Le jeu de push-pin vaut autant que la poésie
Push-pin ou poésie ; le plaisir comme seule mesure des arts
Les préjugés mis à part, le jeu de push-pin vaut autant que la musique et la poésie ; s'il donne plus de plaisir, il vaut davantage. Si la poésie mérite la préférence, c'est parce qu'elle plaît à ceux qui sont les plus difficiles à contenter.
La valeur d'un art se mesure au plaisir qu'il donne ; tout autre classement entre les arts est imaginaire.
« Le jeu de push-pin vaut autant que la poésie » est un argument de Jeremy Bentham (Bentham, The Rationale of Reward, 1825, livre III, chap. 1, 1789) sur la question « La beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ? » (réponse : tout est relatif). Sa thèse : Les préjugés mis à part, le jeu de push-pin vaut autant que la musique et la poésie ; s'il donne plus de plaisir, il vaut davantage. Si la poésie mérite la préférence, c'est parce qu'elle plaît à ceux qui sont les plus difficiles à contenter. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Le push-pin est un jeu d'enfants anglais, où l'on pousse des épingles. Bentham écrit que, les préjugés mis à part, il vaut autant que la musique et la poésie. Son idée vient de son principe d'utilité : tout ce qui est utile l'est parce qu'il donne du plaisir, et la valeur des arts se mesure donc à la quantité de plaisir qu'ils procurent. Tout classement qui ajouterait une autre supériorité (la noblesse de la poésie, la profondeur de la musique) est pour lui imaginaire. Il remarque même que tout le monde peut jouer au push-pin, alors que la poésie n'est goûtée que d'un petit nombre. Si la poésie mérite d'être préférée, c'est seulement parce qu'elle plaît à ceux qui sont les plus difficiles à contenter. Bentham ne parle pas ici du « beau » mais de la valeur des arts ; sa thèse le range pourtant parmi ceux pour qui il n'y a pas de beau en soi : seul compte le plaisir de chacun.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où deux activités donnent le même plaisir et n'ont pourtant pas la même valeur : par exemple si l'on juge aussi la qualité du plaisir, ou la qualité de l'œuvre.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
David Hume (le critique et le goût) 1757 · attaque la prémisse 2Hume écrit que celui qui prétendrait établir une égalité de génie et d'élégance entre Ogilby et Milton, ou entre Bunyan et Addison (un auteur médiocre et un grand, chaque fois), passerait pour soutenir une extravagance, comme s'il affirmait qu'une taupinière est aussi haute que le Ténériffe, ou qu'une mare est aussi étendue que l'océan. Il y a donc des différences de valeur en matière de goût.
un défenseur répond
Hume écrit que celui qui prétendrait établir une égalité de génie et d'élégance entre Ogilby et Milton, ou entre Bunyan et Addison (un auteur médiocre et un grand, chaque fois), passerait pour soutenir une extravagance, comme s'il affirmait qu'une taupinière est aussi haute que le Ténériffe, ou qu'une mare est aussi étendue que l'océan. Il y a donc des différences de valeur en matière de goût.
Emmanuel Kant (l'agréable et le beau) 1790 · attaque la prémisse 1Kant distingue l'agréable, où chacun peut dire « cela me plaît », et le beau, où il serait ridicule de dire « beau pour moi » : celui qui déclare une chose belle exige le même sentiment des autres. Une chose belle ne se mesure donc pas au simple plaisir de chacun.
sans réponse
Kant distingue l'agréable, où chacun peut dire « cela me plaît », et le beau, où il serait ridicule de dire « beau pour moi » : celui qui déclare une chose belle exige le même sentiment des autres. Une chose belle ne se mesure donc pas au simple plaisir de chacun.
John Stuart Mill (les plaisirs supérieurs) 1861 · attaque la prémisse 3Mill, élevé dans les idées de Bentham, corrige : il vaut mieux être un homme malheureux qu'un porc satisfait, être Socrate mécontent plutôt qu'un imbécile heureux. Les plaisirs ne diffèrent pas seulement par la quantité, mais par la qualité, jugée par ceux qui connaissent les deux.
sans réponse
Mill, élevé dans les idées de Bentham, corrige : il vaut mieux être un homme malheureux qu'un porc satisfait, être Socrate mécontent plutôt qu'un imbécile heureux. Les plaisirs ne diffèrent pas seulement par la quantité, mais par la qualité, jugée par ceux qui connaissent les deux.