L'hypothèse du monde réel est la plus simple
L'argument du chat ; l'argument de simplicité contre le solipsisme
Notre croyance instinctive à un monde extérieur, indépendant de nos perceptions, n'a pas à être abandonnée : nous pouvons l'admettre, avec un léger doute venu des rêves.
Un monde d'objets qui existent même quand on ne les voit pas explique nos expériences bien plus simplement qu'un rêve sans fin.
« L'hypothèse du monde réel est la plus simple » est un argument de Bertrand Russell (Les Problèmes de philosophie, 1912, chap. II « L'existence de la matière ») sur la question « Le monde existe-t-il vraiment ? » (réponse : le monde est réel). Sa thèse : Notre croyance instinctive à un monde extérieur, indépendant de nos perceptions, n'a pas à être abandonnée : nous pouvons l'admettre, avec un léger doute venu des rêves. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Peut-on prouver que la vie n'est pas un long rêve, où tout ce que tu vois, y compris les autres, serait fabriqué par toi ? Russell répond franchement : non. Cette idée n'est pas contradictoire. Mais, dit-il, elle n'a aucune raison d'être crue, et c'est une hypothèse bien moins simple que celle du bon sens. Son exemple : un chat apparaît dans un coin de la pièce, puis dans un autre. Si le chat n'existe que quand tu le vois, il surgit de rien à chaque fois, et il a faim sans avoir mangé. Si le chat existe aussi quand tu ne le vois pas, tout s'explique par ce que tu sais de la faim. Russell n'affirme pas une preuve : il dit que notre croyance instinctive au monde est la meilleure explication, et qu'on n'a pas de raison de l'abandonner. Il garde seulement « un léger doute » venu des rêves.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où le rêve est possible, où le monde réel est plus simple, et où l'on ne garde pas pour autant la croyance au monde réel : rien ne dit que la simplicité doive guider le choix.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
George Berkeley (la matière est inutile) 1710 · attaque la prémisse 2Même si des corps extérieurs existaient, nous ne pourrions pas le savoir ; et s'ils n'existaient pas, nous aurions exactement les mêmes raisons de croire qu'ils existent. Supposer des corps ne nous aide pas à expliquer comment naissent nos idées : c'est ajouter, sans raison, des êtres inutiles. Les idées des sens suivent des lois fixes parce qu'un esprit les produit en nous.
un défenseur répond
Même si des corps extérieurs existaient, nous ne pourrions pas le savoir ; et s'ils n'existaient pas, nous aurions exactement les mêmes raisons de croire qu'ils existent. Supposer des corps ne nous aide pas à expliquer comment naissent nos idées : c'est ajouter, sans raison, des êtres inutiles. Les idées des sens suivent des lois fixes parce qu'un esprit les produit en nous.
David Hume (la raison ne peut pas atteindre les objets) 1748 · attaque la prémisse 2Savoir si nos perceptions sont produites par des objets extérieurs est une question de fait, que seule l'expérience pourrait trancher. Or l'esprit n'a jamais rien de présent que ses perceptions : il ne peut avoir aucune expérience de leur lien avec des objets. Supposer ce lien est sans fondement dans le raisonnement.
un défenseur répond
Savoir si nos perceptions sont produites par des objets extérieurs est une question de fait, que seule l'expérience pourrait trancher. Or l'esprit n'a jamais rien de présent que ses perceptions : il ne peut avoir aucune expérience de leur lien avec des objets. Supposer ce lien est sans fondement dans le raisonnement.
René Descartes (le malin génie) 1641 · attaque la conclusionDescartes suppose qu'un démon puissant et trompeur emploie toute son habileté à le tromper : le ciel, l'air, la terre et toutes les choses extérieures ne seraient que les illusions de ses rêves. Si cette hypothèse est possible, aucune simplicité ne garantit que le monde est réel.
un défenseur répond
Descartes suppose qu'un démon puissant et trompeur emploie toute son habileté à le tromper : le ciel, l'air, la terre et toutes les choses extérieures ne seraient que les illusions de ses rêves. Si cette hypothèse est possible, aucune simplicité ne garantit que le monde est réel.