QuestionsL'Histoire a-t-elle un sens ?La démocratie libérale, point d'arrivée de l'histoire des idées
L'Histoire a-t-elle un sens ?Le progrès

La démocratie libérale, point d'arrivée de l'histoire des idées

La fin de l'histoire

Francis Fukuyama né en 1952Politologue : la démocratie libérale pourrait être le point d'arrivée de l'évolution des idées politiques.
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Ce qu'il soutient

Ce que nous voyons est la fin de l'histoire comme telle : le point d'arrivée de l'évolution idéologique de l'humanité et l'universalisation de la démocratie libérale occidentale comme forme finale de gouvernement.

Pourquoi

Fascisme et communisme ont échoué, et aucune idéologie rivale ne fait mieux que la démocratie libérale : l'évolution des idées semble finie.

En bref

« La démocratie libérale, point d'arrivée de l'histoire des idées » est un argument de Francis Fukuyama (« The End of History? », The National Interest, été 1989 ; La Fin de l'histoire et le dernier homme (1992)) sur la question « L'Histoire a-t-elle un sens ? » (réponse : le progrès). Sa thèse : Ce que nous voyons est la fin de l'histoire comme telle : le point d'arrivée de l'évolution idéologique de l'humanité et l'universalisation de la démocratie libérale occidentale comme forme finale de gouvernement. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« The End of History? », The National Interest, été 1989 ; La Fin de l'histoire et le dernier homme (1992)
Valide avec une prémisse implicite

En 1989, quelques mois avant la chute du mur de Berlin, le politologue américain Francis Fukuyama publie un article qui fait date. Sa thèse, souvent mal comprise : il ne dit pas qu'il n'y aura plus d'événements. Il dit que l'histoire, comprise comme la compétition des grandes idées sur la meilleure façon de gouverner, semble arrivée à son terme. Il s'inspire de Hegel, relu par Alexandre Kojève : l'histoire est un conflit de principes qui s'achève quand un régime répond à ce que les hommes demandent, la reconnaissance de leur dignité. Il développe l'idée en livre en 1992. Attention : ce texte est sous droits ; seules des phrases courtes de l'article, vérifiées sur une copie de l'article publié, sont citées.

P1Le XXe siècle a vu l'épuisement des systèmes rivaux de la démocratie libérale occidentale : il ne reste aucune solution de remplacement vraiment viable.
P2Les deux seuls autres prétendants, la religion et le nationalisme, ne sont pas des alternatives qui valent pour tous : l'islam politique a peu d'attrait pour les non-musulmans, et le nationalisme n'est pas une contradiction irréductible du libéralisme.
P3Pour Hegel, l'histoire culmine dans un moment absolu où une forme finale, rationnelle de société et d'État devient victorieuse.
P4 · prémisse impliciteSi tous les rivaux de la démocratie libérale sont épuisés et que l'idée qui l'emporte finit par gouverner le monde matériel, alors la démocratie libérale est le point d'arrivée de l'évolution des idées politiques.
Donc ce que nous voyons est la fin de l'histoire comme telle : le point d'arrivée de l'évolution idéologique de l'humanité et l'universalisation de la démocratie libérale occidentale comme forme finale de gouvernement.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où les rivaux actuels sont épuisés, mais où de nouveaux défis apparaissent et où le monde matériel ne suit pas l'idée libérale : une pause, non une fin.
Valide avec P4. P4 relie l'épuisement des rivaux (un fait observé en 1989) à une affirmation bien plus forte : qu'aucun rival ne reviendra et que le monde matériel suivra l'idée. Sans elle, on peut admettre que les rivaux sont affaiblis sans conclure que l'histoire est finie. Fukuyama précise lui-même que la victoire du libéralisme est surtout acquise « dans les idées » et reste incomplète dans le monde matériel.
Analogie. Un tournoi d'échecs dont les derniers rivaux sont éliminés : le vainqueur est connu, même si d'autres parties continuent d'être jouées dans des salles voisines. Fukuyama dit que la partie des idées est jouée, non qu'il n'y a plus d'événements.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

S
Samuel Huntington 1993 · attaque la conclusion

La source fondamentale des conflits du monde nouveau ne sera plus d'abord idéologique ni économique, mais culturelle. Les civilisations, avec leurs religions et leurs identités, sont les grands acteurs. La fin de la guerre froide ne ramène pas le monde vers un modèle occidental unique : elle libère d'autres lignes de fracture.

Fukuyama répond
Fukuyama Passage de Fukuyama, écrit avant l'objection (sur l'islam)
Fukuyama écrit que l'islam est la seule religion qui ait offert un État théocratique comme alternative au libéralisme et au communisme, mais que sa doctrine a peu d'attrait pour les non-musulmans, et qu'il est difficile de croire que le mouvement prenne une portée universelle.
S
Samuel Huntington 1996
Dans son livre de 1996, Huntington soutient que la modernisation n'est pas l'occidentalisation : elle ne produit ni une civilisation universelle ni l'occidentalisation des sociétés non occidentales. Il ajoute que les prétentions universalistes de l'Occident l'opposent de plus en plus aux autres civilisations, surtout à l'islam et à la Chine.
Le débat continue (notre résumé) Les deux auteurs ne parlent pas de la même chose : Fukuyama dit qu'aucune idéologie universelle ne rivalise avec le libéralisme ; Huntington dit que les conflits viendront des identités culturelles, qui ne prétendent pas toujours à l'universel. Fukuyama a repris la question de l'identité dans un livre ultérieur (Identity, 2018). (Notre résumé.)
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : les conflits viennent-ils des idées sur le meilleur régime ou des identités culturelles ? Fukuyama voit l'islam comme une alternative sans portée universelle ; Huntington répond que c'est l'universalisme occidental lui-même qui provoque les conflits. Les événements des années 2000 sont cités par les deux camps. Point ouvert.
J
Jacques Derrida 1993 · attaque la prémisse 1

Alors que certains annoncent que l'idéal de démocratie libérale s'est enfin réalisé, jamais la violence, l'inégalité, l'exclusion et la faim n'ont touché autant d'êtres humains dans l'histoire de la Terre. Ce discours de la fin de l'histoire est, selon Derrida, un évangile de la victoire qui masque cette réalité.

Fukuyama répond
Fukuyama Passage de Fukuyama, écrit avant l'objection
Fukuyama précise lui-même que la victoire du libéralisme est surtout acquise dans le domaine des idées ou de la conscience et qu'elle reste incomplète dans le monde réel ou matériel.
Le débat continue (notre résumé) Derrida parle de la situation matérielle du monde ; Fukuyama dit expressément que sa thèse concerne d'abord la légitimité des idées. Le désaccord porte sur la portée de cette distinction : peut-on parler d'une « fin » alors que des milliards de personnes vivent encore dans la pauvreté ou sous la contrainte ? (Notre résumé.)
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : une thèse sur la légitimité des idées peut-elle être démentie par l'état matériel du monde ? Fukuyama dit non ; certains critiques jugent que cela rend la thèse difficile à tester. Point ouvert.
Objection anticipée par Fukuyama 1989 · attaque la conclusion

La fin de l'histoire sera un temps très triste. La lutte pour la reconnaissance, la volonté de risquer sa vie pour un but abstrait, la lutte idéologique mondiale qui suscitait audace, courage, imagination et idéalisme seront remplacées par le calcul économique et la satisfaction de demandes de consommation sophistiquées. Un monde sans art ni philosophie, où l'on entretient seulement le musée de l'histoire humaine.

Fukuyama répond
Fukuyama Fukuyama, dans le même texte
Il ajoute qu'il ressent lui-même une nostalgie du temps où l'histoire existait, et se demande si cette perspective de siècles d'ennui servira à relancer l'histoire.
Le débat continue (notre résumé) Cette objection ne conteste pas l'analyse mais sa valeur : même si elle est vraie, la fin de l'histoire pourrait être un appauvrissement. Fukuyama la développera dans son livre de 1992 à partir du « dernier homme » de Nietzsche ; elle sépare ceux qui y voient un prix acceptable pour la paix et la liberté de ceux qui jugent que l'humanité y perdrait ce qui la rend grande. (Notre résumé.)
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : un monde de paix, de droits et de consommation est-il un but suffisant pour l'histoire humaine ? C'est une question de valeurs, que ni les faits ni la logique ne tranchent seuls. Point ouvert.