Zhu Xi

Étudier le principe (li) des choses pour se perfectionner.

Néo-confucianisme1130 – 1200 ChineNéo-confucéenCommentateur des classiquesMétaphysiqueÉducateur
Propos classés 1 et 4

Le « Souverain d'en haut » est le principe, pas une personne

Ce qu'il soutient

Il n'y a pas de créateur personnel au-dessus du monde : l'ordre du monde est celui du principe, qui est dans les choses.

Pourquoi

Le Souverain est le principe, qui n'existe pas à part des choses et n'a ni intention ni volonté de fabriquer.

Valide avec une prémisse implicite

Quand les textes anciens disent « le Ciel » ou « le Souverain d'en haut », y a-t-il quelqu'un là-haut ? Pour Zhu Xi, ce qu'on nomme ainsi est le principe (li), l'ordre qui fait que chaque chose est ce qu'elle est. Ce principe n'a ni volonté ni projet, et n'existe pas à part des choses. Attention : la forme P1..P3 → C est notre reconstruction et elle simplifie. Zhu Xi refuse aussi de dire qu'il n'y a aucun maître : dire qu'une personne juge les fautes d'en haut est impossible, dit-il, mais dire que rien ne gouverne l'est aussi. De plus le camp « panthéisme » est le plus proche, pas un portrait exact : il ne dit pas que Dieu est la Nature, il lit le mot « Souverain » comme un nom du principe. Aucun camp de la question n'est parfaitement adapté. Les citations viennent du Yulei, des conversations notées par des élèves.

P1Le « Souverain » et le « Ciel » des textes anciens sont le principe : rien dans le monde n'est plus honorable que le principe, c'est pourquoi on l'appelle « Souverain ».
P2Le principe n'existe pas à part : sans le souffle, il n'aurait nulle part où s'accrocher.
P3Le principe n'a ni sentiment ni intention, ni calcul, ni fabrication : c'est le souffle qui se condense et fabrique.
P4 · prémisse impliciteSi le Souverain est le principe, il n'est un créateur personnel que si le principe existe à part des choses, ou s'il veut et fabrique.
Donc il n'y a pas de créateur personnel au-dessus du monde : l'ordre du monde est celui du principe, qui est dans les choses.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où le Ciel est le principe, où le principe n'existe pas à part et ne veut rien, et où pourtant il existe un créateur personnel en plus : un être qui n'est pas le principe et que rien de ce qui est dit du principe n'exclut.
L'argument est valide et ses quatre prémisses sont indispensables. Le point fragile est P4 : elle dit ce qu'est, pour nous, un créateur personnel, et Zhu Xi ne la formule pas. Un croyant répondrait qu'un créateur personnel n'a pas besoin d'être « à part » dans l'espace, ni de « fabriquer » comme un artisan. Autre limite : ailleurs Zhu Xi dit que le Ciel a pour esprit de produire les êtres, et il refuse la conclusion « aucun maître » (Yulei 1, §22). L'argument montre ce qu'il nie, pas toute sa pensée.
Analogie. Les règles d'un jeu : elles ordonnent la partie, donnent un sens à chaque coup, mais elles ne jouent pas, ne veulent rien et n'existent que dans les parties jouées. Pour Zhu Xi, l'ordre du monde est réel, mais personne ne le « remet » d'en haut.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

U
Un élève (Propos classés) attaque la conclusion

Les textes anciens disent : « le Souverain d'en haut fait descendre… », « le Ciel soutient le peuple… ». Le ciel bleu là-haut a-t-il vraiment un maître qui gouverne ainsi ? Ou le Ciel n'a-t-il pas de pensée, et ne fait-on que remonter au principe qui est ainsi ?

Zhu Xi répond
Zhu Xi
Ces trois passages n'ont qu'un sens. Cela aussi, c'est seulement le principe qui est ainsi.
Z
Zhu Xi (autre entretien)
Dire qu'il y a là-haut quelqu'un qui juge les fautes, ce n'est pas possible ; dire qu'il n'y a pas du tout de maître, ce n'est pas possible non plus.
Le débat continue (notre résumé) La réponse dit que les expressions religieuses désignent le principe, mais elle ne dit pas que ce principe n'a aucune manière de « gouverner ». Zhu Xi garde les deux : pas de personne, mais pas de hasard non plus. C'est une position intermédiaire que les camps de la question rendent mal. (Notre résumé.)
U
Une tension chez Zhu Xi lui-même attaque la prémisse 2

Zhu Xi dit parfois que le principe est d'abord, et qu'il resterait si les montagnes, les fleuves et la terre s'effondraient. Alors le principe existerait à part du monde, comme un fondement séparé : n'est-ce pas ce qu'un croyant appelle Dieu ?

Zhu Xi répond
Zhu Xi
Principe et souffle n'ont au fond pas d'avant ni d'après dont on puisse parler. Mais quand on remonte à l'origine, c'est comme si le principe venait avant et le souffle après.
Le débat continue (notre résumé) Les élèves ont noté des formules qui ne s'accordent pas tout à fait, à des moments différents de sa vie. Cette réponse fait de l'antériorité une façon de parler, mais la phrase sur l'effondrement du monde va plus loin. Le débat reste vif chez les spécialistes, et chez les critiques ultérieurs (Wang Yangming, Dai Zhen) qui lui reprochent de séparer le principe des choses ou de l'esprit. (Notre résumé.)
M
Matteo Ricci 1603 · attaque la prémisse 3

Le principe n'est qu'une qualité des choses, pas un être qui subsiste. Il ne peut ni connaître, ni vouloir, ni créer. Un ordre aussi précis ne peut venir que d'un ordonnateur : il faut un Seigneur du Ciel, personnel et créateur.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1603, après sa mort (1200).
Le débat continue (notre résumé) Zhu Xi ne pouvait pas connaître cette objection, qui date de 1603. Il accepte déjà que le principe n'ait ni volonté ni calcul (Yulei 1, §13) : ce que Ricci présente comme un défaut, il le tient pour un trait du principe. Pour un néo-confucéen, l'objection suppose ce qu'elle veut prouver, qu'un ordre doit venir d'un ordonnateur. Ricci répondrait que c'est justement ce qu'il faut expliquer : comment un principe sans pensée produirait-il un ordre aussi constant ? (Notre résumé.)