QuestionsPeut-on être certain de quelque chose ?Étendre le savoir en examinant les choses
Peut-on être certain de quelque chose ?Oui, par la raison

Étendre le savoir en examinant les choses

Zhu Xi 1130 · 1200Étudier le principe (li) des choses pour se perfectionner.
Voir sa fiche
Ce qu'il soutient

Celui qui poursuit patiemment l'étude des choses peut arriver à un savoir réel et d'ensemble, sans avoir tout su.

Pourquoi

Toute chose a son principe et l'esprit est fait pour le connaître : à force d'étude, la compréhension s'ouvre d'un coup.

En bref

« Étendre le savoir en examinant les choses » est un argument de Zhu Xi (Grande Étude, chapitre ajouté ; Propos classés 18) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : oui, par la raison). Sa thèse : Celui qui poursuit patiemment l'étude des choses peut arriver à un savoir réel et d'ensemble, sans avoir tout su. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Grande Étude, chapitre ajouté ; Propos classés 18
Valide avec une prémisse implicite

Comment arriver à un savoir sûr, surtout sur la manière de bien vivre ? La Grande Étude dit : « étendre le savoir consiste à examiner les choses ». Le commentaire de ce passage était perdu : Zhu Xi l'a écrit lui-même, en disant reprendre l'idée de Cheng Yi. Sa réponse : toute chose a son principe et l'esprit est fait pour connaître ; il faut donc étudier les choses une à une, à partir de ce qu'on sait déjà, sans prétendre toutes les épuiser, jusqu'au jour où la compréhension s'ouvre d'un coup. La forme P1..P3 → C est notre reconstruction et elle simplifie : pour lui ce savoir sert à bien agir, et il va avec l'attention de l'esprit. Le camp « Oui, par la raison » est le plus proche, sans être exact : ce savoir passe par l'examen des choses (l'expérience), et Zhu Xi ne dit pas que la certitude est immédiate. Le camp « par l'expérience, avec prudence » convient moins, car il juge qu'un savoir d'ensemble est atteignable.

P1Toute chose a son principe, et l'esprit de l'homme est fait pour connaître. Le savoir reste donc incomplet tant que les principes n'ont pas été étudiés.
P2Si l'on part de ce qu'on sait déjà de chaque chose et qu'on pousse l'étude longtemps, la compréhension finit par s'ouvrir d'un coup et traverser tout.
P3Cette compréhension, c'est que l'extérieur et l'intérieur, le subtil et le grossier de toutes choses sont atteints, et que l'esprit est pleinement éclairé : « c'est cela, la perfection du savoir ».
P4 · prémisse impliciteCette compréhension d'ensemble est un vrai savoir, et non seulement le sentiment d'avoir compris.
Donc celui qui poursuit patiemment l'étude des choses peut arriver à un savoir réel et d'ensemble, sans avoir tout su.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où quelqu'un étudie longtemps, a le sentiment que tout se relie, et pourtant n'a pas un vrai savoir : une illusion d'ensemble, comme on croit comprendre une langue qu'on ne fait que reconnaître.
L'argument est valide et ses quatre prémisses sont indispensables. Le point fragile est P4, que le texte ne démontre pas : il affirme que la compréhension soudaine est vraie, et ses critiques demandent comment le vérifier. Zhu Xi y répond en pratique : celui qui sait vraiment ne fait plus le contraire (comme on ne mange pas ce qu'on sait être du poison). Autre fragilité : P2 est une promesse sur l'avenir, que seule l'expérience de chacun peut confirmer. L'argument ne parle pas de science au sens moderne : « les principes » sont d'abord ceux de la conduite, des rites, de l'histoire.
Analogie. Apprendre une ville en la parcourant : on connaît d'abord des rues séparées, puis un jour le plan se forme d'un coup. On n'a pas besoin d'avoir vu chaque maison pour savoir s'y orienter.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

U
Un élève (Propos classés) attaque la prémisse 2

Examiner les choses est la plus difficile des tâches. Comment peut-on tout examiner ?

Zhu Xi répond
Zhu Xi
Cheng Yi ne dit pas qu'après avoir examiné une chose on comprend tout, ni qu'on ne comprend qu'après les avoir toutes examinées. Il dit seulement que, quand l'accumulation est grande, on arrive tout à coup à un point où tout se relie.
Z
Zhu Xi (autre entretien)
Si l'on a étudié huit ou neuf choses sur dix, les une ou deux qui restent, même non étudiées, finiront par s'éclairer d'elles-mêmes quand tout se rejoindra.
Le débat continue (notre résumé) La réponse déplace la difficulté plus qu'elle ne la supprime : comment savoir qu'on a assez accumulé, et que les choses restantes sont du même genre ? Zhu Xi précise ailleurs que cela ne veut pas dire tout savoir (Yulei 18, §21). (Notre résumé.)
L
Lu Jiuyuan (tel que résumé par un élève de Zhu Xi) 1175 · attaque la prémisse 2

Lu n'accepte pas la thèse de Cheng Yi sur l'examen des choses. Si l'on discute les affaires une par une, l'esprit s'épuise. Mieux vaut chercher en son esprit : quand il est clair, il éclaire tout, et c'est moins pénible.

Zhu Xi répond
Zhu Xi
Si l'on ne discute pas chaque affaire, on laisse faire n'importe quoi : la bouche dit ce qui vient, les pieds vont où ils veulent, on avance dans le noir sans se soucier de rien.
Z
Zhu Xi (autre entretien, sur Lu Zijing)
Lu dit par exemple « le savoir et le pouvoir innés, les quatre germes ont racine dans le cœur » : ce n'est que jouer avec cette chose. Les autres choses qu'il faudrait étudier, il n'arrive pas à les étudier, et il en interdit l'étude aux autres.
Le débat continue (notre résumé) Le texte que nous avons est celui d'un élève de Zhu Xi : les mots de Lu ne figurent pas dans notre corpus. Selon l'histoire de la pensée, Lu soutenait que « l'esprit, c'est le principe » : le principe est déjà en nous, l'étude sert à le dégager, non à le chercher dehors. Le débat de l'Étang de l'Oie (1175), organisé par Lü Zuqian, ne les a pas mis d'accord. (Notre résumé.)
W
Wang Yangming 1492 · attaque la prémisse 2

Dans sa jeunesse (vers 1492), Wang Yangming a essayé, avec un ami, d'examiner les bambous du jardin pour en saisir le principe, jour et nuit. L'ami est tombé malade au troisième jour, lui au septième, sans rien comprendre. Il en conclut que cette méthode ne mène pas à la sagesse, et que le principe est dans l'esprit, pas dans les choses du dehors. (Récit noté par ses élèves dans les Instructions pour la pratique, publiées en entier en 1556, après sa mort.)

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1492, après sa mort (1200).
Le débat continue (notre résumé) Un défenseur de Zhu Xi répondrait que Zhu Xi ne demande pas de fixer un objet : il dit de commencer par ce qui est proche, une chose après l'autre (Yulei 18, §41), et il juge lui-même qu'étudier un à un chaque brin d'herbe et chaque arbre, jour après jour, serait d'une complication sans fin (Yulei 18, §22). Wang Yangming rétorquerait que même ainsi on sépare le savoir de l'esprit. (Notre résumé.)