Thalès de Milet
Le principe de toute chose est l'eau.
Thalès de Milet (VIIe-VIe s. av. J.-C., Milet, en Ionie (aujourd'hui en Turquie)) : présocratiques. Aristote présente Thalès comme le fondateur d'une façon de philosopher : chercher un principe unique d'où viennent toutes choses. Pour Thalès, ce principe serait l'eau. Sur AskPhilosophy : 1 argument reconstruit, 3 citations vérifiées mot pour mot dans ses textes originaux et 5 idées reçues examinées ; chaque texte porte un badge d'authenticité (écrit par l'auteur, posthume, notes d'élèves, transmis, apocryphe).
Que sait-on vraiment de lui ?
Presque rien de sûr. Diogène Laërce (vers 230 apr. J.-C., donc environ huit siècles plus tard) écrit que, selon certains, il n'a rien laissé par écrit, et que l'ouvrage qu'on lui attribue, l'Astronomie nautique, serait de Phocus de Samos. Nos témoins les plus proches sont Hérodote (vers 440 av. J.-C., environ un siècle après sa mort et un siècle et demi après l'éclipse de 585), Platon (vers 369 av. J.-C.) et Aristote (vers 340 av. J.-C., environ deux siècles après sa mort). Aristote lui-même emploie « on dit », « il semble », « peut-être ». Sur ce site, chaque extrait porte le badge « transmis par d'autres » et nomme celui qui rapporte.
Pourquoi il compte
Aristote l'appelle le « fondateur » de la philosophie qui cherche des principes dans la nature (Métaphysique A 3). Qu'il ait vraiment pensé ce qu'on lui prête ou non, la question « de quoi tout vient-il ? », posée sans passer d'abord par un récit de dieux (c'est la lecture la plus répandue, même si Aristote lui prête aussi l'idée que « tout est plein de dieux »), est restée attachée à son nom, et les penseurs de Milet qui suivent (Anaximandre, Anaximène) y répondent à leur tour. La liste des Sept Sages le met toujours en tête ou presque, mais Diogène Laërce rappelle que les listes varient d'un auteur à l'autre.
Une fiche plus courte que les autres
Nous ne remplissons pas les axes du radar : aucun texte de Thalès ne permet de dire s'il croyait en Dieu, ce que nous pouvons connaître ou si l'esprit est matière. Chaque axe est donc laissé vide et explique pourquoi. Aucune de nos questions ne demande « de quoi le monde est-il fait ? » : son argument est rangé là où il se rapproche le moins mal (voir la page de l'argument).
Ses positions
clique sur une ligne pour voir la preuveAristote écrit que Thalès a « peut-être » pensé que tout est plein de dieux, parce que l'âme serait mêlée à tout l'univers. Diogène Laërce, huit siècles plus tard, lui prête des maximes (« le plus ancien des êtres, c'est Dieu ») qu'il dit « courantes », donc attribuées sans garantie. Rien de cela n'est de Thalès avec certitude, et ce n'est ni un théisme, ni un athéisme. Nous ne notons pas l'axe.
Aristote suppose que Thalès a tiré son idée d'observations (la nourriture, la chaleur et les graines sont humides), mais il le dit avec « peut-être » : c'est sa reconstruction, pas un texte de Thalès. Nous ne notons pas l'axe.
Diogène Laërce écrit que, selon certains, Thalès n'a rien écrit, et que selon d'autres il n'a écrit que sur le solstice et l'équinoxe, jugeant le reste inconnaissable. Ce sont des avis rapportés huit siècles plus tard, qui se contredisent. Nous ne notons pas l'axe.
Aristote range Thalès parmi ceux qui voient dans l'âme ce qui met en mouvement : l'aimant aurait une âme parce qu'il meut le fer. Il écrit « il semble » et « d'après ce qu'on rapporte ». Cette idée de l'âme comme force ne répond pas à la question matérialisme ou dualisme, que le texte ne pose pas. Nous ne notons pas l'axe.
Aucun témoignage sur le libre arbitre. Les maximes que Diogène Laërce lui attribue (« la plus forte, c'est la nécessité, car elle domine tout ») parlent d'une nécessité générale, sans discuter de nos choix. Nous ne notons pas l'axe.
Les dictons moraux attribués (tl-morale) ne disent rien sur l'existence objective du bien. Nous ne notons pas l'axe.
Aucun texte ne dit comment Thalès comprenait le rapport entre croire et raisonner. Le raisonnement qu'Aristote lui prête (partir des observations) est une reconstruction. Nous ne notons pas l'axe.
Diogène Laërce rapporte un bon mot : Thalès soutenait qu'il n'y a pas de différence entre vivre et mourir, et à la question « pourquoi ne meurs-tu pas ? », il répond : « parce qu'il n'y a pas de différence ». C'est une anecdote, pas une doctrine sur le sens de la vie. Nous ne notons pas l'axe.
Aucun témoignage sur la nature humaine. Nous ne notons pas l'axe.
Hérodote (environ un siècle plus tard) rapporte un conseil pratique de Thalès aux Ioniens : un conseil commun siégeant à Téos, les autres cités restant comme des cantons. C'est un conseil de circonstance, pas une théorie de l'individu et de la communauté. Nous ne notons pas l'axe.
Diogène Laërce prête à Thalès des conseils de conduite (éviter ce qu'on blâme chez les autres, ne pas s'enrichir par des moyens honteux). Ce sont des dictons attribués, sans théorie derrière : ni règle, ni calcul des suites, ni étude des vertus. Nous ne classons pas l'axe.