Hypatie d'Alexandrie
Mathématicienne et philosophe, maîtresse de l'école d'Alexandrie.
Idées reçues
Hypatie a été tuée parce qu'elle était une femme de science.
Le plus ancien récit, celui de Socrate le Scolastique (vers 440), loue son savoir et son aisance en public, puis dit que « l'envie » s'arma contre elle (le grec dit seulement phthonos, l'envie ; la traduction anglaise de 1890 ajoute « politique »). Elle voyait souvent le préfet Oreste, en conflit avec l'évêque Cyrille, et une rumeur lui a reproché d'empêcher leur réconciliation. Une bande de chrétiens menée par un lecteur nommé Pierre l'a arrachée à son char, déshabillée dans une église, tuée à coups de tessons, puis a dépecé et brûlé son corps. Socrate précise que cela n'est pas dans l'esprit du christianisme et que l'affaire a couvert Cyrille de honte. Il ne dit pas qu'elle a été tuée parce qu'elle était femme ou savante. Jean de Nikiou (vers 690), pour Cyrille, donne une autre raison : elle serait une païenne qui ensorcelait le préfet par magie, et sa mort est pour lui une victoire sur l'idolâtrie. Les deux récits ne s'accordent donc pas sur le motif, et celui qui est le plus proche des faits parle de politique.
La bibliothèque d'Alexandrie a brûlé avec elle.
Aucun de nos trois témoins ne parle de bibliothèque : Socrate dit qu'on l'a traînée à une église, tuée, puis que ses membres ont été brûlés dans un lieu appelé Cinaron ; Jean de Nikiou la traîne dans les rues jusqu'à sa mort et brûle son corps. Pas de livres, pas de feu dans un lieu de savoir. L'histoire de la grande bibliothèque d'Alexandrie est hors de notre corpus ; ce que nous pouvons dire, c'est que le mythe n'a aucun appui dans ces textes. La confusion vient peut-être du Sérapéum, un sanctuaire d'Alexandrie qui abritait des livres, détruit vers 391 sous l'évêque Théophile, plus de vingt ans avant sa mort (hors de notre corpus).
Le film Agora (2009) raconte la vie d'Hypatie.
Agora (Alejandro Amenábar) est une fiction qui s'inspire d'elle. Le cadre vient bien des sources : son école, le préfet Oreste, l'évêque Cyrille, Synésios, le meurtre par des chrétiens. Mais nos témoins ne disent rien de ses recherches : les découvertes que le film lui prête (en astronomie notamment) sont inventées, et sa mort y est adoucie par rapport au récit de Socrate le Scolastique. Le film est un point d'entrée possible, pas un témoignage.
Hypatie a inventé l'astrolabe.
Aucun texte de notre corpus ne lui attribue l'invention de l'astrolabe, et l'instrument est plus ancien qu'elle (hors de notre corpus, on attribue un traité sur l'astrolabe à son père Théon). Dans la lettre 15, Synésios lui demande de faire fondre en laiton pour lui un hydroscope, un tube gradué qui sert à peser l'eau, et en explique la forme : c'est un autre instrument. Dans la lettre 154, il lui envoie son discours Sur le don, écrit pour offrir un astrolabe à un haut fonctionnaire (Paeonius) ; ce discours n'est pas dans notre corpus. Seul Jean de Nikiou, hostile, écrit qu'elle s'occupait de « magie, d'astrolabes et d'instruments de musique », mais pour la salir. Elle connaissait donc sans doute l'instrument ; rien ne dit qu'elle l'a inventé.