QuestionsQui suis-je vraiment ?Brownson : si l'on greffe ton cerveau dans un autre corps, c'est toi qui te réveilles
Qui suis-je vraiment ?Ma conscience, ma mémoire

Brownson : si l'on greffe ton cerveau dans un autre corps, c'est toi qui te réveilles

Le cas de Brownson

Sydney Shoemaker 1931 · 2022Si l'on greffait ton cerveau dans un autre corps, tu irais avec lui : ce qui compte, c'est la continuité psychologique.
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Ce qu'il soutient

Une personne va là où va sa vie mentale : l'identité personnelle suit la continuité psychologique (réalisée dans la matière, ici le cerveau), et non la continuité du corps.

Pourquoi

Brownson a le corps de Robinson mais la mémoire de Brown, et l'on dit que c'est Brown : la personne suit sa vie mentale, pas son corps.

La même idée à travers l'histoire
John Locke1694Locke imagine l'âme d'un prince qui passe dans le corps d'un savetier : on dirait que c'est le prince. Shoemaker refait l'expérience sans âme, avec un cerveau greffé, ce qui laisse la porte ouverte à une explication matérialiste.
Sydney Shoemaker1963Shoemaker (1963) invente le cas de Brown, de Robinson et de « Brownson » pour discuter les critères de l'identité personnelle. Il se montre prudent sur ce que le cas prouve. Dans « Personal Identity: A Materialist's Account » (1984), il défend la continuité psychologique comme critère.
Derek Parfit1984Parfit part lui aussi de la continuité psychologique, mais en tire une autre conclusion : si elle se dédouble, l'identité n'est plus ce qui compte.
En bref

« Brownson : si l'on greffe ton cerveau dans un autre corps, c'est toi qui te réveilles » est un argument de Sydney Shoemaker (Self-Knowledge and Self-Identity (1963) ; « Personal Identity: A Materialist's Account » (1984), 1963) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : ma conscience, ma mémoire). Sa thèse : Une personne va là où va sa vie mentale : l'identité personnelle suit la continuité psychologique (réalisée dans la matière, ici le cerveau), et non la continuité du corps. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Self-Knowledge and Self-Identity (1963) ; « Personal Identity: A Materialist's Account » (1984)
Valide avec une prémisse implicite

Brown et Robinson sont opérés d'une tumeur au cerveau ; on retire les deux cerveaux et, par erreur, l'assistant remet celui de Brown dans la tête de Robinson, et inversement. L'un des deux hommes meurt aussitôt. L'autre, qui a le corps de Robinson et le cerveau de Brown, se réveille : on l'appelle « Brownson ». Il reconnaît la femme de Brown, raconte la vie de Brown comme la sienne et ne sait rien de celle de Robinson. Shoemaker (1963) note que beaucoup d'entre nous diraient que Brownson est Brown dans le corps de Robinson ; et alors, nous ne prendrions pas l'identité du corps comme critère de l'identité personnelle. Il reste prudent : le cas est imaginaire, et ce que diraient les gens est une question de fait. Dans le débat de 1984 avec Swinburne, il défend la continuité psychologique, réalisée dans la matière.

P1Par erreur, le cerveau de Brown est remis dans la tête de Robinson. L'un des deux hommes meurt ; celui qui a le corps de Robinson et le cerveau de Brown survit : c'est « Brownson », qui a les souvenirs de Brown et ne sait rien de la vie de Robinson.
P2Devant ce cas, beaucoup d'entre nous diraient que Brownson est Brown, dans le corps de Robinson.
P3Si ce jugement spontané est une bonne preuve, la meilleure explication est que l'identité d'une personne tient à la continuité psychologique (souvenirs, caractère, intentions), portée par un cerveau, et non à la continuité du corps.
P4 · prémisse impliciteLe jugement que presque tout le monde porterait sur un cas imaginé est une bonne preuve de ce en quoi consiste l'identité personnelle.
Donc une personne va là où va sa vie mentale : l'identité personnelle suit la continuité psychologique (réalisée dans la matière, ici le cerveau), et non la continuité du corps.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où les gens jugent que Brownson est Brown, et où ce jugement ne prouve rien sur l'identité : par exemple parce qu'il vient d'une habitude de parler, qui changerait si on nous donnait d'autres raisons.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P4. L'opération donne Brownson (P1), qui suscite le jugement « c'est Brown » (P2). Si ce jugement est une bonne preuve (P4), sa meilleure explication est le critère psychologique (P3). Toute la force de l'argument repose sur P4, que Shoemaker lui-même discute : ce que diraient les gens est une question de fait, et ils pourraient avoir adopté de nouveaux critères sans se tromper.
Analogie. Si l'on transfère tout le contenu d'un ordinateur dans un autre boîtier, on dit que « c'est le même ordinateur, dans un nouveau boîtier », pas « un nouvel ordinateur avec les anciennes données ». Shoemaker pense que nous parlons des personnes de la même façon.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Sydney Shoemaker lui-même 1963 · attaque la prémisse 4

Shoemaker note que la question de ce que diraient la plupart des gens si les événements imaginés se produisaient est une question de fait, que les philosophes n'ont pas à trancher. Et il ajoute qu'on ne pourrait pas dire que ces gens se tromperaient : ils auraient seulement adopté de nouveaux critères d'identité personnelle, différents des nôtres aujourd'hui. Le cas ne découvre donc pas le vrai critère, il en montre un possible.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Shoemaker dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : cette réserve fait partie du texte de 1963. Dans le débat de 1984 avec Swinburne, Shoemaker défend la continuité psychologique, mais ses arguments de 1984 n'ont pas été relus pour cette fiche (source sous droits).
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : la valeur des cas imaginaires est discutée depuis. Les uns y voient une façon de tester nos concepts, les autres, comme Flew, une source d'erreur quand les cas n'arrivent jamais.
Bernard Williams 1970 · attaque la prémisse 4

Williams reprend l'échange de corps mais le raconte autrement : on te dit qu'après l'opération, la personne qui aura ton corps sera torturée. Les récits donnent des jugements opposés, selon qu'on décrit la situation en termes de caractère ou en termes de douleur future. Le jugement spontané ne peut donc pas servir de preuve sûre.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Shoemaker dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : nous n'avons pas trouvé, dans les textes lus, de réponse directe de Shoemaker à « The Self and the Future ». Parfit discute à son tour l'argument de Williams dans Reasons and Persons.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. On discute si le récit de l'avenir (peur de la douleur) ou le récit du passé (souvenirs) doit guider notre jugement sur l'identité.
E
Eric Olson 1997 · attaque la prémisse 3

Nous sommes des animaux humains. Un animal persiste tant que sa vie biologique continue, quelle que soit sa vie mentale. La continuité psychologique n'est donc ni nécessaire ni suffisante pour que nous persistions. L'intuition que l'on « suit » son cerveau, si forte dans les cas de greffe, porte sur ce qui nous importe, pas sur ce que nous sommes.

sans réponse
Shoemaker a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Shoemaker a discuté l'animalisme, notamment dans « Persons, Animals, and Identity » (Synthese, 2008), texte non relu pour cette fiche. Le débat porte sur la nature de ce que nous sommes (un animal, une personne, un esprit) : les défenseurs de la thèse psychologique répondent que nous nous intéressons à notre survie comme sujets de pensée, pas comme organismes.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. L'animalisme et la thèse psychologique sont deux grandes familles actuelles sur l'identité personnelle, sans accord.
Derek Parfit 1984 · attaque la prémisse 3

La continuité psychologique peut se dédoubler : si ton cerveau est partagé entre deux corps, ou si un duplicata est fabriqué, il y a deux personnes avec ta vie mentale, et elles ne peuvent pas toutes les deux être toi. Parfit conclut que l'identité n'est pas ce qui compte, et que la continuité psychologique suffit sans être l'identité.

sans réponse
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Shoemaker dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Shoemaker et Parfit s'accordent que la continuité psychologique est au cœur de la question, mais pas sur ce qu'on en conclut. Nous n'avons pas relu la réponse de Shoemaker aux cas de dédoublement.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. Le dédoublement reste le grand test des théories psychologiques de l'identité.