QuestionsQu'est-ce que le bonheur ?Le bonheur parfait, c'est voir Dieu
Qu'est-ce que le bonheur ?En Dieu

Le bonheur parfait, c'est voir Dieu

La béatitude ; la vision béatifique

Thomas d'Aquin 1225 · 1274La foi et la raison ne peuvent se contredire.
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Ce qu'il soutient

La béatitude ultime et parfaite ne peut être que dans la vision de l'essence divine.

Pourquoi

Aucun bien créé ne comble entièrement le désir, et l'intelligence ne se repose que lorsqu'elle connaît l'essence de Dieu.

La même idée à travers l'histoire
Aristote330 av. J.-C.Éthique à Nicomaque, X, 7 : le bonheur parfait est l'activité de ce qu'il y a en nous de plus élevé, l'esprit, c'est-à-dire la contemplation. Thomas reprend cette idée, mais en fait le bonheur imparfait d'ici-bas.
Augustin397Augustin : le cœur est sans repos tant qu'il ne repose pas en Dieu. Thomas en donne la version la plus précise : il dit pourquoi, et en quoi consiste ce repos.
Thomas d'Aquin1271Somme théologique, Prima secundae, questions 2 et 3 : Thomas passe en revue ce qu'on prend pour le bonheur (richesses, honneurs, gloire, pouvoir, biens du corps, plaisir, tout bien créé), les écarte un à un, puis montre que le bonheur parfait ne peut être que la vision de l'essence de Dieu.
Pascal1670Pascal : l'homme cherche partout le bonheur et ne le trouve nulle part, car le manque est infini et seul Dieu peut le remplir.
En bref

« Le bonheur parfait, c'est voir Dieu » est un argument de Thomas d'Aquin (Somme théologique, I-II, q. 2 et 3, 1271) sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : en dieu). Sa thèse : La béatitude ultime et parfaite ne peut être que dans la vision de l'essence divine. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Somme théologique, I-II, q. 2 et 3
Valide avec une prémisse implicite

Pour Thomas d'Aquin, tout le monde cherche le bonheur, mais beaucoup le cherchent au mauvais endroit. Il examine les candidats un par un : les richesses ne sont que des moyens, les honneurs viennent des autres, la gloire dépend de l'opinion, le pouvoir peut servir au mal, le corps et le plaisir sont des biens trop bas. Le bonheur est le bien parfait : celui qui comble tout le désir. Or notre volonté désire le bien universel, et il n'est dans aucune créature, seulement en Dieu. Et notre intelligence ne se repose pas tant qu'elle ne sait pas ce qu'est la cause première. D'où la conclusion : le bonheur parfait, c'est voir Dieu. Ici-bas, on n'a qu'un bonheur imparfait.

P1Le bonheur est le bien parfait : il apaise entièrement le désir. S'il restait encore quelque chose à désirer, il ne serait pas la fin ultime.
P2Aucun bien créé n'apaise entièrement le désir. Thomas le montre pour les richesses (art. 1), les honneurs (art. 2), la gloire (art. 3), le pouvoir (art. 4), les biens du corps (art. 5), le plaisir (art. 6), et pour l'âme elle-même et tout bien créé (art. 7 et 8).
P3Seul le bien universel apaise la volonté humaine, et il ne se trouve dans aucune créature, car toute créature n'a qu'une bonté reçue, « participée ». Il n'est qu'en Dieu.
P4L'intelligence humaine ne se repose pas tant qu'elle ne connaît pas l'essence de la cause première : savoir seulement que Dieu existe laisse en nous un désir naturel de savoir ce qu'il est. Donc, tant qu'on ne voit pas l'essence de Dieu, le désir n'est pas apaisé.
P5 · prémisse impliciteLe bonheur parfait existe : le désir naturel de connaître l'essence de Dieu n'est pas vain, il peut être comblé.
Donc la béatitude ultime et parfaite ne peut être que dans la vision de l'essence divine.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde où le bonheur parfait n'existe tout simplement pas : aucun bien créé ne comble le désir, Dieu n'est pas vu, et l'homme reste inachevé. Les autres prémisses sont vraies dans ce monde, mais la conclusion ne l'est pas.
Valide avec P5. Sans elle, le raisonnement montre seulement que, si le bonheur parfait existe, il passe par la vision de Dieu. C'est une condition, pas une preuve que cette vision est possible. Pour Thomas, P5 vient de sa vision de la nature : un désir naturel de l'intelligence ne peut pas être sans objet. C'est le point le plus discuté, et celui que visent les objections naturalistes.
Analogie. Un enfant veut le ciel : on lui donne un ballon, puis une montgolfière, puis un avion. Chaque fois il est content, puis il regarde plus haut. Thomas dit : tu veux le ciel lui-même, et rien de ce qui reste sur terre ne le contient. Le sceptique répond : il se peut qu'il n'y ait pas de ciel, seulement l'envie de monter.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Aristote 330 av. J.-C. · attaque la conclusion

Pour Aristote, le bonheur parfait est à la portée de l'homme : c'est l'activité de ce qu'il y a en nous de plus élevé, l'esprit, selon sa vertu propre, la contemplation. C'est l'activité la plus continue et celle qui se suffit le plus à elle-même. Il n'ajoute à cette contemplation aucune vie future ni aucune vision de Dieu : la contemplation du sage suffit.

Thomas d'Aquin répond
Thomas d'Aquin Thomas d'Aquin (q. 3, art. 2, réponse 4)
Dans cette vie, l'activité qui unit l'homme à Dieu ne peut être ni continue ni unique : elle est interrompue. La béatitude parfaite ne peut donc pas être possédée ici. Aristote lui-même, en plaçant le bonheur de l'homme en cette vie, le dit imparfait et conclut : « Nous les appelons bienheureux, comme le sont des hommes. » Ce bonheur est cependant une participation de la béatitude, d'autant plus grande que l'activité est plus continue : la vie contemplative en a plus que la vie active. La béatitude parfaite est promise pour plus tard, quand l'esprit de l'homme sera uni à Dieu par une activité unique, continue et perpétuelle.
Thomas d'Aquin Thomas d'Aquin (q. 3, art. 6, réponse 1)
À une autre objection tirée d'Aristote, Thomas répond que le Philosophe parle, dans l'Éthique, du bonheur imparfait, tel qu'on peut l'avoir en cette vie.
Le débat continue (notre résumé) Thomas lit Aristote avec respect : il garde la contemplation comme la meilleure part du bonheur d'ici-bas, mais refuse qu'elle suffise. Un aristotélicien répond que, dans le livre X, Aristote parle bien du « parfait bonheur », et que Thomas s'appuie surtout sur le livre I (Éthique I, 10). Les deux s'accordent sur un point : la vie contemplative est au-dessus de la condition ordinaire de l'homme (X, 7, 1177b) et il faut s'y élever autant qu'on le peut. Le désaccord porte sur ce qui manque encore : pour Thomas, la mort et l'interruption empêchent le bonheur d'être achevé ; pour Aristote, un bonheur « comme celui d'un homme » est déjà le plus haut qu'on puisse viser.
Épicure 300 av. J.-C. · attaque la prémisse 2

Pour Épicure, le bonheur est le plaisir, entendu comme l'absence de douleur dans le corps et de trouble dans l'âme. Il ne s'agit pas de plaisirs de débauché : la santé du corps et la paix de l'esprit suffisent. On les trouve ici-bas, sans chercher un bien infini.

Thomas d'Aquin répond
Thomas d'Aquin Thomas d'Aquin (q. 2, art. 6)
Le plaisir suit le bonheur sans en être l'essence. Toute délectation est comme l'accident propre qui accompagne la possession d'un bien qui convient ; même celle qui suit le bien parfait n'est pas l'essence de la béatitude, mais quelque chose qui en découle. Quant au plaisir du corps, il ne peut même pas découler du bien parfait, car le bien du corps est infime à côté de celui de l'âme.
Le débat continue (notre résumé) Thomas répond à la thèse que le bonheur est le plaisir en général (l'objection qu'il discute s'appuie sur Aristote), pas à Épicure en particulier. Un épicurien peut répliquer que l'absence de trouble n'est pas un plaisir du corps mais un état, et que Thomas doit montrer, non supposer, qu'un bien plus parfait existe (P5). Thomas répondrait que le désir de connaître ne s'éteint pas avec la paix de l'âme (P4). C'est une vraie question de fait : une âme tranquille cherche-t-elle encore quelque chose ?
Feuerbach 1841 · attaque la prémisse 5

Pour Feuerbach, la vision de Dieu promise est un souhait de l'homme qui s'est donné une réalité. Dieu n'est que l'être humain débarrassé de ses limites, et l'au-delà n'est que cette vie débarrassée de ce qui y paraît mal. Le contenu de la vie future est le bonheur éternel de la personne que la nature limite ici : croire à cette vie, c'est « la foi de l'homme en lui-même ». Le désir naturel de voir Dieu (P5) serait donc seulement le désir d'être heureux sans limites, renvoyé hors de nous (voir aussi l'argument « La religion, projection de l'homme »).

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1841, après sa mort (1274).
Le débat continue (notre résumé) Les défenseurs de Thomas répondent que Feuerbach confond l'origine d'une croyance et sa vérité : qu'un désir existe n'empêche pas que son objet existe (le sophisme génétique). Thomas ne prétend d'ailleurs pas prouver Dieu par le désir : le désir de savoir ce qu'est la cause première (q. 3, art. 8) montre seulement que le bonheur d'ici-bas est incomplet. Les défenseurs de Feuerbach répondent que, si tout notre contenu de Dieu est humain, rien ne prouve que le désir ait un objet. P5 reste donc le point discuté.