PhilosophesMontesquieu

Montesquieu

Pour éviter l'abus, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir.

Lumières · Libéralisme1689 – 1755 FrancePhilosophe des LumièresPenseur politiqueJuristeRomancier
Il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir
De l'esprit des lois, XI, 4. Sa vraie formule : il ne parle pas de « séparation des pouvoirs ».
Vérifiée mot pour mot
Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites
De l'esprit des lois, XI, 4.
Vérifiée mot pour mot
Comment peut-on être Persan ?
Lettres persanes, 30 : c'est Rica, un personnage, qui rapporte la question des Parisiens.
Vérifiée mot pour mot
Si les triangles faisaient un dieu, ils lui donneraient trois côtés
Lettres persanes, 59 : Rica cite un mot déjà connu (« On a dit fort bien »).
Vérifiée mot pour mot
La liberté est le droit de faire tout ce que les loix permettent
De l'esprit des lois, XI, 3 (orthographe d'époque : « loix »).
Vérifiée mot pour mot
Toute peine qui ne dérive pas de la nécessité est tyrannique
De l'esprit des lois, XIX, 14.
Vérifiée mot pour mot
J'ai pu vivre dans la servitude ; mais j'ai toujours été libre
Lettres persanes, 161 : Roxane, enfermée dans le sérail d'Usbek, dans la dernière lettre du roman.
Vérifiée mot pour mot

Idées reçues

À nuancer
Montesquieu a inventé la séparation des pouvoirs.

L'expression « séparation des pouvoirs » n'est pas de lui. L'idée non plus n'est pas neuve : Locke, en 1690, explique déjà qu'il est dangereux que ceux qui font les lois les exécutent aussi. Ce que Montesquieu apporte, c'est une formule et un mécanisme : « le pouvoir arrête le pouvoir ». Il distingue trois puissances (faire les lois, les exécuter, juger), mais il ne les isole pas : chacune peut empêcher l'autre, comme le roi qui peut refuser une loi. C'est un équilibre plus qu'une séparation.

À nuancer
Montesquieu justifie l'esclavage.

Faux pour le chapitre le plus cité. « De l'esclavage des nègres » (XV, 5) est ironique : il commence par « Si j'avois à soutenir le droit [...], voici ce que je dirois », puis aligne des arguments volontairement absurdes pour ridiculiser les esclavagistes. Citer une de ces phrases seule, c'est lui faire dire le contraire de sa pensée. Sa thèse est ailleurs : l'esclavage « n'est pas bon par sa nature » (XV, 1) et, « comme tous les hommes naissent égaux », il est « contre la nature » (XV, 7). Mais il y a une vraie zone grise : au même endroit, sa théorie des climats lui fait admettre que, dans certains pays très chauds, l'esclavage est « fondé sur une raison naturelle ». Il recule ensuite (XV, 8) : il n'y a « peut-être pas de climat » où l'on ne puisse faire travailler des hommes libres. Les spécialistes discutent encore de cette concession.

À nuancer
Pour Montesquieu, le climat décide de tout.

Le climat n'est pour lui qu'une cause parmi d'autres (religion, lois, mœurs, manières), et les bons législateurs sont ceux qui luttent contre ses mauvais effets. Mais sa théorie des climats repose sur une physiologie d'époque (des « fibres » qui se resserrent au froid) et sur des récits de voyageurs. Certaines phrases sont aujourd'hui datées et choquantes, comme « La puissance doit donc être toujours despotique en Asie ». C'est une thèse du XVIIIe siècle, pas un fait.