QuestionsFaut-il toujours obéir à la loi ?Vivre sans mensonge : refuser d'y participer
Faut-il toujours obéir à la loi ?La conscience d'abord

Vivre sans mensonge : refuser d'y participer

Vivre sans mensonge ; la non-participation personnelle

Alexandre Soljenitsyne 1918 · 2008Écrivain russe, huit ans dans les camps soviétiques, qui raconte ce monde dans L'Archipel du Goulag et y voit une ligne entre le bien et le mal qui passe par chaque cœur.
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Ce qu'il soutient

Quand on ne peut pas renverser la violence, on doit au moins refuser personnellement d'y participer : ne rien écrire, dire ou signer que l'on croit faux. Le choix de conscience passe avant l'obéissance au régime.

Pourquoi

Si l'on ne peut pas renverser la violence, on peut refuser de dire, écrire ou signer ce qu'on sait faux : le mensonge ne tient que par nous.

La même idée à travers l'histoire
Alexandre Soljenitsyne1974Le texte est publié le jour de l'arrestation de Soljenitsyne en URSS. Il est expulsé le lendemain. Il s'adresse aux citoyens soviétiques ordinaires.
Henry David Thoreau1849Thoreau pose déjà le refus de participer à l'injustice (ne pas être l'agent de l'injustice). Soljenitsyne en fait un refus plus modeste : ne pas dire ce qu'on sait faux.
En bref

« Vivre sans mensonge : refuser d'y participer » est un argument d'Alexandre Soljenitsyne (« Vivre sans mensonge » (12 février 1974), 1974) sur la question « Faut-il toujours obéir à la loi ? » (réponse : la conscience d'abord). Sa thèse : Quand on ne peut pas renverser la violence, on doit au moins refuser personnellement d'y participer : ne rien écrire, dire ou signer que l'on croit faux. Le choix de conscience passe avant l'obéissance au régime. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« Vivre sans mensonge » (12 février 1974)
Valide avec une prémisse implicite

Dans un régime où l'on ne peut ni voter, ni manifester, ni être entendu, que peut faire un simple citoyen ? Soljenitsyne répond : refuser de mentir. Selon lui, la violence a besoin du mensonge pour paraître légitime, et le mensonge ne vit que si chacun l'accepte chaque jour (signer, voter, répéter les slogans). Il propose donc une résistance à la portée de tous : ne rien écrire, dire ou signer que l'on croit faux. Ce n'est pas un programme politique, c'est un devoir de conscience que chacun peut accomplir seul.

P1La violence n'a rien d'autre que le mensonge pour se couvrir, et le mensonge ne peut durer que par la violence ; à chacun elle demande seulement une soumission au mensonge, une participation quotidienne à la tromperie.
P2On peut s'y soustraire par « une non-participation personnelle au mensonge » : « Que leur règne ne tienne pas par moi ! »
P3Il ne s'agit pas de crier la vérité sur la place publique, mais de refuser de dire ce qu'on ne pense pas : ne jamais soutenir sciemment le mensonge.
P4 · prémisse impliciteChacun a le devoir de ne pas être complice d'un mensonge qui sert une violence, même si son refus seul ne change pas le régime.
Donc quand on ne peut pas renverser la violence, on doit au moins refuser personnellement d'y participer : ne rien écrire, dire ou signer que l'on croit faux. Le choix de conscience passe avant l'obéissance au régime.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Valide avec P4. P1 dit pourquoi le mensonge est un maillon du pouvoir ; P2 et P3 définissent le refus ; P4, cachée, en fait un devoir. Les points d'attaque : P1 (le régime tient-il vraiment par le mensonge, ou par la peur et la force ?) et le coût du refus : Soljenitsyne reconnaît que « quelqu'un devra perdre son emploi » et que ce n'est pas facile. Notons aussi que Soljenitsyne ne demande pas de dire la vérité en public, seulement de ne pas dire le faux.
Analogie. Un mur de briques posées une à une : si chaque maçon refuse de poser sa brique, le mur ne s'élève pas. Une seule brique refusée ne le fait pas tomber, mais celui qui la refuse n'a pas bâti le mur.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Max Weber (éthique de la responsabilité) 1919 · attaque la prémisse 4

Weber distingue l'éthique de la conviction (agir selon ses principes, quoi qu'il arrive) et l'éthique de la responsabilité (répondre des conséquences). Un refus purement personnel, dit l'objection, protège la pureté de celui qui refuse sans changer rien au système : c'est un confort moral.

un défenseur répond
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Soljenitsyne dans ses textes.
Alexandre Soljenitsyne défenseur de l'argument · 1974 · Ce que dit déjà le texte (Soljenitsyne ne discute pas Weber)
Ce refus est le moyen le plus facile pour nous et le plus dévastateur pour le mensonge : quand les gens renoncent au mensonge, il cesse simplement d'exister. L'argument porte donc aussi sur les conséquences, pas seulement sur la pureté de celui qui refuse.
Le débat continue (notre résumé) Les critiques répondent que l'effet réel d'une somme de refus reste à prouver (voir l'objection suivante).
Où en est le débat (notre résumé)Weber : il faut répondre des conséquences. Soljenitsyne : la somme des refus individuels détruit le mensonge. Désaccord de fond : un refus individuel a-t-il un effet réel sur un régime ?
E
Erica Chenoweth et Maria Stephan 2011 · attaque la prémisse 2

Leur étude Why Civil Resistance Works compare plus de 300 campagnes de résistance (1900-2006) et conclut que la résistance non violente réussit plus souvent que la lutte armée, surtout parce qu'elle attire une participation beaucoup plus large. Ce qui fait tomber un régime, selon elles, c'est le nombre et la diversité des participants. Appliqué ici (notre reconstruction, elles ne visent pas Soljenitsyne) : un refus personnel, s'il reste isolé, ne suffit pas.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 2011, après sa mort (2008).
Le débat continue (notre résumé) Réponse reconstruite (notre lecture) : Soljenitsyne ne propose pas un geste isolé mais un mot d'ordre pour tous : « que chacun choisisse ». Le premier pas reste un choix individuel. L'étude montre que de grands mouvements réussissent ; elle ne dit pas qu'ils naissent sans refus individuels. Le débat reste ouvert.
Où en est le débat (notre résumé)Chenoweth et Stephan : ce qui compte est la masse. Soljenitsyne : la masse commence par des refus personnels. Désaccord de fond : le refus individuel est-il une cause de la masse ou un geste moral sans effet ?
V
Václav Havel 1978 · attaque la prémisse 3

Dans « Le pouvoir des sans-pouvoir », Havel prolonge l'idée : le système tient parce que chacun, comme le marchand de légumes qui affiche un slogan auquel il ne croit pas, accepte de jouer son rôle. Mais pour Havel, cesser de mentir mène à « vivre dans la vérité » : dire ce qu'on pense, s'organiser, créer des structures parallèles. Se taire sans mentir, le minimum de Soljenitsyne, ne suffit pas.

un défenseur répond
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Soljenitsyne dans ses textes.
Alexandre Soljenitsyne défenseur de l'argument · 1974 · Ce que dit déjà le texte (écrit avant Havel)
Soljenitsyne présente ce refus comme un premier pas : celui qui commence à se purifier verra facilement d'autres occasions d'échapper au mensonge. Le minimum n'est pas un terme mais un début.
Où en est le débat (notre résumé)Havel : le refus doit devenir une vie dans la vérité. Soljenitsyne : le refus est le minimum accessible. Désaccord de fond : le minimum suffit-il ?