Sisyphe et la pierre qu'il a envie de rouler
Le Sisyphe de Taylor, le sens vient de l'intérieur
Le sens de la vie vient de l'intérieur, de la volonté de faire ce qu'on fait ; il n'est pas donné d'en haut.
Si Sisyphe aimait rouler sa pierre, sa vie aurait du sens pour lui, et un sens qui existe pour celui qui vit est un vrai sens.
« Sisyphe et la pierre qu'il a envie de rouler » est un argument de Richard Taylor (Good and Evil, 1970, chap. 18 « The Meaning of Life », 1970) sur la question « La vie a-t-elle un sens ? » (réponse : un sens à créer). Sa thèse : Le sens de la vie vient de l'intérieur, de la volonté de faire ce qu'on fait ; il n'est pas donné d'en haut. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Sisyphe roule éternellement son rocher en haut d'une colline, et le rocher retombe. Pour Taylor, c'est l'image parfaite d'une vie sans sens : un effort sans fin qui n'aboutit à rien. Et nos vies, vues de loin, lui ressemblent. Mais imaginons que les dieux, en plus, donnent à Sisyphe l'envie irrésistible de rouler des pierres. Rien ne change dans le monde : le rocher retombe toujours. Pourtant sa vie a maintenant un sens pour lui. Taylor en conclut que le sens ne vient pas de l'extérieur : il vient de la volonté de faire ce qu'on fait. Beaucoup trouvent cette conclusion trop facile, et se demandent si une envie suffit.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où Sisyphe veut ses pierres, où sa vie a donc un sens pour lui, mais où ce « sens » n'est qu'un effet de la drogue : au fond sa vie reste sans sens, et personne n'a de raison de l'envier.
Objections
2Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Susan Wolf 2010 · attaque la prémisse 4Susan Wolf reprend le cas de Taylor, qu'elle appelle « Sisyphe comblé ». Elle rappelle que sa tâche reste vaine : il n'y a aucune valeur à ses efforts, et rien n'en sort. Elle écrit qu'il semble manquer à sa vie quelque chose de désirable malgré son sentiment d'être comblé. Pour elle, le sens demande aussi une valeur réelle de ce qu'on fait : le sens naît quand l'attirance subjective rencontre l'intérêt objectif. L'envie seule ne suffit pas.
sans réponse
Susan Wolf reprend le cas de Taylor, qu'elle appelle « Sisyphe comblé ». Elle rappelle que sa tâche reste vaine : il n'y a aucune valeur à ses efforts, et rien n'en sort. Elle écrit qu'il semble manquer à sa vie quelque chose de désirable malgré son sentiment d'être comblé. Pour elle, le sens demande aussi une valeur réelle de ce qu'on fait : le sens naît quand l'attirance subjective rencontre l'intérêt objectif. L'envie seule ne suffit pas.
Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe 1942 · attaque la prémisse 3Camus avait raconté le même mythe trente ans avant Taylor, mais pour lui ce qui rend Sisyphe grand, c'est sa lucidité : « Si ce mythe est tragique, c'est que son héros est conscient. » Son Sisyphe est heureux parce qu'il connaît toute l'étendue de sa condition, non parce qu'on lui a donné une envie. Un bonheur obtenu par une substance dans les veines n'est pas le sien.
Taylor répond
Camus avait raconté le même mythe trente ans avant Taylor, mais pour lui ce qui rend Sisyphe grand, c'est sa lucidité : « Si ce mythe est tragique, c'est que son héros est conscient. » Son Sisyphe est heureux parce qu'il connaît toute l'étendue de sa condition, non parce qu'on lui a donné une envie. Un bonheur obtenu par une substance dans les veines n'est pas le sien.