Un agent peut être la cause de ses actes
La causalité de l'agent (Reid)
Dans nos décisions réfléchies, nous sommes libres : nous avons un pouvoir sur les décisions de notre propre volonté, sans qu'elles soient la suite nécessaire de ce qui se passe en nous ou autour de nous.
Nous sommes naturellement convaincus de causer nos décisions, et rien n'a prouvé que cette conviction nous trompe.
« Un agent peut être la cause de ses actes » est un argument de Thomas Reid (Essais sur les pouvoirs actifs de l'homme, 1788, essai IV, 1788) sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : le libre arbitre). Sa thèse : Dans nos décisions réfléchies, nous sommes libres : nous avons un pouvoir sur les décisions de notre propre volonté, sans qu'elles soient la suite nécessaire de ce qui se passe en nous ou autour de nous. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 5 prémisses. AskPhilosophy présente 4 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Quand une pierre roule, on dit que quelque chose l'a poussée. Quand vous décidez de lever la main, qui ou quoi cause cette décision ? Pour beaucoup de philosophes, ce sont vos motifs, votre caractère, votre passé. Thomas Reid, philosophe écossais du XVIIIe siècle, défend une autre idée : la cause de votre décision, c'est vous. Une personne n'est pas un simple maillon dans une chaîne d'événements : elle a un pouvoir, qu'elle exerce ou non. Reid ne prétend pas pouvoir l'expliquer en détail. Il soutient que c'est ce que nous croyons tous en agissant, et qu'on n'a pas de raison valable de nous dire que nous nous trompons.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, on peut tout accepter et soutenir quand même que la conviction d'être libres est une illusion, comme l'impression que le Soleil est tout près. Alors la cause de nos décisions n'est pas nous au sens de Reid, mais les circonstances. C'est ce que disent Priestley et Spinoza.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
David Hume 1748 · attaque la prémisse 1On ne peut définir la cause que par ce que l'on observe : un objet suivi d'un autre, de sorte que tous les objets semblables au premier sont suivis d'objets semblables au second. On ne voit jamais un pouvoir dans les choses, seulement des événements qui se suivent. Une « cause efficiente » qui serait plus que cela n'est pas une idée que nous pouvons avoir.
Reid répond
On ne peut définir la cause que par ce que l'on observe : un objet suivi d'un autre, de sorte que tous les objets semblables au premier sont suivis d'objets semblables au second. On ne voit jamais un pouvoir dans les choses, seulement des événements qui se suivent. Une « cause efficiente » qui serait plus que cela n'est pas une idée que nous pouvons avoir.
Joseph Priestley (cité par Reid) 1778 · attaque la prémisse 3Reid cite un défenseur de la nécessité (nous pensons qu'il s'agit de Priestley, voir la note de la source) : nous rapportons d'abord nos actions à nous-mêmes. Ces associations se confirment tellement qu'elles ne s'effacent jamais tout à fait. Le langage et les sentiments communs sont donc adaptés à une vue première, limitée, imparfaite, ou plutôt erronée, des choses.
Reid répond
Reid cite un défenseur de la nécessité (nous pensons qu'il s'agit de Priestley, voir la note de la source) : nous rapportons d'abord nos actions à nous-mêmes. Ces associations se confirment tellement qu'elles ne s'effacent jamais tout à fait. Le langage et les sentiments communs sont donc adaptés à une vue première, limitée, imparfaite, ou plutôt erronée, des choses.
Thomas Hobbes 1654 · attaque la prémisse 6Reid rapporte un raisonnement qu'il attribue d'abord à Hobbes : la liberté consiste seulement à pouvoir agir comme on veut. Dire qu'on a le pouvoir de vouloir une action, c'est dire qu'on peut la vouloir si on le veut. Cela supposerait que la volonté soit déterminée par une volonté antérieure, et celle-ci par une autre, à l'infini, ce qui est absurde.
Reid répond
Reid rapporte un raisonnement qu'il attribue d'abord à Hobbes : la liberté consiste seulement à pouvoir agir comme on veut. Dire qu'on a le pouvoir de vouloir une action, c'est dire qu'on peut la vouloir si on le veut. Cela supposerait que la volonté soit déterminée par une volonté antérieure, et celle-ci par une autre, à l'infini, ce qui est absurde.
Peter van Inwagen (qui rapporte les deux objections classiques) 2009 · attaque la prémisse 2Même s'il existe une causalité de l'agent et que l'événement « Jane devient la cause de sa décision de parler » a eu lieu, comment cet événement pourrait-il dépendre de Jane ? S'il n'en dépend pas, alors il ne dépendait pas d'elle de parler ou de se taire. Et si l'on ajoute que Jane est la cause d'être la cause, on repart pour une régression.
Reid répond
Même s'il existe une causalité de l'agent et que l'événement « Jane devient la cause de sa décision de parler » a eu lieu, comment cet événement pourrait-il dépendre de Jane ? S'il n'en dépend pas, alors il ne dépendait pas d'elle de parler ou de se taire. Et si l'on ajoute que Jane est la cause d'être la cause, on repart pour une régression.