Je suis le personnage de l'histoire que je raconte
L'identité narrative (idem et ipse, mêmeté et ipséité)
Mon identité est narrative : je suis le personnage de l'histoire que je raconte et révise. C'est ce récit qui fait tenir ensemble ce qui reste (idem) et ce que je maintiens (ipse), et il évite le dilemme d'un moi fixe ou d'un simple flux d'états.
Pour dire qui a agi, il faut raconter une vie, et un récit peut garder l'unité d'une personne qui change.
« Je suis le personnage de l'histoire que je raconte » est un argument de Paul Ricœur (Temps et récit III, 1985 ; Soi-même comme un autre, 1990, 1985) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : un soi à construire). Sa thèse : Mon identité est narrative : je suis le personnage de l'histoire que je raconte et révise. C'est ce récit qui fait tenir ensemble ce qui reste (idem) et ce que je maintiens (ipse), et il évite le dilemme d'un moi fixe ou d'un simple flux d'états. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Tu n'as plus le même corps qu'à six ans, ni les mêmes goûts, ni peut-être le même caractère. Pourtant, si tu promets quelque chose aujourd'hui et que tu le tiens dans dix ans, tu es resté « toi ». Ricœur distingue donc deux façons d'être le même : rester pareil (comme un caractère, que les Latins appelaient idem) et se maintenir (comme on tient une promesse, ipse). Qu'est-ce qui fait tenir ensemble les deux ? Son idée : le récit. Pour savoir qui a fait une action, il faut raconter l'histoire d'une vie, et un récit peut contenir du changement. Je suis donc le personnage de l'histoire que je raconte, et que je peux raconter autrement.
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Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un cas où un récit répond à « qui ? » et tient ensemble le changement, mais où l'identité n'est pas narrative : le récit ne ferait que décrire une identité qui existe sans lui.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Derek Parfit 1984 · attaque la prémisse 2Parfit imagine des cas où la question « sera-ce moi ? » n'a pas de réponse (téléporteur qui copie, cerveau divisé en deux). Il en conclut que l'identité n'est pas ce qui compte : ce qui compte, c'est la continuité des souvenirs et du caractère. Si la question « qui ? » peut être vide, on n'a pas besoin d'un récit pour y répondre.
sans réponse
Parfit imagine des cas où la question « sera-ce moi ? » n'a pas de réponse (téléporteur qui copie, cerveau divisé en deux). Il en conclut que l'identité n'est pas ce qui compte : ce qui compte, c'est la continuité des souvenirs et du caractère. Si la question « qui ? » peut être vide, on n'a pas besoin d'un récit pour y répondre.
Galen Strawson 2004 · attaque la conclusionStrawson soutient que l'idée « chacun construit et vit un récit de sa vie » est fausse comme description de tous les humains. Il distingue des personnes « épisodiques » qui ne se vivent pas comme un soi qui a existé dans le passé et existera dans le futur. Il en conclut qu'il y a des gens profondément non narratifs, et de bonnes façons de vivre qui ne le sont pas.
sans réponse
Strawson soutient que l'idée « chacun construit et vit un récit de sa vie » est fausse comme description de tous les humains. Il distingue des personnes « épisodiques » qui ne se vivent pas comme un soi qui a existé dans le passé et existera dans le futur. Il en conclut qu'il y a des gens profondément non narratifs, et de bonnes façons de vivre qui ne le sont pas.
Daniel Dennett 1992 · attaque la conclusionDennett est d'accord que nous racontons sans cesse notre histoire, mais il en tire une conclusion plus dure : le « moi » n'est qu'un « centre de gravité narratif », une abstraction commode comme le centre de gravité d'un objet. Il n'y a pas de sujet réel derrière le récit qui se maintiendrait de lui-même.
sans réponse
Dennett est d'accord que nous racontons sans cesse notre histoire, mais il en tire une conclusion plus dure : le « moi » n'est qu'un « centre de gravité narratif », une abstraction commode comme le centre de gravité d'un objet. Il n'y a pas de sujet réel derrière le récit qui se maintiendrait de lui-même.