conclusionKim ne conteste pas la réalisabilité multiple, mais il nie qu'elle réfute la réduction de l'esprit au physique. Si la douleur est réalisée de façon différente chez l'humain, le reptile, le Martien, la psychologie de chaque espèce (ou de chaque type de structure) peut être réduite à sa physique propre : c'est une réduction « locale ». Des lois de passage restreintes à une espèce suffisent.
Putnam répond
Kim ne conteste pas la réalisabilité multiple, mais il nie qu'elle réfute la réduction de l'esprit au physique. Si la douleur est réalisée de façon différente chez l'humain, le reptile, le Martien, la psychologie de chaque espèce (ou de chaque type de structure) peut être réduite à sa physique propre : c'est une réduction « locale ». Des lois de passage restreintes à une espèce suffisent.
WWilliam Bechtel et Jennifer Mundale 1999 · attaque la prémisse 2La réalisabilité multiple est exagérée. On l'obtient en comparant des états psychologiques décrits grossièrement (« avoir mal ») avec des états du cerveau décrits très finement. Si l'on utilise le même degré de précision des deux côtés, comme le font les neuroscientifiques quand ils identifient des aires du cerveau en comparant les espèces, beaucoup de ressemblances apparaissent. Selon eux, les neurosciences gardent donc un rôle pour comprendre la cognition.
sans réponse
La réalisabilité multiple est exagérée. On l'obtient en comparant des états psychologiques décrits grossièrement (« avoir mal ») avec des états du cerveau décrits très finement. Si l'on utilise le même degré de précision des deux côtés, comme le font les neuroscientifiques quand ils identifient des aires du cerveau en comparant les espèces, beaucoup de ressemblances apparaissent. Selon eux, les neurosciences gardent donc un rôle pour comprendre la cognition.
Hilary Putnam lui-même 1988 · attaque la conclusionPutnam abandonne ensuite le fonctionnalisme. Dans Representation and Reality (chapitre 5, « Why Functionalism Didn't Work »), il explique pourquoi, selon lui, le fonctionnalisme n'a pas marché comme théorie de l'esprit. Son argument contre l'identité avec un état de cerveau précis reste célèbre, mais il ne défend plus la thèse positive qu'il en tirait, la douleur comme état fonctionnel.
sans réponse
Putnam abandonne ensuite le fonctionnalisme. Dans Representation and Reality (chapitre 5, « Why Functionalism Didn't Work »), il explique pourquoi, selon lui, le fonctionnalisme n'a pas marché comme théorie de l'esprit. Son argument contre l'identité avec un état de cerveau précis reste célèbre, mais il ne défend plus la thèse positive qu'il en tirait, la douleur comme état fonctionnel.