« J'ai obéi » n'est pas une excuse : Eichmann et la responsabilité
La banalité du mal
Dire « j'ai obéi à la loi et aux ordres » ne dispense pas de la responsabilité : chacun répond de ce qu'il fait, même quand la loi l'ordonne.
Obéir à un pouvoir criminel, c'est le soutenir : celui qui pouvait juger par lui-même ne peut pas dire qu'il n'a fait qu'obéir.
« « J'ai obéi » n'est pas une excuse : Eichmann et la responsabilité » est un argument de Hannah Arendt (Arendt, Eichmann à Jérusalem (1963), chap. VIII et Épilogue ; « Personal Responsibility under Dictatorship » (1964), 1963) sur la question « Faut-il toujours obéir à la loi ? » (réponse : la conscience d'abord). Sa thèse : Dire « j'ai obéi à la loi et aux ordres » ne dispense pas de la responsabilité : chacun répond de ce qu'il fait, même quand la loi l'ordonne. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3, P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
En 1961, à Jérusalem, Adolf Eichmann est jugé pour avoir organisé la déportation de millions de Juifs vers la mort. Il répond qu'il n'a fait qu'obéir aux ordres et à la loi du Reich. Hannah Arendt, qui suit le procès, ne le trouve ni monstrueux ni fanatique : elle voit un homme ordinaire, incapable de penser par lui-même, qui a pris la loi pour sa conscience. Sa thèse n'est pas que l'obéissance est toujours mauvaise : c'est qu'on ne peut pas se cacher derrière elle. Ses textes sont sous droits : nous renvoyons à leurs passages sans les citer. La forme P1 à P4 → C est notre reconstruction.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3 et P4, l'ordinateur trouve un cas où quelqu'un obéit à une loi criminelle et la soutient, sans que sa responsabilité soit engagée : par exemple s'il n'avait en fait aucun moyen de juger ou de refuser. C'est la question que posent Milgram et le droit de Nuremberg.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
SStanley Milgram 1963 · attaque la prémisse 3Dans l'expérience de Milgram, des adultes ordinaires sont invités par un expérimentateur à donner à un inconnu des chocs électriques de plus en plus forts (en réalité simulés). Une majorité nette, 26 sur 40 dans l'expérience de 1963, va jusqu'au niveau le plus élevé. Milgram en conclut que, dans une situation d'autorité, la plupart des gens obéissent même contre leur conscience : la capacité de juger par soi-même ne se manifeste pas à coup sûr.
Arendt répond
Dans l'expérience de Milgram, des adultes ordinaires sont invités par un expérimentateur à donner à un inconnu des chocs électriques de plus en plus forts (en réalité simulés). Une majorité nette, 26 sur 40 dans l'expérience de 1963, va jusqu'au niveau le plus élevé. Milgram en conclut que, dans une situation d'autorité, la plupart des gens obéissent même contre leur conscience : la capacité de juger par soi-même ne se manifeste pas à coup sûr.
BBettina Stangneth 2011 · attaque la prémisse 1À partir de documents postérieurs à la guerre (dont les entretiens enregistrés en Argentine, dans les années 1950), Stangneth soutient qu'Eichmann restait un nazi convaincu, fier de ce qu'il avait fait, et qu'au procès il a joué le rôle d'un petit fonctionnaire obéissant. L'image d'un homme ordinaire et sans idéologie viendrait donc de la mise en scène d'Eichmann, que Arendt aurait prise au sérieux.
un défenseur répond
À partir de documents postérieurs à la guerre (dont les entretiens enregistrés en Argentine, dans les années 1950), Stangneth soutient qu'Eichmann restait un nazi convaincu, fier de ce qu'il avait fait, et qu'au procès il a joué le rôle d'un petit fonctionnaire obéissant. L'image d'un homme ordinaire et sans idéologie viendrait donc de la mise en scène d'Eichmann, que Arendt aurait prise au sérieux.
CCommission du droit international de l'ONU 1950 · attaque la conclusionLe droit international consacre le principe, mais avec une limite. Principe IV : le fait qu'une personne ait agi en exécution d'un ordre de son gouvernement ou d'un supérieur ne l'exonère pas de sa responsabilité en droit international, pourvu qu'un choix moral ait été en fait possible pour elle. La responsabilité dépend donc de la possibilité réelle de refuser.
sans réponse
Le droit international consacre le principe, mais avec une limite. Principe IV : le fait qu'une personne ait agi en exécution d'un ordre de son gouvernement ou d'un supérieur ne l'exonère pas de sa responsabilité en droit international, pourvu qu'un choix moral ait été en fait possible pour elle. La responsabilité dépend donc de la possibilité réelle de refuser.