QuestionsDieu existe-t-il ?Ne pas prétendre savoir ce qu'on ne sait pas
Dieu existe-t-il ?AgnosticismeLa charge de la preuve

Ne pas prétendre savoir ce qu'on ne sait pas

L'agnosticisme

Thomas Henry Huxley 1825 · 1895Il a inventé le mot « agnostique » : ne pas prétendre savoir ce qu'on ne peut pas savoir.
Voir sa fiche
Ce qu'il soutient

Sur Dieu, l'attitude honnête n'est ni le théisme ni l'athéisme, mais l'agnosticisme : reconnaître qu'on ne sait pas.

Pourquoi

Affirmer sans preuves suffisantes est une faute, et sur Dieu la raison n'a pas tranché : croire ou nier, c'est prétendre savoir.

La même idée à travers l'histoire
Hume1748Huxley se dit du côté de Hume et de Kant, et appelle Hume « le prince des agnostiques » : le sage proportionne sa croyance aux preuves.
Thomas Henry Huxley1869Vers 1869, à la Metaphysical Society de Londres, il invente le mot « agnostique », par opposition aux « gnostiques » qui prétendaient tout savoir. Il explique le mot et sa méthode dans trois essais de 1889.
Bertrand Russell1952Russell reprend l'idée : celui qui affirme doit prouver. Il se dit agnostique au sens strict, mais tire de la théière une conclusion plus forte : on n'a aucune raison de croire.
En bref

« Ne pas prétendre savoir ce qu'on ne sait pas » est un argument de Thomas Henry Huxley (« Agnosticism » et « Agnosticism and Christianity », 1889, 1869) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : agnosticisme). Sa thèse : Sur Dieu, l'attitude honnête n'est ni le théisme ni l'athéisme, mais l'agnosticisme : reconnaître qu'on ne sait pas. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« Agnosticism » et « Agnosticism and Christianity », 1889
Valide avec une prémisse implicite

Le mot « agnostique » a un inventeur : le biologiste Thomas Huxley, l'ami et le défenseur de Darwin. Autour de lui, raconte-t-il, chacun avait une étiquette : athée, théiste, panthéiste, matérialiste. Tous étaient sûrs d'avoir résolu l'énigme de l'existence. Lui était sûr du contraire. Il a donc inventé un mot, à partir du grec gnôsis (connaissance) : l'agnostique est celui qui ne prétend pas savoir. Pour Huxley, ce n'est pas une croyance de plus mais une méthode : suivre la raison aussi loin qu'elle va, et ne pas se dire certain de ce qui n'est pas prouvé. Appliquée à Dieu, la méthode donne : ni « Dieu existe », ni « Dieu n'existe pas », mais « je ne sais pas ».

P1Il est mal (moralement autant qu'intellectuellement) de se dire certain qu'une chose est vraie si l'on ne peut pas donner des preuves qui justifient logiquement cette certitude.
P2En matière de connaissance, la seule règle est de suivre la raison aussi loin qu'elle mène, sans tenir compte d'autre chose (l'autorité, la tradition, l'avantage qu'on aurait à croire).
P3Or sur Dieu, la raison n'a pas tranché. Depuis vingt-cinq siècles, théisme et athéisme se réfutent et renaissent sans fin : ni l'existence ni l'inexistence de Dieu n'a été démontrée.
P4 · prémisse impliciteSe dire théiste ou athée, c'est prétendre savoir : affirmer qu'on a la réponse, que Dieu existe ou qu'il n'existe pas.
Donc sur Dieu, l'attitude honnête n'est ni le théisme ni l'athéisme, mais l'agnosticisme : reconnaître qu'on ne sait pas.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'on n'a aucune preuve dans un sens ni dans l'autre, où l'on ne se dit donc certain de rien, et où l'on se dit pourtant théiste (ou athée) à bon droit : quelqu'un qui croit, ou qui dit « je n'ai aucune raison de croire », sans prétendre savoir.
Avec P4, l'argument est valide. Sans P4, il ne l'est plus : Huxley interdit seulement de se dire certain sans preuve. Si l'on peut être athée (ou croyant) sans prétendre à la certitude, par exemple en jugeant seulement l'existence de Dieu très improbable, sa règle n'oblige plus à rester neutre. C'est ce point que visent les critiques : pour Engels, l'agnostique est un matérialiste « honteux », qui n'ose pas le dire. Huxley lui-même reconnaît qu'il peut avoir « une opinion assez forte sur les probabilités ».
Analogie. On te demande s'il y a de la vie sur une planète d'une autre galaxie. Tu n'en sais rien, et personne n'en sait rien. Répondre « oui, j'en suis sûr » ou « non, j'en suis sûr » serait tricher. La réponse honnête est « je ne sais pas », même si tu as une petite idée.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

H
Henry Wace (doyen du King's College de Londres) 1888 · attaque la conclusion

L'agnostique se cache derrière un mot nouveau. La différence entre lui et le chrétien n'est pas qu'il ne sait pas : c'est qu'il ne croit pas l'autorité qui enseigne ces choses. Son vrai nom est plus ancien : c'est un « infidèle », un incroyant. Cela devrait être désagréable à dire, et c'est normal.

Huxley répond
Huxley 1889 · Réponse de Huxley
L'accusation est fausse : le mot n'est pas né pour fuir le nom d'« infidèle », et j'ai raconté comment il est né. L'agnosticisme n'est pas une croyance négative, c'est un principe : ne pas se dire certain sans preuve. Les gens d'Église ont le droit de m'appeler « infidèle », mais qu'ils n'attendent pas que je me donne ce nom.
H
Henry Wace 1889 · Wace maintient
La vraie question n'est pas de savoir si l'agnosticisme est justifié, mais ce qu'il implique. Justifié ou non, il revient à nier les croyances dans lesquelles Jésus a vécu et il est mort. On ne peut pas être agnostique sur les vérités élémentaires de la religion sans rejeter l'autorité du Christ.
Le débat continue (notre résumé) Les deux ont raison sur un point. Wace : dans les faits, ne pas croire, c'est ne pas suivre la foi chrétienne. Huxley : « je ne sais pas » et « je nie » ne sont pas la même chose. Le désaccord de fond demeure : peut-on croire sur l'autorité d'un maître ou d'une Église, sans preuve ?
F
Friedrich Engels 1892 · attaque la prémisse 4

L'agnostique est un matérialiste « honteux ». Il pense que toute la nature obéit à des lois et qu'aucune action venue du dehors n'y intervient ; il ajoute seulement qu'on ne peut ni prouver ni réfuter un Être suprême au-delà de l'univers. Dans la nature telle qu'il la pense, il n'y a aucune place pour un créateur : c'est un matérialiste qui n'ose pas dire son nom.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Huxley dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Huxley n'a pas répondu à Engels. Mais il range lui-même le matérialisme parmi les questions que la raison n'a pas tranchées, à côté du théisme et de l'athéisme : il refuse donc aussi l'étiquette de matérialiste. La question reste posée : si l'on juge Dieu très improbable, n'est-on pas déjà athée, au sens de « aucune bonne raison d'y croire » ?
Pascal 1670 · attaque la conclusion

On ne peut pas rester neutre sur Dieu. « Il faut parier ; cela n'est pas volontaire, vous êtes embarqué. » Ne pas choisir, c'est vivre comme si Dieu n'existait pas : l'agnostique a déjà parié sans le dire (voir l'argument du pari).

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Huxley dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) On n'a pas trouvé de réponse de Huxley à Pascal. Sa règle porte sur ce qu'on affirme savoir, pas sur la façon de vivre : on peut agir sans être certain. Mais Pascal parle justement de la vie, pas du savoir, et c'est ce que William James reprendra contre Huxley.
William James (« La volonté de croire ») 1896 · attaque la conclusion

Quand une question est vitale, qu'on ne peut pas éviter de choisir et que la raison ne peut pas trancher, dire « ne décidons pas, laissons la question ouverte », c'est déjà une décision, prise par le cœur, et elle risque autant de manquer la vérité. James cite Huxley parmi ceux qu'il combat. Pour lui, ce scepticisme n'est pas l'intelligence contre la passion : c'est l'intelligence guidée par une passion, la peur de se tromper, qui passe avant l'espoir.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1896, après sa mort (1895).
Le débat continue (notre résumé) Huxley est mort en 1895, avant l'essai de James. Du côté de Huxley, on peut répondre que sa règle porte sur ce qu'on affirme savoir : on peut agir, espérer ou parier sans se dire certain. Russell répondra aussi à James : une croyance utile n'est pas pour autant vraie (voir « La théière céleste »).