La cristallisation
La cristallisation ; le rameau de Salzbourg ; Stendhal et l'amour
La passion amoureuse repose sur une opération de l'imagination : l'amoureux aime en grande partie l'image qu'il a lui-même construite de l'aimée. Stendhal en voit la source dans la nature, qui nous commande d'avoir du plaisir, et dans l'idée « elle est à moi ».
L'amoureux orne sans cesse l'aimée de perfections qu'il invente, comme des cristaux qui recouvrent un rameau.
« La cristallisation » est un argument de Stendhal (Henri Beyle) (De l'amour, 1822, chap. II « De la naissance de l'amour », 1822) sur la question « Qu'est-ce que l'amour ? » (réponse : une illusion utile). Sa thèse : La passion amoureuse repose sur une opération de l'imagination : l'amoureux aime en grande partie l'image qu'il a lui-même construite de l'aimée. Stendhal en voit la source dans la nature, qui nous commande d'avoir du plaisir, et dans l'idée « elle est à moi ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Dans les mines de sel de Salzbourg, on jette un rameau nu au fond de la mine. Deux ou trois mois plus tard, on le retire couvert de cristaux étincelants : on ne reconnaît plus la branche. Stendhal y voit l'image de ce qui se passe dans la tête d'un amoureux. À partir de l'admiration et de l'espoir, l'esprit se met à orner l'aimée de mille perfections, tirées de tout ce qui se présente. Il appelle cela la « cristallisation ». L'amour passionné serait donc moins une rencontre avec une personne qu'un travail de l'imagination sur elle.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où l'amoureux pare l'aimée de perfections par un travail de l'esprit, et où pourtant ces perfections sont toutes réelles : l'attention de l'amoureux a seulement vu ce que les autres ne regardaient pas.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
JJosé Ortega y Gasset 1926 · attaque la prémisse 2Dans un essai sur Stendhal (« Amor en Stendhal », publié en 1926-1927 puis repris dans Études sur l'amour), Ortega juge la théorie de la cristallisation fausse : elle s'occupe plus d'expliquer le désenchantement que la naissance de l'amour. Il présente l'amour comme une forme d'attention et de connaissance : aimer, c'est porter à l'autre une attention que les indifférents ne lui portent pas, et non lui inventer des qualités.
sans réponse
Dans un essai sur Stendhal (« Amor en Stendhal », publié en 1926-1927 puis repris dans Études sur l'amour), Ortega juge la théorie de la cristallisation fausse : elle s'occupe plus d'expliquer le désenchantement que la naissance de l'amour. Il présente l'amour comme une forme d'attention et de connaissance : aimer, c'est porter à l'autre une attention que les indifférents ne lui portent pas, et non lui inventer des qualités.
MMarcel Proust 1913 · attaque la conclusionDans Un amour de Swann, Swann trouve qu'Odette ressemble à la Zéphora de Botticelli. Il pose sur sa table une reproduction du tableau, y voit des qualités qu'il se félicite de trouver réunies chez une femme qu'il pourrait posséder, et son désir naît de cette image. C'est la cristallisation mise en roman. Mais à la fin, quand Swann n'aime plus, il s'écrie qu'il a gâché des années pour une femme qui n'était pas son genre : le narrateur appelle cela une « muflerie » qui revient dès que Swann n'est plus malheureux et que sa moralité baisse. Le regard froid, qui dénonce l'illusion, n'est donc pas présenté comme plus vrai ni meilleur que celui de l'amoureux.
sans réponse
Dans Un amour de Swann, Swann trouve qu'Odette ressemble à la Zéphora de Botticelli. Il pose sur sa table une reproduction du tableau, y voit des qualités qu'il se félicite de trouver réunies chez une femme qu'il pourrait posséder, et son désir naît de cette image. C'est la cristallisation mise en roman. Mais à la fin, quand Swann n'aime plus, il s'écrie qu'il a gâché des années pour une femme qui n'était pas son genre : le narrateur appelle cela une « muflerie » qui revient dès que Swann n'est plus malheureux et que sa moralité baisse. Le regard froid, qui dénonce l'illusion, n'est donc pas présenté comme plus vrai ni meilleur que celui de l'amoureux.
Michel de Montaigne 1580 · attaque la conclusionDans l'essai « De l'amitié », Montaigne dit que, si on le presse de dire pourquoi il aimait La Boétie, il ne peut répondre que : « parce que c'était lui, parce que c'était moi ». Cet attachement ne repose pas sur une liste de qualités, vraies ou prêtées. Il l'oppose à l'affection pour les femmes, dont le feu est « plus actif, plus cuisant et plus âpre », mais « téméraire et volage », comme un feu de fièvre.
sans réponse
Dans l'essai « De l'amitié », Montaigne dit que, si on le presse de dire pourquoi il aimait La Boétie, il ne peut répondre que : « parce que c'était lui, parce que c'était moi ». Cet attachement ne repose pas sur une liste de qualités, vraies ou prêtées. Il l'oppose à l'affection pour les femmes, dont le feu est « plus actif, plus cuisant et plus âpre », mais « téméraire et volage », comme un feu de fièvre.