QuestionsQui suis-je vraiment ?Le moi, centre de gravité narratif
Qui suis-je vraiment ?Pas de moi fixe

Le moi, centre de gravité narratif

Le centre de gravité narratif (Dennett)

Daniel Dennett 1942 · 2024La conscience n'a rien de magique : c'est le travail du cerveau, que la science peut expliquer.
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Ce qu'il soutient

Le moi est, lui aussi, une abstraction et non une chose qu'on pourrait trouver dans le cerveau : il n'y a pas de moi fixe et séparé, seulement le centre de gravité narratif de nos récits. Le chercher dans le cerveau est une erreur de catégorie.

Pourquoi

Comme le centre de gravité organise un objet sans être une chose en plus, le moi organise nos récits sans être une chose dans le cerveau.

La même idée à travers l'histoire
Hume1739Hume cherche en lui un « moi » et ne trouve que des perceptions. Dennett cite ce passage et en tire la leçon : personne n'a jamais vu un moi, pas plus qu'un centre de gravité.
Daniel Dennett1992Dennett développe l'idée dans un article de 1986 (publié en 1992) puis dans Consciousness Explained (1991, chap. 13) : le moi est une abstraction utile, formée par les récits que nous faisons sur nous-mêmes.
En bref

« Le moi, centre de gravité narratif » est un argument de Daniel Dennett (« The Self as a Center of Narrative Gravity », 1992, 1992) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : pas de moi fixe). Sa thèse : Le moi est, lui aussi, une abstraction et non une chose qu'on pourrait trouver dans le cerveau : il n'y a pas de moi fixe et séparé, seulement le centre de gravité narratif de nos récits. Le chercher dans le cerveau est une erreur de catégorie. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« The Self as a Center of Narrative Gravity », 1992
Valide avec une prémisse implicite

Où est votre « moi » ? Pas dans le pied, pas dans la main. Dans le cerveau ? Aucun neurone n'est « vous ». Dennett propose de penser le moi comme le centre de gravité d'un objet : un point qu'on ne peut pas toucher, qui n'est fait d'aucun atome particulier, mais qui sert à prédire très bien comment l'objet se comporte. Le moi serait de la même sorte, et il se forme de la même façon qu'une toile d'araignée : sans plan, par un travail constant. Dennett dit que nous tissons en permanence des récits sur nous-mêmes, comme l'araignée tisse sa toile (Consciousness Explained, 1991, chap. 13), et que le moi est le « centre de gravité narratif » de ces récits.

P1Un centre de gravité n'est pas une chose en plus des atomes de l'objet : c'est un objet abstrait, une « fiction de théoricien ». Pourtant, c'est une fiction très solide, qui a une vraie place en physique et qui permet de prédire l'objet.
P2Nous passons notre vie à raconter et à reraconter l'histoire de notre vie, sans trop nous soucier de sa vérité. Notre cerveau produit sans cesse ces récits, comme l'araignée produit sa toile, sans plan d'ensemble.
P3Le moi joue pour ces récits le rôle que le centre de gravité joue pour un objet : il est le point autour duquel ils s'organisent, il leur donne un « narrateur » et un héros. Comme le centre de gravité, il a une position seulement approximative, et il n'est pas une pièce du cerveau.
P4 · prémisse impliciteSi une chose joue, pour un ensemble, le rôle d'un centre de gravité (un point d'organisation) et si les centres de gravité sont des abstractions, alors cette chose est aussi une abstraction. L'analogie tient sur ce point.
Donc le moi est, lui aussi, une abstraction et non une chose qu'on pourrait trouver dans le cerveau : il n'y a pas de moi fixe et séparé, seulement le centre de gravité narratif de nos récits. Le chercher dans le cerveau est une erreur de catégorie.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où le moi joue le rôle d'un centre de gravité, où les centres de gravité sont abstraits, et où pourtant le moi n'est pas abstrait : il serait une chose réelle dans le cerveau.
L'argument est valide avec P4. Sans elle, rien ne dit que le moi doit être abstrait : on pourrait accepter que le moi joue le rôle d'un centre de gravité tout en étant une chose bien réelle (une petite entité dans le cerveau, par exemple). P4 est le cœur de l'analogie de Dennett, et c'est elle que ses critiques attaquent.
Analogie. Un vol d'étourneaux dessine dans le ciel une forme qui bouge et qui a l'air d'avoir un chef. Il n'y a aucun chef : chaque oiseau suit ses voisins. La forme est pourtant bien réelle pour nous, on peut la décrire et la prédire. Pour Dennett, le moi est comme cette forme : réel comme un motif, mais pas comme un oiseau en plus des autres.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Galen Strawson 1999 · attaque la conclusion

Résumé : Strawson défend un moi « mince » bien réel. Il y a un sujet d'expérience, qui peut ne durer qu'un instant, et qui n'est pas un récit ni une fiction. Beaucoup de gens n'ont d'ailleurs aucune tendance à se raconter leur vie. Le récit ne peut donc pas être ce qui fait le moi.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Dennett dans ses textes.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert : nous n'avons pas trouvé de réponse largement acceptée. Le désaccord de fond porte sur ce qu'on doit appeler « moi » : pour Dennett, le moi est ce que le récit construit ; pour Strawson, c'est le sujet de l'expérience, qui existe avant tout récit et même sans récit (notre résumé).
John Searle 1992 · attaque la conclusion

Résumé : pour Searle, le moi de Dennett revient à traiter la conscience comme une illusion. Or, quand il s'agit de conscience, l'apparence est la réalité : si j'ai l'impression d'avoir mal, j'ai mal. On ne peut donc pas ranger la vie consciente parmi les fictions utiles.

sans réponse
Dennett a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond porte sur le statut de l'apparence. Dennett ne nie pas que nous vivions des expériences : il soutient que ce que nous en disons est une interprétation, qui peut se tromper. Searle répond que cette distinction n'existe pas pour la conscience elle-même (notre résumé).
P
Paul Ricœur 1990 · attaque la prémisse 3

Résumé : pour Ricœur, le récit ne dissout pas l'identité, il la constitue. Quand je raconte ma vie, je ne trouve pas un moi inchangé (l'identité du même), mais je tiens quand même ma parole et je reste le même « quelqu'un » pour les autres (l'identité du soi). L'identité narrative est ce qui relie les deux, et elle est réelle.

sans réponse
voir l'argument
Dennett a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Où en est le débat (notre résumé)Dennett et Ricœur partent du même constat : le récit est central pour le moi. Ils s'opposent sur sa portée : pour Dennett, ce qu'il construit est une abstraction commode ; pour Ricœur, c'est une identité authentique, avec des engagements et une responsabilité (notre résumé).