Ne pas prétendre savoir ce qu'on ne sait pas
L'agnosticisme
Sur Dieu, l'attitude honnête n'est ni le théisme ni l'athéisme, mais l'agnosticisme : reconnaître qu'on ne sait pas.
Affirmer sans preuves suffisantes est une faute, et sur Dieu la raison n'a pas tranché : croire ou nier, c'est prétendre savoir.
« Ne pas prétendre savoir ce qu'on ne sait pas » est un argument de Thomas Henry Huxley (« Agnosticism » et « Agnosticism and Christianity », 1889, 1869) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : agnosticisme). Sa thèse : Sur Dieu, l'attitude honnête n'est ni le théisme ni l'athéisme, mais l'agnosticisme : reconnaître qu'on ne sait pas. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Le mot « agnostique » a un inventeur : le biologiste Thomas Huxley, l'ami et le défenseur de Darwin. Autour de lui, raconte-t-il, chacun avait une étiquette : athée, théiste, panthéiste, matérialiste. Tous étaient sûrs d'avoir résolu l'énigme de l'existence. Lui était sûr du contraire. Il a donc inventé un mot, à partir du grec gnôsis (connaissance) : l'agnostique est celui qui ne prétend pas savoir. Pour Huxley, ce n'est pas une croyance de plus mais une méthode : suivre la raison aussi loin qu'elle va, et ne pas se dire certain de ce qui n'est pas prouvé. Appliquée à Dieu, la méthode donne : ni « Dieu existe », ni « Dieu n'existe pas », mais « je ne sais pas ».
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'on n'a aucune preuve dans un sens ni dans l'autre, où l'on ne se dit donc certain de rien, et où l'on se dit pourtant théiste (ou athée) à bon droit : quelqu'un qui croit, ou qui dit « je n'ai aucune raison de croire », sans prétendre savoir.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
HHenry Wace (doyen du King's College de Londres) 1888 · attaque la conclusionL'agnostique se cache derrière un mot nouveau. La différence entre lui et le chrétien n'est pas qu'il ne sait pas : c'est qu'il ne croit pas l'autorité qui enseigne ces choses. Son vrai nom est plus ancien : c'est un « infidèle », un incroyant. Cela devrait être désagréable à dire, et c'est normal.
Huxley répond
L'agnostique se cache derrière un mot nouveau. La différence entre lui et le chrétien n'est pas qu'il ne sait pas : c'est qu'il ne croit pas l'autorité qui enseigne ces choses. Son vrai nom est plus ancien : c'est un « infidèle », un incroyant. Cela devrait être désagréable à dire, et c'est normal.
FFriedrich Engels 1892 · attaque la prémisse 4L'agnostique est un matérialiste « honteux ». Il pense que toute la nature obéit à des lois et qu'aucune action venue du dehors n'y intervient ; il ajoute seulement qu'on ne peut ni prouver ni réfuter un Être suprême au-delà de l'univers. Dans la nature telle qu'il la pense, il n'y a aucune place pour un créateur : c'est un matérialiste qui n'ose pas dire son nom.
sans réponse
L'agnostique est un matérialiste « honteux ». Il pense que toute la nature obéit à des lois et qu'aucune action venue du dehors n'y intervient ; il ajoute seulement qu'on ne peut ni prouver ni réfuter un Être suprême au-delà de l'univers. Dans la nature telle qu'il la pense, il n'y a aucune place pour un créateur : c'est un matérialiste qui n'ose pas dire son nom.
Pascal 1670 · attaque la conclusionOn ne peut pas rester neutre sur Dieu. « Il faut parier ; cela n'est pas volontaire, vous êtes embarqué. » Ne pas choisir, c'est vivre comme si Dieu n'existait pas : l'agnostique a déjà parié sans le dire (voir l'argument du pari).
sans réponse
On ne peut pas rester neutre sur Dieu. « Il faut parier ; cela n'est pas volontaire, vous êtes embarqué. » Ne pas choisir, c'est vivre comme si Dieu n'existait pas : l'agnostique a déjà parié sans le dire (voir l'argument du pari).
William James (« La volonté de croire ») 1896 · attaque la conclusionQuand une question est vitale, qu'on ne peut pas éviter de choisir et que la raison ne peut pas trancher, dire « ne décidons pas, laissons la question ouverte », c'est déjà une décision, prise par le cœur, et elle risque autant de manquer la vérité. James cite Huxley parmi ceux qu'il combat. Pour lui, ce scepticisme n'est pas l'intelligence contre la passion : c'est l'intelligence guidée par une passion, la peur de se tromper, qui passe avant l'espoir.
sans réponse
Quand une question est vitale, qu'on ne peut pas éviter de choisir et que la raison ne peut pas trancher, dire « ne décidons pas, laissons la question ouverte », c'est déjà une décision, prise par le cœur, et elle risque autant de manquer la vérité. James cite Huxley parmi ceux qu'il combat. Pour lui, ce scepticisme n'est pas l'intelligence contre la passion : c'est l'intelligence guidée par une passion, la peur de se tromper, qui passe avant l'espoir.