La théière céleste : à qui revient la preuve ?
Il n'y a aucune raison de croire en Dieu. Douter n'est pas de la présomption : c'est au croyant de prouver.
C'est à celui qui affirme qu'une chose existe de le prouver, et aucune preuve de l'existence de Dieu ne tient.
« La théière céleste : à qui revient la preuve ? » est un argument de Bertrand Russell (Y a-t-il un Dieu ?, 1952 (publié en 1997)) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : athéisme). Sa thèse : Il n'y a aucune raison de croire en Dieu. Douter n'est pas de la présomption : c'est au croyant de prouver. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Si je dis qu'une petite théière tourne autour du Soleil entre la Terre et Mars, trop petite pour être vue au télescope, personne ne peut me prouver le contraire. Faut-il pour autant y croire ? Russell se sert de cette image pour une question simple : quand on ne peut ni prouver ni réfuter une affirmation, qui doit apporter la preuve ? L'argument ne conclut pas que Dieu n'existe pas. Il conclut qu'on n'a aucune raison d'y croire, ce qui correspond ici à la position athée (« aucune bonne raison d'y croire »). Russell, lui, se disait agnostique au sens strict.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où toutes les autres prémisses sont vraies, aucune preuve n'existe, et pourtant on a une raison de croire : si « Dieu existe » n'est pas une affirmation d'existence ordinaire, la règle de la théière ne s'applique pas à lui.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
OObjection courante : « l'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence » attaque la prémisse 1Ne pas avoir de preuve qu'une chose existe, ce n'est pas avoir la preuve qu'elle n'existe pas. Le sceptique doit dire s'il prétend pouvoir prouver que Dieu n'existe pas ; sinon, il n'est pas plus avancé que le croyant. C'est la question que le père Copleston lui pose dès le début de leur débat de 1948 : es-tu agnostique ou athée ?
Russell répond
Ne pas avoir de preuve qu'une chose existe, ce n'est pas avoir la preuve qu'elle n'existe pas. Le sceptique doit dire s'il prétend pouvoir prouver que Dieu n'existe pas ; sinon, il n'est pas plus avancé que le croyant. C'est la question que le père Copleston lui pose dès le début de leur débat de 1948 : es-tu agnostique ou athée ?
LLe père Copleston et les thomistes 1948 · attaque la prémisse 3Il est faux que la croyance en Dieu soit sans preuve, comme la théière. Il existe une preuve métaphysique sérieuse : les choses contingentes ne contiennent pas la raison de leur existence ; il faut donc un être qui la contienne en lui-même et ne peut pas ne pas exister.
Russell répond
Il est faux que la croyance en Dieu soit sans preuve, comme la théière. Il existe une preuve métaphysique sérieuse : les choses contingentes ne contiennent pas la raison de leur existence ; il faut donc un être qui la contienne en lui-même et ne peut pas ne pas exister.
William James (La Volonté de croire) 1896 · attaque la prémisse 1Exiger une preuve avant de croire n'est pas toujours raisonnable. Quand la question est vitale, qu'on ne peut pas éviter de choisir et que les preuves ne tranchent pas, on a le droit de laisser parler le cœur : refuser de croire par peur de se tromper, c'est aussi un choix, et un pari. Russell, lui, résume l'argument de James autrement : il faudrait croire en Dieu parce que, sinon, nous nous conduirons mal.
Russell répond
Exiger une preuve avant de croire n'est pas toujours raisonnable. Quand la question est vitale, qu'on ne peut pas éviter de choisir et que les preuves ne tranchent pas, on a le droit de laisser parler le cœur : refuser de croire par peur de se tromper, c'est aussi un choix, et un pari. Russell, lui, résume l'argument de James autrement : il faudrait croire en Dieu parce que, sinon, nous nous conduirons mal.
Alvin Plantinga (« Raison et croyance en Dieu ») 1983 · attaque la prémisse 4La règle « pas de preuve, pas de raison de croire » ne vaut pas pour toutes nos croyances. Nous croyons sans argument que le passé a existé ou que les autres ont un esprit, et nous avons raison. La croyance en Dieu peut être de ce type, « fondamentale à juste titre » : ce n'est pas une hypothèse sur un objet de plus dans l'univers, comme la théière, et elle n'est pas irrationnelle faute de preuve.
un défenseur répond
La règle « pas de preuve, pas de raison de croire » ne vaut pas pour toutes nos croyances. Nous croyons sans argument que le passé a existé ou que les autres ont un esprit, et nous avons raison. La croyance en Dieu peut être de ce type, « fondamentale à juste titre » : ce n'est pas une hypothèse sur un objet de plus dans l'univers, comme la théière, et elle n'est pas irrationnelle faute de preuve.