Le temps n'existe que dans l'âme : le passé n'est plus, le futur n'est pas encore
« Si personne ne me le demande, je le sais » ; la distension de l'âme (distentio animi)
Le temps n'est pas dans les choses : il est dans l'esprit. Il y a trois temps, mais ce sont trois présents de l'âme : le présent du passé (la mémoire), le présent du présent (l'attention), le présent de l'avenir (l'attente). Un long avenir est une longue attente, un long passé est un long souvenir.
Le passé n'est plus, le futur n'est pas encore, le présent n'a pas d'étendue ; pourtant nous mesurons le temps, donc il est dans l'esprit.
« Le temps n'existe que dans l'âme : le passé n'est plus, le futur n'est pas encore » est un argument d'Augustin (Confessions, XI, 14-28 (vers 400), 400) sur la question « Le temps existe-t-il vraiment ? » (réponse : le temps est dans l'esprit). Sa thèse : Le temps n'est pas dans les choses : il est dans l'esprit. Il y a trois temps, mais ce sont trois présents de l'âme : le présent du passé (la mémoire), le présent du présent (l'attention), le présent de l'avenir (l'attente). Un long avenir est une longue attente, un long passé est un long souvenir. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
« Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je veux l'expliquer à celui qui me le demande, je ne le sais plus. » Au livre XI des Confessions, Augustin part de cette gêne. Le passé n'est plus, le futur n'est pas encore, et le présent n'a pas d'étendue : où le temps peut-il bien être ? Pourtant nous mesurons des temps longs et courts. Sa réponse : le temps n'est pas une chose du monde, il est dans l'âme, qui retient le passé par la mémoire, vit le présent par l'attention et attend l'avenir. Cette idée, reprise par Kant, Husserl et Ricœur, est l'une des plus influentes de toute la philosophie du temps.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'on mesure le temps alors qu'il n'est ni dans les choses ni dans l'esprit : par exemple un temps absolu, qui coule par lui-même (idée de Newton). C'est pourquoi tout le débat porte sur cette prémisse.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Aristote 330 av. J.-C. · attaque la prémisse 4Le temps est « le nombre du mouvement selon l'avant et l'après ». L'avant et l'après sont dans le mouvement lui-même, hors de toute âme : l'âme ne fait que les compter. Aristote note que, si seule l'âme peut compter, il n'y aurait pas de temps sans âme, sauf à admettre que le mouvement existe sans âme. Il ne tranche pas, mais il ne place pas le temps dans l'âme.
Augustin répond
Le temps est « le nombre du mouvement selon l'avant et l'après ». L'avant et l'après sont dans le mouvement lui-même, hors de toute âme : l'âme ne fait que les compter. Aristote note que, si seule l'âme peut compter, il n'y aurait pas de temps sans âme, sauf à admettre que le mouvement existe sans âme. Il ne tranche pas, mais il ne place pas le temps dans l'âme.
EEdmund Husserl 1905 · attaque la prémisse 2Husserl ouvre ses leçons sur la conscience intime du temps (données en 1905, publiées en 1928) par un hommage à Augustin : c'est lui qui a le premier senti la difficulté. Il accepte que le temps se montre dans la conscience, mais il corrige l'idée d'un présent sans épaisseur. Quand j'entends une mélodie, le présent vécu garde le son qui vient de passer (rétention) et s'ouvre sur le suivant (protention). Retenir un son qui vient de passer n'est pas la même chose que s'en souvenir après coup.
Augustin répond
Husserl ouvre ses leçons sur la conscience intime du temps (données en 1905, publiées en 1928) par un hommage à Augustin : c'est lui qui a le premier senti la difficulté. Il accepte que le temps se montre dans la conscience, mais il corrige l'idée d'un présent sans épaisseur. Quand j'entends une mélodie, le présent vécu garde le son qui vient de passer (rétention) et s'ouvre sur le suivant (protention). Retenir un son qui vient de passer n'est pas la même chose que s'en souvenir après coup.
PPaul Ricœur 1983 · attaque la conclusionAu chapitre 1 de Temps et récit I, Ricœur lit le livre XI comme le grand exemple d'une « aporie » : l'analyse d'Augustin montre un temps de l'âme tiraillé (la distension) et ne dit pas comment ce temps fait un tout, ni comment il se relie au temps du monde. Pour Ricœur, seul le récit, qui compose des événements dispersés en une histoire, répond à cette difficulté. Il en tirera plus tard l'identité narrative.
sans réponse
Au chapitre 1 de Temps et récit I, Ricœur lit le livre XI comme le grand exemple d'une « aporie » : l'analyse d'Augustin montre un temps de l'âme tiraillé (la distension) et ne dit pas comment ce temps fait un tout, ni comment il se relie au temps du monde. Pour Ricœur, seul le récit, qui compose des événements dispersés en une histoire, répond à cette difficulté. Il en tirera plus tard l'identité narrative.