Quand tout paraît vain : le sens retrouvé dans la foi
La crise de Tolstoï ; le voyageur dans le puits ; le fini et l'infini
Si la vie a un sens, il se trouve dans la foi, qui relie le fini à l'infini. « La foi est la force de la vie. »
La raison compare le fini au fini, seule la foi relie le fini à l'infini, ce qu'il faut pour donner un sens à la vie.
« Quand tout paraît vain : le sens retrouvé dans la foi » est un argument de Léon Tolstoï (Confession, 1882 (écrite de 1879 à 1882), 1882) sur la question « La vie a-t-elle un sens ? » (réponse : un sens donné). Sa thèse : Si la vie a un sens, il se trouve dans la foi, qui relie le fini à l'infini. « La foi est la force de la vie. ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
À cinquante ans, Tolstoï est célèbre, riche, bien portant et aimé. Pourtant tout lui paraît vain : il cache une corde pour ne pas se pendre et n'ose plus chasser avec son fusil. Il cherche une réponse dans les sciences et la philosophie, et n'en trouve aucune. Puis il remarque que des milliards de gens vivent sans désespérer, et qu'ils vivent par la foi. Selon lui, la raison n'a pas tort quand elle dit que la vie est un non-sens : elle se trompe de question, car elle ne compare que du fini avec du fini. La foi, elle, relie la vie finie à l'infini. Elle donne un sens qui ne vient pas de nous. Tolstoï l'a reçu, et il ne l'a pas inventé.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où un sens exige l'infini, où la raison ne peut pas l'atteindre, où seule la foi le pourrait, mais où la vie n'a justement aucun sens : la foi serait alors une consolation sans objet.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe 1942 · attaque la conclusionCamus nomme « suicide philosophique » le mouvement d'une pensée qui se nie elle-même pour se sauver. Il écrit : « Pour les existentiels, la négation c'est leur Dieu. Exactement, ce dieu ne se soutient que par la négation de la raison humaine. » Ainsi, le « saut » vers la foi résout l'absurde au lieu de le maintenir : c'est une démission. Il faudrait au contraire garder, lucidement, la raison qui demande un sens et le monde qui n'en donne pas.
Tolstoï répond
Camus nomme « suicide philosophique » le mouvement d'une pensée qui se nie elle-même pour se sauver. Il écrit : « Pour les existentiels, la négation c'est leur Dieu. Exactement, ce dieu ne se soutient que par la négation de la raison humaine. » Ainsi, le « saut » vers la foi résout l'absurde au lieu de le maintenir : c'est une démission. Il faudrait au contraire garder, lucidement, la raison qui demande un sens et le monde qui n'en donne pas.
Thomas Nagel, « The Absurd » 1971 · attaque la prémisse 1Nagel examine ceux qui veulent donner du sens à leur vie en la rattachant à quelque chose de plus grand : la société, l'histoire, ou Dieu. Il répond qu'un rôle dans une entreprise plus grande ne confère de signification que si cette entreprise est elle-même significative. Et il ajoute : « any such larger purpose can be put in doubt in the same way that the aims of an individual life can be, and for the same reasons. » Relier le fini à l'infini ne ferait donc que déplacer la question.
sans réponse
Nagel examine ceux qui veulent donner du sens à leur vie en la rattachant à quelque chose de plus grand : la société, l'histoire, ou Dieu. Il répond qu'un rôle dans une entreprise plus grande ne confère de signification que si cette entreprise est elle-même significative. Et il ajoute : « any such larger purpose can be put in doubt in the same way that the aims of an individual life can be, and for the same reasons. » Relier le fini à l'infini ne ferait donc que déplacer la question.
Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, II, chap. 17 1844 · attaque la prémisse 5Schopenhauer distingue deux sortes de métaphysiques. Les unes se prouvent par elles-mêmes, et sont réservées à un très petit nombre. Les autres sont faites « pour des gens incapables de penser », qui ne peuvent que croire et s'incliner devant une autorité : ce sont les religions, qu'il nomme « métaphysiques populaires ». La foi des simples que Tolstoï admire serait donc une réponse adaptée à ceux qui ne pensent pas, non une connaissance que le philosophe devrait envier.
Tolstoï répond
Schopenhauer distingue deux sortes de métaphysiques. Les unes se prouvent par elles-mêmes, et sont réservées à un très petit nombre. Les autres sont faites « pour des gens incapables de penser », qui ne peuvent que croire et s'incliner devant une autorité : ce sont les religions, qu'il nomme « métaphysiques populaires ». La foi des simples que Tolstoï admire serait donc une réponse adaptée à ceux qui ne pensent pas, non une connaissance que le philosophe devrait envier.
Susan Wolf, « The Meanings of Lives » 2007 · attaque la prémisse 1Wolf nomme Tolstoï et son idée que que, si Dieu n'existe pas, « rien n'a d'importance », puis juge ce raisonnement « ridicule » : si une activité vaut la peine et une autre est une perte de temps, on a des raisons de préférer la première, même s'il n'y a pas de Dieu pour nous regarder et approuver. Il n'est donc pas nécessaire de relier la vie à l'infini : il suffit qu'elle soit engagée dans des activités qui ont de la valeur.
sans réponse
Wolf nomme Tolstoï et son idée que que, si Dieu n'existe pas, « rien n'a d'importance », puis juge ce raisonnement « ridicule » : si une activité vaut la peine et une autre est une perte de temps, on a des raisons de préférer la première, même s'il n'y a pas de Dieu pour nous regarder et approuver. Il n'est donc pas nécessaire de relier la vie à l'infini : il suffit qu'elle soit engagée dans des activités qui ont de la valeur.