QuestionsLe temps existe-t-il vraiment ?Le temps est le nombre du mouvement selon l'avant et l'après
Le temps existe-t-il vraiment ?Le temps passe vraiment

Le temps est le nombre du mouvement selon l'avant et l'après

Le temps selon Aristote

Aristote 384 av. J.-C. · 322 av. J.-C.Observer, classer, raisonner : le bonheur par la vertu.
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Ce qu'il soutient

Le temps est quelque chose de réel dans le monde : l'avant et l'après d'un changement réel, que l'âme peut compter.

Pourquoi

Sans changement, nous ne sentons pas le temps ; le temps est ce qu'on compte dans le mouvement en distinguant un avant et un après.

La même idée à travers l'histoire
Aristote350 av. J.-C.Aristote refuse deux idées toutes faites : le temps n'est pas le mouvement lui-même, et il n'existe pas sans mouvement ni changement. Il en fait ce qu'on compte dans le mouvement : l'avant et l'après.
Isaac Newton1687Newton prend le contre-pied : le temps coule de lui-même, qu'il y ait des mouvements ou non.
En bref

« Le temps est le nombre du mouvement selon l'avant et l'après » est un argument d'Aristote (Physique, IV, 10-14 (vers -350), 350 av. J.-C.) sur la question « Le temps existe-t-il vraiment ? » (réponse : le temps passe vraiment). Sa thèse : Le temps est quelque chose de réel dans le monde : l'avant et l'après d'un changement réel, que l'âme peut compter. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Physique, IV, 10-14 (vers -350)
Valide avec une prémisse implicite

Qu'est-ce que le temps ? Un matin, vous vous réveillez sans avoir rien remarqué : ni rêve, ni pensée, ni bruit. Vous ne savez pas si une heure ou une nuit entière a passé. Aristote part de cette expérience. Pour lui, le temps n'est pas une chose à part qui coulerait toute seule, mais il n'est pas une simple illusion non plus : c'est quelque chose que nous comptons dans le changement, quand nous disons qu'il y a eu un avant et un après. Les horloges ne font que rendre ce comptage précis.

P1Le temps n'est pas le mouvement (le changement) lui-même.
P2Pourtant il n'y a pas de temps sans mouvement ni changement : quand rien ne change en nous, ou que nous ne remarquons aucun changement, nous n'avons pas l'impression qu'il s'est écoulé du temps.
P3Donc le temps est un aspect du changement : ce que nous distinguons et comptons dans le mouvement quand nous le saisissons « avant » et « après ». Il est le nombre du mouvement selon l'avant et l'après.
P4L'avant et l'après sont des propriétés du mouvement lui-même, et pas seulement de notre manière de le regarder.
P5 · prémisse impliciteIl y a des changements réels dans le monde, qui existeraient même si personne ne les comptait.
Donc le temps est quelque chose de réel dans le monde : l'avant et l'après d'un changement réel, que l'âme peut compter.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, on pourrait tout accepter et dire pourtant : il n'y a pas de vrai changement, seulement des apparences (c'était la thèse de Parménide), donc pas de temps réel. Aristote écarte cette idée ailleurs dans la Physique. Il reconnaît aussi une limite : s'il n'y avait aucune âme pour compter, il n'y aurait pas de nombre, donc, au sens strict, pas de temps compté, mais seulement ce dont le temps est une propriété, le mouvement avec son avant et son après.
L'argument est valide. P1 et P2 disent que le temps n'est ni le changement ni indépendant de lui. P3 en tire que le temps est le nombre du changement, c'est-à-dire son avant et son après compté. P4 dit que cet avant et cet après sont dans le changement. P5 dit que le changement est réel. Alors le temps, qui est cet avant et cet après, est réel.
Analogie. Prenez une route et des bornes kilométriques. La route existe sans les bornes, mais les distances en kilomètres, elles, supposent quelqu'un qui compte. De même, pour Aristote, le changement et son ordre (avant, après) existent dans le monde, et le temps est ce même ordre mesuré par un esprit qui compte.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Aristote (les difficultés du début) 350 av. J.-C. · attaque la conclusion

Aristote ouvre lui-même son étude en expliquant pourquoi on pourrait croire que le temps n'existe pas, ou à peine : une partie du temps a été et n'est plus, l'autre va être et n'est pas encore. Or le temps, infini ou si court qu'on veuille, est fait de ces parties. Ce qui est fait de choses qui n'existent pas ne semble pas pouvoir exister.

Aristote répond
Aristote
Le « maintenant » relie le temps passé et le temps à venir, et il en est la limite : le début de l'un et la fin de l'autre. Il divise le temps seulement en puissance. En tant qu'il divise, il est toujours différent ; en tant qu'il relie, il est toujours le même, comme le point sur une ligne.
Où en est le débat (notre résumé)Aristote répond que le temps n'est pas fait de « maintenant » posés les uns à côté des autres, mais d'un écoulement continu que le maintenant relie. Les philosophes discutent encore pour savoir si cela suffit à faire exister le passé et le futur, ou si seul le présent existe.
Augustin 400 · attaque la prémisse 4

Augustin déplace la question vers l'esprit : c'est dans mon esprit que je mesure le temps, par l'impression que les choses qui passent y laissent et qui demeure après leur passage. Le passé et le futur ne sont donc pas dans les choses, mais dans l'âme, comme mémoire et attente.

Aristote répond
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Aristote
Aristote se pose lui-même la question : si l'âme n'existait pas, y aurait-il du temps ? Sans quelqu'un pour compter, il n'y a pas de nombre. Mais si le mouvement peut exister sans âme, et que l'avant et l'après sont des propriétés du mouvement, alors ce dont le temps est une propriété existe sans elle.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond porte sur ce qui est « dans l'esprit ». Pour Augustin, le temps (passé, futur) n'a d'existence que dans l'âme qui se souvient et attend. Pour Aristote, l'ordre avant-après est dans le monde, et l'âme ne fait que le compter. Aristote lui-même laisse la question ouverte.
Isaac Newton 1687 · attaque la prémisse 2

Newton soutient le contraire de P2 : il existe un temps absolu, vrai et mathématique, qui coule uniformément sans relation à rien d'extérieur. Les mouvements ne servent qu'à le mesurer de façon approchée, et la durée des choses reste la même, que les mouvements soient rapides, lents ou nuls.

un défenseur répond
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Pas de réponse possible : objection formulée en 1687, après sa mort (-322).
Gottfried Wilhelm Leibniz défenseur de l'argument · 1716
Leibniz répond que l'objection de Newton (et de Clarke) vaudrait si le temps était autre chose que les choses qui sont dans le temps. Mais ce qu'on appelle des instants, pris sans les choses, ne sont rien du tout : ils consistent seulement dans l'ordre successif des choses.
Où en est le débat (notre résumé)La question de fond n'est pas tranchée : le temps est-il une sorte de contenant qui existerait même dans un monde vide (Newton), ou seulement l'ordre des événements (Aristote, Leibniz) ? La physique de la relativité, au XXe siècle, a donné à beaucoup de physiciens de bonnes raisons de se passer d'un temps absolu.