QuestionsL'Histoire a-t-elle un sens ?Les cultures naissent, mûrissent et meurent : le déclin de l'Occident
L'Histoire a-t-elle un sens ?Des cycles

Les cultures naissent, mûrissent et meurent : le déclin de l'Occident

Le déclin de l'Occident

Oswald Spengler 1880 · 1936Il décrit les cultures comme des organismes qui naissent, mûrissent et déclinent : celle de l'Occident est dans son hiver.
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Ce qu'il soutient

L'Occident entre dans un déclin comparable à celui de l'Antiquité, qui occupera les premiers siècles du prochain millénaire : l'histoire de chaque culture est un cycle, et l'Occident n'y échappe pas.

Pourquoi

Chaque culture vit comme un organisme de l'enfance à la vieillesse et finit en civilisation figée ; l'Occident entre dans cette phase.

La même idée à travers l'histoire
Giambattista Vico1744Vico avait déjà fait passer les nations par des âges successifs et un retour (voir son argument). Spengler s'en distingue : il ne décrit pas un cours unique pour toutes les nations, mais des cultures séparées, chacune avec sa propre âme, et sans retour : la civilisation est une fin.
En bref

« Les cultures naissent, mûrissent et meurent : le déclin de l'Occident » est un argument d'Oswald Spengler (Le déclin de l'Occident, tome I (1918, éd. revue 1923), Introduction) sur la question « L'Histoire a-t-elle un sens ? » (réponse : des cycles). Sa thèse : L'Occident entre dans un déclin comparable à celui de l'Antiquité, qui occupera les premiers siècles du prochain millénaire : l'histoire de chaque culture est un cycle, et l'Occident n'y échappe pas. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Le déclin de l'Occident, tome I (1918, éd. revue 1923), Introduction
Valide avec une prémisse implicite

Oswald Spengler, ancien professeur de lycée allemand, écrit son livre avant et pendant la Première Guerre mondiale ; il paraît en 1918. Il y propose de remplacer le schéma habituel (Antiquité, Moyen Âge, temps modernes), qui met l'Europe au centre, par une comparaison de huit cultures : égyptienne, babylonienne, indienne, chinoise, antique, arabe, mexicaine et occidentale. Chacune est un organisme qui a son enfance, sa jeunesse, sa maturité et son déclin, et qui finit en « civilisation », figée et urbaine. Parce que les phases se ressemblent, l'historien pourrait, selon lui, prévoir en gros le déclin de l'Occident. Attention : nous citons l'édition revue de 1923 en allemand et la traduction anglaise de 1926 (Atkinson).

P1L'histoire du monde n'est pas la ligne unique Antiquité, Moyen Âge, temps modernes autour de l'Europe : ce sont des mondes séparés, des cultures, qui pèsent autant les unes que les autres dans l'ensemble.
P2Chaque culture traverse les âges de la vie d'un homme : elle a son enfance, sa jeunesse, sa maturité et sa vieillesse.
P3La civilisation est le destin inévitable d'une culture : un aboutissement qui suit le devenir comme le devenu, la vie comme la mort, l'élan comme la rigidité.
P4 · prémisse impliciteSi l'Occident est une culture de même nature que les autres, il est lui aussi dans la dernière phase de son cycle.
Donc l'Occident entre dans un déclin comparable à celui de l'Antiquité, qui occupera les premiers siècles du prochain millénaire : l'histoire de chaque culture est un cycle, et l'Occident n'y échappe pas.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où toutes les cultures passées ont un cycle de vie, mais où la nôtre est d'un autre type et poursuit sa route : un modèle valable pour le passé seulement.
Valide avec P4. P4 rend l'Occident comparable aux autres cultures, et lui applique donc leurs phases. Sans P4, on peut admettre que les cultures passées ont suivi un cycle sans conclure que la nôtre le suivra. C'est aussi la prémisse la plus contestée : elle suppose que huit cas suffisent à fonder une loi, et que notre culture est du même type.
Analogie. Un médecin qui a suivi huit patients de la naissance à la mort et en tire un tableau des âges de la vie, puis examine un neuvième dont il connaît l'âge. Il peut dire où en est le patient et ce qui l'attend. Ses critiques demandent si huit cas suffisent.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Karl Popper 1957 · attaque la prémisse 4

On ne peut pas tester une loi universelle si l'on est toujours limité à l'observation d'un seul processus unique. Or Spengler et d'autres appliquent aux sociétés le cycle de vie d'un animal ou d'une plante, comme si l'on pouvait étudier les lois de vie des civilisations comme celles d'une espèce. L'histoire humaine est pourtant un processus unique, et observer un seul processus ne permet pas non plus de prévoir sa suite.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1957, après sa mort (1936).
Le débat continue (notre résumé) Avant Popper, Toynbee (Étude de l'histoire, à partir de 1934) avait repris la comparaison des civilisations en l'élargissant à une vingtaine de cas et en la présentant comme empirique, tout en refusant un déclin inévitable : une civilisation se brise quand ses minorités créatrices ne répondent plus aux défis. Popper juge que Toynbee ne classe comme civilisations que les entités conformes à sa croyance a priori en des cycles de vie. Le désaccord de fond oppose ceux qui voient dans la comparaison des civilisations une méthode empirique et ceux qui y voient un schéma imposé. (Notre résumé.)
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : huit ou une vingtaine de civilisations suffisent-elles pour une loi, et leur classement est-il neutre ? Spengler et Toynbee divergent aussi sur la fatalité du déclin. Point ouvert : pas de réponse directe d'un défenseur à Popper.
Francis Fukuyama 1989 · attaque la conclusion

Ce que nous voyons n'est pas le déclin d'une culture parmi d'autres, mais l'universalisation de la démocratie libérale occidentale comme forme finale de gouvernement. Si les idées libérales gagnent le monde, l'Occident n'est pas un cycle qui se ferme, mais le point d'arrivée de l'évolution des idées.

un défenseur répond
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1989, après sa mort (1936).
S
Samuel Huntington défenseur de l'argument · 1996
Résumé : Huntington soutient que l'idée d'une civilisation universelle à l'occidentale est fausse : la modernisation ne veut pas dire occidentalisation, et le monde reste divisé en grandes civilisations qui gardent leurs valeurs. Il la juge aussi dangereuse, parce qu'elle pousse l'Occident à imposer ses valeurs aux autres.
A
Amartya Sen 1999
Résumé : Sen répond que la démocratie n'est pas une particularité occidentale. Il cite des traditions de discussion publique et de tolérance en Inde et dans le monde islamique (Ashoka, Akbar), et rappelle que l'Occident lui-même est arrivé tard à la démocratie.
Le débat continue (notre résumé) Fukuyama ne répond pas à Spengler dans ce passage ; il lit l'histoire comme une évolution des idées, non comme le cycle de cultures séparées. Spengler soutiendrait au contraire que ce qui paraît universel (démocratie, science, droit) est le trait d'une civilisation en phase tardive. (Notre résumé.)
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : les idées libérales sont-elles universelles ou propres à une civilisation en phase tardive ? Huntington (1996) nie l'universalisme occidental ; Sen (1999) tient la démocratie pour une valeur non spécifiquement occidentale. Question ouverte, au cœur du débat Fukuyama-Huntington.
T
Theodor W. Adorno 1950 · attaque la prémisse 3

Adorno reconnaît que les événements ont souvent donné raison aux prévisions de Spengler. Mais Spengler fait de l'histoire un destin naturel et du déclin une fatalité aveugle. Cette vision fait paraître inévitables l'ordre existant et le pouvoir, et oublie que ce qui décline porte aussi en lui la possibilité d'une vie plus libre.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1950, après sa mort (1936).
Le débat continue (notre résumé) Adorno écrit en 1950, après la défaite du nazisme, et lit Spengler à la lumière de cette histoire. Spengler, mort en 1936, avait pris ses distances avec le régime. Nous n'avons pas trouvé de réponse d'un défenseur de Spengler à ce texte. (Notre résumé.)
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : le déclin d'une culture est-il un destin naturel, ou le résultat de choix humains que l'on peut encore changer ? Point ouvert : pas de réponse largement acceptée.