Zhu Xi
Étudier le principe (li) des choses pour se perfectionner.
Zhu Xi (1130 – 1200, Chine (dynastie des Song du Sud)) : néo-confucianisme. Tout ce qui existe est fait de deux choses inséparables : un principe (li), qui fait qu'une chose est ce qu'elle est, et un souffle (qi), la matière-énergie dont elle est faite. L'homme reçoit du Ciel une nature qui est le principe lui-même, donc bonne ; si certains deviennent mauvais, c'est que leur souffle est trouble. Sur AskPhilosophy : 3 arguments reconstruits, 5 citations vérifiées mot pour mot dans ses textes originaux et 3 idées reçues examinées ; chaque texte porte un badge d'authenticité (écrit par l'auteur, posthume, notes d'élèves, transmis, apocryphe).
Pourquoi il compte
Zhu Xi a donné au confucianisme sa forme pour les sept siècles suivants. En 1313, la dynastie Yuan a fait de ses commentaires des Quatre Livres la base des concours d'entrée dans l'administration, et ils l'ont été jusqu'en 1905. Des millions de lettrés de Chine, de Corée, du Japon et du Vietnam ont donc appris à lire Confucius à travers lui.
Son époque
Les Song du Sud ont perdu le nord de la Chine, conquis en 1127. Zhu Xi n'a occupé des postes que quelques années ; il a surtout enseigné, notamment à l'académie de la Grotte du Cerf blanc, qu'il a fait rouvrir. Écarté de la cour en 1194, sa doctrine a été interdite comme « fausse étude » en 1196. Il est mort en 1200, avant d'être réhabilité.
Lire ses textes
Il y a deux Zhu Xi dans nos sources. Celui des commentaires qu'il a écrits et publiés (la Grande Étude, les commentaires des Entretiens et de Mencius). Et celui des Propos classés (Yulei), des conversations notées par ses élèves sur trente ans et publiées en 1270 : sa pensée, pas forcément ses mots, et l'élève qui note peut avoir saisi un état plus ancien ou plus récent de sa pensée. Nous le signalons à chaque citation du Yulei. Il n'existe presque aucune traduction libre de ces textes : les traductions sont les nôtres, et nous le disons.
Ses positions
clique sur une ligne pour voir la preuvePour lui, le « Ciel » et le « Souverain d'en haut » des anciens textes sont le principe : rien n'est plus haut que lui, c'est pourquoi on lui donne ce nom. Il refuse l'idée d'une personne qui remet les ordres d'en haut, mais il refuse aussi de dire que rien ne gouverne. Ni le Dieu créateur de la Bible, ni l'absence de tout ordre : un ordre impersonnel du monde.
Il faut aller aux choses : lire, discuter, observer les affaires, une par une. Mais ce qu'on y trouve est un principe unique, déjà présent dans l'esprit. L'opposition occidentale entre expérience et raison ne s'applique pas bien : son contradicteur Lu Jiuyuan lui reprochait de trop regarder dehors, d'autres de trop croire à un principe unique.
Un savoir complet et sûr est possible, mais au bout d'un long travail et d'un seul coup, quand tout s'éclaire. Il ne veut pas dire tout savoir : « comment faudrait-il tout savoir ? »
Sa grande distinction n'est pas esprit et corps, mais principe (« ce qui est au-dessus des formes ») et souffle (« ce qui est au-dessous »). Ce que nous avons de lui sur l'esprit (xin) et sur l'âme n'est pas dans notre corpus : il faut compléter avant de noter cet axe.
Pas de « libre arbitre » dans sa langue. Le souffle reçu à la naissance fixe en partie notre sort (vertu, rang, durée de vie), mais l'effort peut transformer le naturel : « l'autre en fait cent, moi mille ».
Le bien n'est pas une convention : c'est le principe, qui est dans toutes choses et dont l'homme reçoit une part entière. « Le principe tel qu'il doit être n'a rien de mauvais. »
Il garde les rites et dit que les esprits existent, mais les réduit au souffle qui va et vient ; il demande de s'occuper d'abord de ce qui est proche et clair. Priorité à l'étude des choses, pas à la foi.
Le Ciel donne à chacun la nature de l'humanité, de la justice, de la convenance, de la sagesse ; l'éducation sert à « la retrouver ». La vie a donc un sens donné : devenir pleinement ce que l'on est déjà en principe.
La nature (le principe reçu) est bonne. Mais la plupart d'entre nous naissent avec un souffle plus ou moins trouble, qui la voile : il n'est pas question d'hommes tous bons dans les faits.
Le gouvernement part de l'ordre moral (se cultiver soi-même, puis la famille, puis l'État) et non d'un programme de gouvernement : le Ciel charge le plus sage d'être « le prince et le maître » du peuple, pour le gouverner et l'instruire. Il écrit aussi que ce qui est approuvé par tous les gens est approuvé par le Ciel.
La morale est la culture des vertus (humanité, justice, convenance, sagesse) qui sont notre nature même. Mais le fondement n'est pas seulement le caractère : c'est un principe objectif du monde, que la vertu réalise. On le range sous les vertus faute de mieux.