QuestionsSommes-nous libres ?Si le déterminisme est vrai, rien de ce que nous faisons ne dépend de nous
Sommes-nous libres ?Le libre arbitre

Si le déterminisme est vrai, rien de ce que nous faisons ne dépend de nous

L'argument de la conséquence

Peter van Inwagen né en 1942Si tout est déterminé par le passé et les lois de la nature, rien de ce que nous faisons ne dépend vraiment de nous.
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Ce qu'il soutient

Le déterminisme est faux. Si le déterminisme était vrai, rien de ce que nous faisons ne dépendrait de nous, et nous n'aurions pas de libre arbitre.

Pourquoi

Si le déterminisme est vrai, nos actes découlent du passé lointain et des lois, sur lesquels nous ne pouvons rien.

La même idée à travers l'histoire
Peter van Inwagen1975Dans un article de 1975, Peter van Inwagen donne une première version de l'argument : si le déterminisme est vrai, aucun acte ne dépend de nous, car il est la conséquence d'un passé et de lois que nous ne pouvons pas changer.
Peter van Inwagen1983Dans An Essay on Free Will, il en donne trois versions formelles, dont celle qui repose sur la « règle Beta » (voir les objections), et il en fait le cœur de son incompatibilisme.
En bref

« Si le déterminisme est vrai, rien de ce que nous faisons ne dépend de nous » est un argument de Peter van Inwagen (An Essay on Free Will, 1983 ; « The Incompatibility of Free Will and Determinism », 1975, 1975) sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : le libre arbitre). Sa thèse : Le déterminisme est faux. Si le déterminisme était vrai, rien de ce que nous faisons ne dépendrait de nous, et nous n'aurions pas de libre arbitre. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 6 prémisses. AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

An Essay on Free Will, 1983 ; « The Incompatibility of Free Will and Determinism », 1975
Valide

Supposons que tout ce qui arrive soit fixé par l'état du monde à un moment donné et par les lois de la nature (c'est ce qu'on appelle le déterminisme). Alors votre décision d'aujourd'hui découle de ce qu'était le monde il y a dix millions d'années, avant que vous existiez, et des lois qui n'ont jamais changé. Or ni ce passé ni ces lois ne dépendent de vous. Si ce que vous faites en découle nécessairement, alors cela ne dépend pas de vous non plus. Peter van Inwagen en tire une conclusion en deux temps : le libre arbitre est incompatible avec le déterminisme, et comme il croit que nous avons un libre arbitre, il nie le déterminisme. Il reconnaît lui-même que cette position a son prix : si nos décisions ne sont pas déterminées, comment dépendent-elles de nous ?

P1Si le déterminisme est vrai, nos actes sont les conséquences des lois de la nature et d'événements du passé lointain : étant donné l'état du monde il y a dix millions d'années et les lois, il fallait que je fasse maintenant ce que je fais.
P2Personne ne peut rien faire au sujet de l'état du monde il y a dix millions d'années, ni maintenant, ni jamais.
P3Personne ne peut rien faire au sujet de ce que sont les lois de la nature, ni de ce qu'elles entraînent.
P4Si l'on ne peut rien faire au sujet d'un fait, ni au sujet du fait que ce fait en entraîne un autre, alors on ne peut rien faire au sujet de cet autre fait (le « principe » de van Inwagen, appelé règle Beta dans ses formulations formelles).
P5Avoir le libre arbitre, c'est pouvoir, parfois, agir autrement : si quelqu'un a pu agir autrement, alors quelqu'un a pu faire en sorte que certaines choses soient différentes de ce qu'elles sont.
P6Nous avons un libre arbitre : nous croyons que, parfois, plus d'une voie nous est ouverte, et cette croyance ne nous paraît pas pouvoir être abandonnée.
P7 · prémisse impliciteL'expression « rien ne dépend de nous » a le même sens dans toutes les prémisses : « pouvoir agir autrement » signifie bien « pouvoir faire que le passé ou les lois soient autres », et pas seulement « faire quelque chose qui n'arriverait que si le passé ou les lois étaient autres ».
Donc le déterminisme est faux. Si le déterminisme était vrai, rien de ce que nous faisons ne dépendrait de nous, et nous n'aurions pas de libre arbitre.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P7, on peut accepter tout le reste et dire quand même que nous sommes libres dans un monde déterministe. C'est la réponse de David Lewis : on peut avoir le pouvoir de faire quelque chose qui, si on le faisait, supposerait un passé un peu différent, sans avoir le pouvoir de changer le passé.
L'argument est valide. P1 à P4 (avec P7) donnent : si le déterminisme est vrai, rien ne dépend de nous. P5 dit que le libre arbitre suppose que quelque chose dépende de nous, et P6 dit que nous en avons un. Donc le déterminisme est faux. Les points d'attaque sont P4 (le « principe » est-il valide ?), P7 (est-ce équivoque ?) et P5 (le libre arbitre exige-t-il vraiment de pouvoir faire autrement ?). Le rejet de P6 conduit au contraire à conclure qu'il n'y a pas de libre arbitre.
Analogie. Un acteur qui joue une pièce déjà écrite ne choisit ni le texte ni l'histoire. Si ses répliques découlent entièrement du texte, on ne dira pas que le choix des mots lui revient. Pour van Inwagen, dans un monde déterministe, l'histoire du monde est le texte, et nos actes en sont les répliques.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

David Lewis 1981 · attaque la prémisse 7

Lewis distingue deux affirmations. L'une : j'ai la capacité de faire quelque chose tel que, si je le faisais, les lois (ou le passé) auraient été différents. L'autre : j'ai la capacité de faire quelque chose qui causerait que les lois (ou le passé) soient différents. Le compatibiliste n'est engagé que par la première, qui n'a rien d'incroyable : nos capacités dépendent toujours aussi de circonstances hors de notre contrôle. L'argument de la conséquence joue sur l'ambiguïté entre les deux.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe d'Inwagen dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Nous n'avons pas trouvé de réponse directe de van Inwagen à Lewis sur ce point. Les incompatibilistes répondent en général que la lecture naturelle de « pouvoir agir autrement » exclut d'avoir besoin d'un autre passé ou d'autres lois : nos pouvoirs, disent-ils, sont limités par le passé et les lois. Pour Lewis, le choix entre les deux lectures dépend de la bonne théorie des conditionnels contrefactuels, pas de la liberté elle-même. Le désaccord est resté ouvert.
Alexander McKay et David Johnson 1996 · attaque la prémisse 4

La règle Beta, sur laquelle repose le principe, entraîne une règle d'agglomération : si personne n'a le choix sur p, et si personne n'a le choix sur q, alors personne n'a le choix sur « p et q ». Cette règle est fausse. Prenons une pièce équitable qui n'est pas lancée mais qui aurait pu l'être. Personne n'a le choix sur « la pièce ne tombe pas sur pile » ni sur « la pièce ne tombe pas sur face ». Mais quelqu'un avait le choix sur « elle ne tombe ni sur pile ni sur face » (en la lançant). Donc la règle Beta est invalide.

Inwagen répond
Peter van Inwagen 2000
Van Inwagen a reconnu plus tard que la règle Beta, telle qu'il l'avait formulée, est invalide. Il a proposé de réparer l'argument en changeant l'opérateur : « N*p » veut dire que p est vrai et que personne ne peut ni n'a jamais pu faire quelque chose tel que, si elle le faisait, p pourrait être faux. Pour cet opérateur, l'agglomération est valide.
A
Alicia Finch et Ted Warfield 1998
Une autre réparation a été proposée : garder l'opérateur d'origine, mais remplacer la règle Beta par une règle plus faible, « Beta 2 » : de « N p » et de « il est logiquement nécessaire que p entraîne q », on peut tirer « N q ». Cette version suffit à refaire l'argument, avec pour prémisses la fixité des lois et du passé, et le déterminisme.
Le débat continue (notre résumé) Cette partie du débat est technique. Elle montre que l'argument de la conséquence peut être réparé, mais que la validité de la règle choisie reste discutée. Certains compatibilistes en tirent que l'argument ne force personne ; les incompatibilistes répondent que les versions réparées gardent la même force intuitive.
Harry Frankfurt 1969 · attaque la prémisse 5

On peut être moralement responsable sans avoir pu agir autrement. Imaginons Jones, qui décide librement d'agir d'une certaine manière. Un être puissant, Black, veille et serait intervenu pour empêcher Jones de faire autrement, mais n'a pas eu à le faire : Jones a fait de lui-même ce que Black voulait. Jones n'avait pas d'autre possibilité, et pourtant il semble aussi responsable que s'il n'y avait pas eu de Black. Donc la responsabilité n'exige pas de pouvoir faire autrement.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe d'Inwagen dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Nous n'avons pas relevé de réponse de van Inwagen dans les textes que nous avons lus. Cet argument est celui des compatibilistes dits « de la source » ou semi-compatibilistes (Fischer) : si la responsabilité ne demande pas de pouvoir faire autrement, l'argument de la conséquence peut être vrai sans que la responsabilité soit menacée. Les critiques répondent que l'existence de Black, qui n'intervient jamais, ne retire pas vraiment à Jones la capacité de décider autrement : il y a une différence entre avoir un pouvoir et l'exercer.
Peter van Inwagen (qui formule lui-même l'objection du hasard) 2009 · attaque la prémisse 6

Nier le déterminisme ne sauve pas le libre arbitre. Si, au moment de décider, plusieurs suites sont physiquement possibles, aucune ne dépend de la personne : l'indéterminisme que le libre arbitre semble exiger paraît aussi le détruire. Une décision non déterminée ressemble à un coup de dé, pas à un choix.

Inwagen répond
Peter van Inwagen 2009
Van Inwagen n'a pas de solution à ce problème. Il conclut qu'aucune position sur le libre arbitre n'échappe au mystère. Il préfère le sien : croire que l'issue de nos délibérations est indéterminée et que, pourtant, il dépend parfois de nous de l'obtenir. Il le dit « le plus petit mystère disponible ».
Le débat continue (notre résumé) La réponse de van Inwagen est honnête, mais elle ne convaincra pas ceux qui jugent le mystère trop grand. D'autres philosophes libertariens essaient de le réduire par l'idée d'une causalité de l'agent (voir l'argument de Reid) ou par des théories de l'indéterminisme dans le cerveau. Les compatibilistes y voient la preuve qu'il faut renoncer à un libre arbitre qui exige de pouvoir faire autrement.