Le trilemme d'Agrippa : toute justification s'effondre
Les cinq modes d'Agrippa ; le trilemme de Münchhausen ; le problème de la régression des raisons
Sur toute question discutée, il faut suspendre son jugement : aucune thèse ne peut être justifiée de façon sûre.
Toute preuve en demande une autre, et la chaîne ne finit que par régression, cercle ou hypothèse, qui ne prouvent rien.
« Le trilemme d'Agrippa : toute justification s'effondre » est un argument de Sextus Empiricus (Esquisses pyrrhoniennes I, 164-177 (vers 190), 190) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : il faut douter). Sa thèse : Sur toute question discutée, il faut suspendre son jugement : aucune thèse ne peut être justifiée de façon sûre. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Tu affirmes quelque chose, et on te demande : « Comment le sais-tu ? » Tu donnes une raison. On demande alors : « Et cette raison, comment la sais-tu ? » Et ainsi de suite. Les sceptiques grecs ont remarqué que cette suite de questions ne peut finir que de trois façons, et qu'aucune ne convainc. C'est le trilemme d'Agrippa, un des arguments les plus durables de toute la philosophie. Sextus Empiricus ne le présente pas comme une liste de prémisses : la forme P1 à P5 ci-dessous est notre reconstruction à partir de ses cinq modes (Esquisses pyrrhoniennes I, 164-177).
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, on pourrait accepter P1 à P4 et continuer pourtant à croire ce que l'on croit, par habitude ou par confiance, en reconnaissant simplement qu'on ne peut pas le prouver. C'est ce que font beaucoup de philosophes : ne pas pouvoir prouver n'oblige pas à suspendre.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
René Descartes 1637 · attaque la prémisse 4Il existe un point de départ qui n'est pas une hypothèse arbitraire : « je pense, donc je suis ». Quand j'essaie de tout croire faux, il faut bien que moi qui le pense, je sois quelque chose. Cette vérité est si ferme que les suppositions les plus extravagantes des sceptiques ne peuvent l'ébranler. La chaîne s'arrête donc sur un fondement sûr, évident par lui-même.
Empiricus répond
Il existe un point de départ qui n'est pas une hypothèse arbitraire : « je pense, donc je suis ». Quand j'essaie de tout croire faux, il faut bien que moi qui le pense, je sois quelque chose. Cette vérité est si ferme que les suppositions les plus extravagantes des sceptiques ne peuvent l'ébranler. La chaîne s'arrête donc sur un fondement sûr, évident par lui-même.
LLaurence BonJour 1985 · attaque la prémisse 1Le cohérentisme refuse l'image de la chaîne. Une croyance n'est pas justifiée par une seule suite de raisons qui s'appuient l'une sur l'autre en ligne droite, mais par sa place dans un ensemble de croyances qui se soutiennent mutuellement et forment un tout cohérent. Un cercle étroit est vicieux, un grand système cohérent ne l'est pas : la régression ne commence même pas.
sans réponse
Le cohérentisme refuse l'image de la chaîne. Une croyance n'est pas justifiée par une seule suite de raisons qui s'appuient l'une sur l'autre en ligne droite, mais par sa place dans un ensemble de croyances qui se soutiennent mutuellement et forment un tout cohérent. Un cercle étroit est vicieux, un grand système cohérent ne l'est pas : la régression ne commence même pas.
Aristote 350 av. J.-C. · attaque la prémisse 1Dans les Seconds Analytiques (I, 3), Aristote examine d'avance cette difficulté. Certains disent : si toute science vient d'une preuve, on tombe dans la régression, donc il n'y a pas de science. D'autres acceptent le cercle. Aristote refuse les deux : toute connaissance n'est pas démontrée, car les principes premiers sont connus sans preuve, et c'est ce qui permet à la démonstration de commencer.
sans réponse
Dans les Seconds Analytiques (I, 3), Aristote examine d'avance cette difficulté. Certains disent : si toute science vient d'une preuve, on tombe dans la régression, donc il n'y a pas de science. D'autres acceptent le cercle. Aristote refuse les deux : toute connaissance n'est pas démontrée, car les principes premiers sont connus sans preuve, et c'est ce qui permet à la démonstration de commencer.
David Hume 1748 · attaque la conclusionPersonne ne peut vivre en sceptique complet, c'est l'objection dite de l'apraxie (l'impossibilité d'agir). Hume écrit que le grand destructeur du pyrrhonisme est l'action et les occupations de la vie commune : ces principes triomphent dans les écoles, mais disparaissent comme une fumée dès qu'ils rencontrent les réalités de la vie.
Empiricus répond
Personne ne peut vivre en sceptique complet, c'est l'objection dite de l'apraxie (l'impossibilité d'agir). Hume écrit que le grand destructeur du pyrrhonisme est l'action et les occupations de la vie commune : ces principes triomphent dans les écoles, mais disparaissent comme une fumée dès qu'ils rencontrent les réalités de la vie.