QuestionsQu'est-ce que le bonheur ?Le mendiant au soleil : la richesse ne donne pas la paix
Qu'est-ce que le bonheur ?La vertu et la sagesse

Le mendiant au soleil : la richesse ne donne pas la paix

Le fils du pauvre ambitieux ; le mendiant qui se chauffe au soleil ; les colifichets de la grandeur

Adam Smith 1723 · 1790Nous jugeons le bien en nous mettant à la place des autres, sous le regard d'un « spectateur impartial ».
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Ce qu'il soutient

La poursuite de la richesse et de la grandeur repose sur une illusion : elle ne rend pas plus heureux, et le bonheur ne dépend pas du rang.

Pourquoi

L'ambitieux s'épuise pour un repos que la richesse ne donne pas ; pour l'aise du corps et la paix de l'esprit, les rangs se valent presque.

En bref

« Le mendiant au soleil : la richesse ne donne pas la paix » est un argument d'Adam Smith (Smith, Théorie des sentiments moraux, 1759 (éd. de 1777), IV, chap. 1) sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : la vertu et la sagesse). Sa thèse : La poursuite de la richesse et de la grandeur repose sur une illusion : elle ne rend pas plus heureux, et le bonheur ne dépend pas du rang. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Smith, Théorie des sentiments moraux, 1759 (éd. de 1777), IV, chap. 1
Valide avec une prémisse implicite

Le fils d'un homme pauvre, que le ciel a puni d'ambition, admire la condition des riches. Il croit qu'avec un palais, des domestiques et une voiture, il serait enfin tranquille. Pour y arriver, il accepte dès la première année plus de fatigue et d'inquiétude qu'il n'en aurait jamais connu en manquant de tout cela. Il consacre toute sa vie à une tranquillité artificielle, et sacrifie une tranquillité réelle qui était à sa portée. À la fin de sa vie, malade et amer, il découvre que la richesse n'est qu'un colifichet sans grande utilité. Smith en conclut que, pour l'aise du corps et la paix de l'esprit, tous les rangs sont presque au même niveau : le mendiant qui se chauffe au soleil au bord de la route possède la sécurité pour laquelle les rois se battent.

P1L'ambitieux subit, dès le premier mois, plus de fatigue du corps et d'inquiétude de l'esprit qu'il n'en aurait souffert pendant toute sa vie en manquant de richesse.
P2Il poursuit toute sa vie un repos artificiel et élégant, qu'il n'atteindra peut-être jamais, et il sacrifie pour cela une tranquillité réelle qui était toujours à sa portée.
P3Quand il y arrive, il découvre que la richesse et la grandeur sont de simples colifichets d'une utilité frivole, aussi peu adaptés à procurer l'aise du corps ou la tranquillité de l'esprit que les étuis à pinces du collectionneur de bibelots.
P4Pour ce qui fait le vrai bonheur de la vie humaine, l'aise du corps et la paix de l'esprit, tous les rangs sont presque au même niveau : le mendiant qui se chauffe au soleil sur le bord de la route possède la sécurité pour laquelle les rois se battent.
P5 · prémisse impliciteLe bonheur d'une vie consiste surtout dans l'aise du corps et la paix de l'esprit, et non dans le rang, la richesse ou la distinction.
Donc la poursuite de la richesse et de la grandeur repose sur une illusion : elle ne rend pas plus heureux, et le bonheur ne dépend pas du rang.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où le bonheur dépend de la richesse : la richesse donne la liberté d'agir, la santé et l'éducation, qui rendent la vie meilleure même sans plus de paix intérieure.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P5. P1 à P3 décrivent le cas de l'ambitieux : il paie cher un bien qu'il n'obtient pas. P4 généralise : sur l'aise et la paix, les rangs sont presque égaux. P5 dit que le bonheur se réduit à cela. Les objections visent P5 et P4 : le bonheur demande aussi des biens extérieurs et des ressources pour agir.
Analogie. Un élève passe ses nuits à réviser pour entrer dans la meilleure école, en croyant qu'il y sera enfin serein. Une fois dedans, il voit que ses camarades ne sont pas plus sereins que ceux qui ont choisi une voie plus simple. Smith pense que l'ambitieux fait la même erreur à l'échelle d'une vie.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Aristote (le bonheur a besoin de biens extérieurs) 340 av. J.-C. · attaque la prémisse 5

Pour Aristote, le bonheur est surtout une activité de l'âme, mais il demande aussi les biens extérieurs : il est impossible, ou difficile, de bien agir sans ressources, amis, richesse et pouvoir politique, qui servent d'instruments.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Smith dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Smith parle de l'aise du corps et de la paix de l'esprit, pas de l'action vertueuse. Ses lecteurs peuvent soutenir qu'Aristote et lui répondent à deux questions différentes : Smith dit que la richesse ne donne pas la paix, Aristote que la vertu demande des moyens.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : l'accord est partiel. Les deux admettent qu'un minimum de ressources est nécessaire ; ils diffèrent sur ce qu'on peut y ajouter. Débat ouvert.
Adam Smith lui-même (la pauvreté n'est pas le bonheur) 1776 · attaque la prémisse 4

Dans la Richesse des nations, Smith écrit qu'aucune société ne peut être florissante et heureuse si la plus grande partie de ses membres est pauvre et misérable. Il ajoute qu'il est juste que ceux qui nourrissent, vêtent et logent tout le peuple soient eux-mêmes assez bien nourris, vêtus et logés.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Smith dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : il n'y a pas de contradiction forcée. Dans la Théorie, Smith compare un mendiant à un roi, pas la misère au confort. La pauvreté qui empêche de se nourrir, de s'habiller et de se loger n'est pas celle du mendiant de son image. L'objection oblige à préciser le seuil à partir duquel le niveau des rangs devient « presque » égal.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : tout dépend du seuil. Au-dessus d'un minimum de sécurité matérielle, Smith peut soutenir son idée ; en dessous, il ne la soutient pas lui-même. Débat ouvert.
Adam Smith lui-même (l'illusion est utile) 1759 · attaque la conclusion

Smith écrit juste après que c'est une bonne chose que la nature nous trompe ainsi : cette illusion met en mouvement l'industrie des hommes. Si l'on dissipait l'illusion, personne ne cultiverait la terre ni ne bâtirait de villes. La conclusion « ne cours pas après la richesse » aurait un coût pour tous.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Smith dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Smith sépare le bien de l'individu (la paix) et le bien de la société (l'effort). Pour l'ambitieux, l'illusion est un malheur ; pour tous, elle est utile. Il ne dit pas dans ce passage qu'un individu éclairé devrait continuer à poursuivre la richesse.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : l'objection ne réfute pas P1 à P4 ; elle montre le coût social de les croire. Débat ouvert sur le choix entre bonheur individuel et utilité collective.