L'homme volant : l'âme se connaît sans le corps
L'homme volant
Son être, son « moi », est autre chose que son corps et ses organes : l'âme n'est pas le corps, et même n'est pas un corps.
Privé de tout sens, l'homme volant sait quand même qu'il existe, sans affirmer l'existence de son corps : le moi n'est donc pas le corps.
« L'homme volant : l'âme se connaît sans le corps » est un argument d'Avicenne (Le Livre de la guérison, De l'âme, I, 1 et V, 7 ; Directives et remarques, namat 3, 1027) sur la question « L'esprit est-il le cerveau ? » (réponse : l'esprit n'est pas matière). Sa thèse : Son être, son « moi », est autre chose que son corps et ses organes : l'âme n'est pas le corps, et même n'est pas un corps. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 3 prémisses. AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Imagine un homme créé d'un coup, adulte, les yeux voilés, flottant dans l'air sans rien toucher, les membres écartés. Il ne voit rien, ne sent rien, pas même son propre corps. Sait-il qu'il existe ? Oui, répond Avicenne, et sans aucun doute. Pourtant il ne sait rien de ses mains, de son cœur ou de son cerveau. Six siècles plus tard, Descartes fera un raisonnement très proche ; on ne sait pas s'il connaissait le texte d'Avicenne, qui circulait en latin depuis le XIIe siècle. Avicenne lui-même présente l'homme volant comme un « éveil » pour qui sait voir, pas comme une démonstration en règle.
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Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Objection anticipée par Avicenne (Directives et remarques) 1032 · attaque la prémisse 1Je ne me connais pas directement : je me connais par mes actes. Je sais que j'existe parce que je pense, que je bouge, que je fais quelque chose.
Avicenne répond
Je ne me connais pas directement : je me connais par mes actes. Je sais que j'existe parce que je pense, que je bouge, que je fais quelque chose.
Arnauld, contre Descartes 1641 · attaque la prémisse 3Je peux concevoir clairement un triangle rectangle sans savoir que le carré de l'hypoténuse égale la somme des carrés des côtés ; cette propriété lui appartient pourtant. Connaître une chose sans en connaître une autre ne prouve pas qu'elles sont séparées : ma connaissance est peut-être seulement incomplète. L'objection vise Descartes, mais elle touche l'homme volant de la même façon : ignorer son cerveau ne prouve pas que le moi n'est pas le cerveau.
sans réponse
Je peux concevoir clairement un triangle rectangle sans savoir que le carré de l'hypoténuse égale la somme des carrés des côtés ; cette propriété lui appartient pourtant. Connaître une chose sans en connaître une autre ne prouve pas qu'elles sont séparées : ma connaissance est peut-être seulement incomplète. L'objection vise Descartes, mais elle touche l'homme volant de la même façon : ignorer son cerveau ne prouve pas que le moi n'est pas le cerveau.
Hume 1739 · attaque la prémisse 1Quand je rentre en moi-même, je tombe toujours sur une perception particulière : chaud, froid, plaisir, douleur. Je ne me saisis jamais sans une perception. L'homme volant, privé de toute perception, ne trouverait donc rien en lui, et dans un sommeil profond, nous n'avons même plus conscience de nous-mêmes.
Avicenne répond
Quand je rentre en moi-même, je tombe toujours sur une perception particulière : chaud, froid, plaisir, douleur. Je ne me saisis jamais sans une perception. L'homme volant, privé de toute perception, ne trouverait donc rien en lui, et dans un sommeil profond, nous n'avons même plus conscience de nous-mêmes.
NNeurosciences (XXe-XXIe siècles) 1990 · attaque la conclusionLa conscience de soi dépend du cerveau : une anesthésie la suspend, certaines lésions la modifient profondément (perte du sentiment d'habiter son corps, de reconnaître ses membres comme siens). Que l'homme volant ne sente pas son cerveau ne montre pas que son moi existe sans lui : nous ne sentons jamais notre cerveau, même quand il fonctionne.
sans réponse
La conscience de soi dépend du cerveau : une anesthésie la suspend, certaines lésions la modifient profondément (perte du sentiment d'habiter son corps, de reconnaître ses membres comme siens). Que l'homme volant ne sente pas son cerveau ne montre pas que son moi existe sans lui : nous ne sentons jamais notre cerveau, même quand il fonctionne.