La raison gouverne l'histoire : la ruse de la raison
L'histoire a un sens, même quand elle ressemble à un « abattoir » : elle avance vers la liberté. Hegel appelle cette manière de voir une « théodicée », une justification de Dieu.
Le but de l'histoire est la liberté, et il se réalise à travers les passions et intérêts des hommes, qui servent la raison sans le savoir.
« La raison gouverne l'histoire : la ruse de la raison » est un argument de Georg Wilhelm Friedrich Hegel (Leçons sur la philosophie de l'histoire, Introduction (notes de cours, éd. 1840)) sur la question « L'Histoire a-t-elle un sens ? » (réponse : le progrès). Sa thèse : L'histoire a un sens, même quand elle ressemble à un « abattoir » : elle avance vers la liberté. Hegel appelle cette manière de voir une « théodicée », une justification de Dieu. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Attention à la source : ces Leçons ne sont pas un livre de Hegel. Ce sont des cours donnés cinq fois entre 1822 et 1831, publiés après sa mort par Eduard Gans puis par son fils Karl Hegel, qui ont mêlé ses notes et des cahiers d'élèves. C'est sa pensée, pas forcément ses mots exacts. (L'expression « ruse de la raison » se trouve aussi sous sa plume, dans l'Encyclopédie, § 209, mais à propos de la finalité en général ; ce texte n'est pas encore dans notre corpus.) L'idée : l'histoire n'est pas une suite d'accidents. Elle a un but, la liberté, et elle l'atteint même à travers les passions égoïstes des hommes, que la raison « laisse agir pour elle ».
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où la raison gouverne, où l'histoire va vers la liberté par les passions, et où les malheurs restent pourtant sans sens : un progrès réel, mais qui ne justifie rien de ce qu'il a coûté.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
OObjection anticipée dans les Leçons : l'histoire comme abattoir attaque la prémisse 4Regardez l'histoire : guerres, ruines, peuples heureux détruits, vertus sacrifiées. C'est un abattoir. Parler d'un but rationnel devant tant de souffrances, c'est indécent.
Hegel répond
Regardez l'histoire : guerres, ruines, peuples heureux détruits, vertus sacrifiées. C'est un abattoir. Parler d'un but rationnel devant tant de souffrances, c'est indécent.
Schopenhauer, Le Monde comme volonté et représentation, II, ch. 17 1844 · attaque la prémisse 2L'idée d'un progrès de l'humanité vers toujours plus de perfection se contredit : une durée infinie s'est déjà écoulée avant chaque instant, donc tout ce qui devait arriver avec le temps devrait déjà être là. L'histoire ne va nulle part ; elle répète la même souffrance sous d'autres costumes.
sans réponse
L'idée d'un progrès de l'humanité vers toujours plus de perfection se contredit : une durée infinie s'est déjà écoulée avant chaque instant, donc tout ce qui devait arriver avec le temps devrait déjà être là. L'histoire ne va nulle part ; elle répète la même souffrance sous d'autres costumes.
Marx et Engels, L'Idéologie allemande 1846 · attaque la prémisse 1Ce n'est pas la raison, ni l'esprit, qui mène l'histoire, mais la production matérielle de la vie. Faire de l'histoire l'œuvre de l'Idée, c'est mettre le monde sur la tête.
sans réponse
Ce n'est pas la raison, ni l'esprit, qui mène l'histoire, mais la production matérielle de la vie. Faire de l'histoire l'œuvre de l'Idée, c'est mettre le monde sur la tête.
Karl Popper, La Société ouverte et ses ennemis 1945 · attaque la prémisse 1Il n'existe pas de « loi » ni de but de l'histoire que l'on pourrait connaître : c'est de l'« historicisme ». Croire que l'histoire réalise un plan rationnel conduit à excuser la force des vainqueurs et à sacrifier les individus au nom de l'avenir. Popper voit en Hegel l'un des pères des totalitarismes.
un défenseur répond
Il n'existe pas de « loi » ni de but de l'histoire que l'on pourrait connaître : c'est de l'« historicisme ». Croire que l'histoire réalise un plan rationnel conduit à excuser la force des vainqueurs et à sacrifier les individus au nom de l'avenir. Popper voit en Hegel l'un des pères des totalitarismes.