Le moi, centre de gravité narratif
Le centre de gravité narratif (Dennett)
Le moi est, lui aussi, une abstraction et non une chose qu'on pourrait trouver dans le cerveau : il n'y a pas de moi fixe et séparé, seulement le centre de gravité narratif de nos récits. Le chercher dans le cerveau est une erreur de catégorie.
Comme le centre de gravité organise un objet sans être une chose en plus, le moi organise nos récits sans être une chose dans le cerveau.
« Le moi, centre de gravité narratif » est un argument de Daniel Dennett (« The Self as a Center of Narrative Gravity », 1992, 1992) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : pas de moi fixe). Sa thèse : Le moi est, lui aussi, une abstraction et non une chose qu'on pourrait trouver dans le cerveau : il n'y a pas de moi fixe et séparé, seulement le centre de gravité narratif de nos récits. Le chercher dans le cerveau est une erreur de catégorie. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Où est votre « moi » ? Pas dans le pied, pas dans la main. Dans le cerveau ? Aucun neurone n'est « vous ». Dennett propose de penser le moi comme le centre de gravité d'un objet : un point qu'on ne peut pas toucher, qui n'est fait d'aucun atome particulier, mais qui sert à prédire très bien comment l'objet se comporte. Le moi serait de la même sorte, et il se forme de la même façon qu'une toile d'araignée : sans plan, par un travail constant. Dennett dit que nous tissons en permanence des récits sur nous-mêmes, comme l'araignée tisse sa toile (Consciousness Explained, 1991, chap. 13), et que le moi est le « centre de gravité narratif » de ces récits.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où le moi joue le rôle d'un centre de gravité, où les centres de gravité sont abstraits, et où pourtant le moi n'est pas abstrait : il serait une chose réelle dans le cerveau.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Galen Strawson 1999 · attaque la conclusionRésumé : Strawson défend un moi « mince » bien réel. Il y a un sujet d'expérience, qui peut ne durer qu'un instant, et qui n'est pas un récit ni une fiction. Beaucoup de gens n'ont d'ailleurs aucune tendance à se raconter leur vie. Le récit ne peut donc pas être ce qui fait le moi.
sans réponse
Résumé : Strawson défend un moi « mince » bien réel. Il y a un sujet d'expérience, qui peut ne durer qu'un instant, et qui n'est pas un récit ni une fiction. Beaucoup de gens n'ont d'ailleurs aucune tendance à se raconter leur vie. Le récit ne peut donc pas être ce qui fait le moi.
John Searle 1992 · attaque la conclusionRésumé : pour Searle, le moi de Dennett revient à traiter la conscience comme une illusion. Or, quand il s'agit de conscience, l'apparence est la réalité : si j'ai l'impression d'avoir mal, j'ai mal. On ne peut donc pas ranger la vie consciente parmi les fictions utiles.
sans réponse
Résumé : pour Searle, le moi de Dennett revient à traiter la conscience comme une illusion. Or, quand il s'agit de conscience, l'apparence est la réalité : si j'ai l'impression d'avoir mal, j'ai mal. On ne peut donc pas ranger la vie consciente parmi les fictions utiles.
PPaul Ricœur 1990 · attaque la prémisse 3Résumé : pour Ricœur, le récit ne dissout pas l'identité, il la constitue. Quand je raconte ma vie, je ne trouve pas un moi inchangé (l'identité du même), mais je tiens quand même ma parole et je reste le même « quelqu'un » pour les autres (l'identité du soi). L'identité narrative est ce qui relie les deux, et elle est réelle.
sans réponse
Résumé : pour Ricœur, le récit ne dissout pas l'identité, il la constitue. Quand je raconte ma vie, je ne trouve pas un moi inchangé (l'identité du même), mais je tiens quand même ma parole et je reste le même « quelqu'un » pour les autres (l'identité du soi). L'identité narrative est ce qui relie les deux, et elle est réelle.