« Parce que c'était lui, parce que c'était moi »
L'amitié de Montaigne et de La Boétie ; « parce que c'était lui, parce que c'était moi »
L'amitié parfaite fait de deux personnes une seule âme : chacun aime l'autre pour lui-même, sans raison qu'on puisse donner.
Aucune qualité de l'ami n'explique cet amour : seul le lien avec lui-même le justifie, « parce que c'était lui ».
« « Parce que c'était lui, parce que c'était moi » » est un argument de Michel de Montaigne (Essais, I, 28 « De l'amitié » (1580), 1580) sur la question « Qu'est-ce que l'amour ? » (réponse : retrouver sa moitié). Sa thèse : L'amitié parfaite fait de deux personnes une seule âme : chacun aime l'autre pour lui-même, sans raison qu'on puisse donner. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Montaigne a perdu son ami Étienne de La Boétie en 1563, après quatre ans d'amitié. Plus tard, il écrit ce qu'était cette amitié. Il ne parle pas d'amour pour une femme, qu'il juge plus ardent mais inconstant : il parle de l'amitié parfaite, où deux âmes se mêlent au point de ne plus retrouver la couture qui les joignait. Et si on lui demande pourquoi il aimait son ami, il répond qu'il ne peut le dire autrement que par : « parce que c'était lui, parce que c'était moi ». Aucune qualité de l'autre n'explique cet amour. Cette réponse est devenue célèbre parce qu'elle défend une idée simple : on n'aime pas une personne pour ses raisons, on l'aime elle. Ce texte parle d'amitié ; nous le plaçons ici parce que la question que pose Montaigne (peut-on dire pourquoi on aime ?) vaut pour tout amour.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'union est totale, où aucune raison n'est donnée et où une force inexplicable agit, sans que l'autre soit aimé pour lui-même : la raison pourrait exister sans être connue. P4 refuse cette possibilité.
Objections
2Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Aristote 330 av. J.-C. · attaque la prémisse 2L'amitié parfaite unit des hommes bons et semblables en vertu : chacun veut du bien à l'autre en tant qu'il est bon, et ils sont bons par eux-mêmes. L'amitié a donc une raison, la vertu de l'ami, et c'est même ce qui la rend durable. L'ami est aimé pour lui-même, mais cela veut dire pour son caractère.
Montaigne répond
L'amitié parfaite unit des hommes bons et semblables en vertu : chacun veut du bien à l'autre en tant qu'il est bon, et ils sont bons par eux-mêmes. L'amitié a donc une raison, la vertu de l'ami, et c'est même ce qui la rend durable. L'ami est aimé pour lui-même, mais cela veut dire pour son caractère.
Diotime (rapportée par Socrate) 380 av. J.-C. · attaque la prémisse 4Ce que les hommes aiment, c'est uniquement le bon et le beau. Si l'on aime quelqu'un, c'est donc que l'on voit en lui quelque chose de bon ou de beau, même quand on ne sait pas le dire. « Parce que c'était lui » cacherait une raison que Montaigne n'arrive pas à formuler : la beauté de l'âme de son ami.
un défenseur répond
Ce que les hommes aiment, c'est uniquement le bon et le beau. Si l'on aime quelqu'un, c'est donc que l'on voit en lui quelque chose de bon ou de beau, même quand on ne sait pas le dire. « Parce que c'était lui » cacherait une raison que Montaigne n'arrive pas à formuler : la beauté de l'âme de son ami.