Il y a trois espèces d'amitié, et seule celle de la vertu veut le bien de l'ami pour lui-même
L'amitié parfaite (Aristote)
Seule l'amitié fondée sur la vertu est parfaite : c'est la seule où l'on aime vraiment l'autre, c'est-à-dire où l'on veut son bien pour lui-même, et la seule qui dure. Les autres sont des amitiés par ressemblance.
On peut aimer pour l'utile, le plaisir ou la vertu ; seule la vertu, stable, fait vouloir le bien de l'ami pour lui-même.
« Il y a trois espèces d'amitié, et seule celle de la vertu veut le bien de l'ami pour lui-même » est un argument d'Aristote (Éthique à Nicomaque, VIII 2-4 et IX 4, 9 (vers 335 av. J.-C.), 335 av. J.-C.) sur la question « Qu'est-ce que l'amour ? » (réponse : vouloir le bien de l'autre). Sa thèse : Seule l'amitié fondée sur la vertu est parfaite : c'est la seule où l'on aime vraiment l'autre, c'est-à-dire où l'on veut son bien pour lui-même, et la seule qui dure. Les autres sont des amitiés par ressemblance. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Pour Aristote, il n'y a pas d'abord un sentiment mystérieux : il y a des raisons d'aimer quelqu'un. On peut aimer une personne parce qu'elle nous est utile, parce qu'elle nous plaît, ou parce qu'elle est bonne. Dans les deux premiers cas, on aime en réalité ce qu'elle nous apporte, et le lien se défait quand cela cesse. Dans le troisième cas, on veut du bien à l'ami pour lui-même, et le lien dure autant que sa vertu. Voilà pourquoi cet argument est rangé dans le camp « vouloir le bien de l'autre » : aimer, c'est d'abord une volonté tournée vers l'autre, pas une émotion qui vient et qui part. Aristote ajoute que l'ami est « un autre soi-même ».
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde où l'amitié par vertu veut le bien de l'ami et dure, où les deux autres ne le font pas, et où pourtant une amitié par utilité est appelée « parfaite » : rien ne l'interdit si « parfaite » ne veut rien dire de précis.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Michel de Montaigne 1580 · attaque la prémisse 3Dans « De l'amitié » (Essais, I, 28), Montaigne dit que ce qu'on appelle d'ordinaire amis et amitiés ne sont que des « accointances » nouées par occasion ou par commodité. Son amitié avec La Boétie est d'une autre nature : les âmes s'y mêlent au point de ne plus retrouver la couture qui les a jointes. Si on le presse de dire pourquoi il l'aimait, il ne peut répondre que « Par ce que c'estoit luy ; par ce que c'estoit moy. » Pour lui, on ne peut pas donner la raison d'une telle amitié, pas même la vertu de l'ami.
sans réponse
Dans « De l'amitié » (Essais, I, 28), Montaigne dit que ce qu'on appelle d'ordinaire amis et amitiés ne sont que des « accointances » nouées par occasion ou par commodité. Son amitié avec La Boétie est d'une autre nature : les âmes s'y mêlent au point de ne plus retrouver la couture qui les a jointes. Si on le presse de dire pourquoi il l'aimait, il ne peut répondre que « Par ce que c'estoit luy ; par ce que c'estoit moy. » Pour lui, on ne peut pas donner la raison d'une telle amitié, pas même la vertu de l'ami.
Emmanuel Kant 1797 · attaque la prémisse 3Dans la Doctrine de la vertu (§ 46), Kant définit l'amitié parfaite comme « l'union de deux personnes par un amour et un respect égaux et réciproques ». Il retient d'Aristote que l'amitié ne peut pas reposer sur l'avantage mutuel. Mais il ajoute une difficulté : l'amour attire, le respect tient à distance, et les deux sont difficiles à équilibrer. Un ami qui, par bienveillance, relève les fautes de l'autre peut le blesser dans son estime. Vouloir le bien de l'ami ne suffit donc pas : il faut aussi garder la bonne distance. Kant cite d'ailleurs Aristote : « Mes chers amis, il n'y a pas d'ami ! », pour dire que l'amitié parfaite est une idée qu'on poursuit, rarement atteinte.
sans réponse
Dans la Doctrine de la vertu (§ 46), Kant définit l'amitié parfaite comme « l'union de deux personnes par un amour et un respect égaux et réciproques ». Il retient d'Aristote que l'amitié ne peut pas reposer sur l'avantage mutuel. Mais il ajoute une difficulté : l'amour attire, le respect tient à distance, et les deux sont difficiles à équilibrer. Un ami qui, par bienveillance, relève les fautes de l'autre peut le blesser dans son estime. Vouloir le bien de l'ami ne suffit donc pas : il faut aussi garder la bonne distance. Kant cite d'ailleurs Aristote : « Mes chers amis, il n'y a pas d'ami ! », pour dire que l'amitié parfaite est une idée qu'on poursuit, rarement atteinte.
Diotime (dans le Banquet de Platon) 380 av. J.-C. · attaque la prémisse 3Dans le Banquet, Diotime décrit l'échelle de l'amour. On commence par aimer un beau corps, puis on comprend que la beauté d'un corps est sœur de celle des autres corps, et on apprend à relâcher la passion pour un seul en la regardant comme une petitesse. L'amour monte ensuite vers la beauté des âmes, puis vers le beau lui-même. Pour elle, l'amour ne s'arrête pas à une personne : il se sert d'elle comme d'un échelon vers le beau. Ce n'est pas vouloir le bien de l'aimé pour lui-même.
sans réponse
Dans le Banquet, Diotime décrit l'échelle de l'amour. On commence par aimer un beau corps, puis on comprend que la beauté d'un corps est sœur de celle des autres corps, et on apprend à relâcher la passion pour un seul en la regardant comme une petitesse. L'amour monte ensuite vers la beauté des âmes, puis vers le beau lui-même. Pour elle, l'amour ne s'arrête pas à une personne : il se sert d'elle comme d'un échelon vers le beau. Ce n'est pas vouloir le bien de l'aimé pour lui-même.
Søren Kierkegaard 1847 · attaque la prémisse 4Dans Les Œuvres de l'amour, Kierkegaard remarque que l'aimé et l'ami sont appelés, « de façon étrange et profonde », « l'autre moi », « l'autre soi ». Or l'égoïsme se loge dans le moi. Aimer « l'autre moi » serait donc encore une forme d'amour de soi. Il cite la formule en général, sans nommer Aristote dans ce passage. Pour lui, l'amitié choisie, même dévouée, garde un reste d'amour de soi.
Aristote répond
Dans Les Œuvres de l'amour, Kierkegaard remarque que l'aimé et l'ami sont appelés, « de façon étrange et profonde », « l'autre moi », « l'autre soi ». Or l'égoïsme se loge dans le moi. Aimer « l'autre moi » serait donc encore une forme d'amour de soi. Il cite la formule en général, sans nommer Aristote dans ce passage. Pour lui, l'amitié choisie, même dévouée, garde un reste d'amour de soi.