QuestionsQui suis-je vraiment ?Aucun des cinq éléments n'est un « moi »
Qui suis-je vraiment ?Pas de moi fixe

Aucun des cinq éléments n'est un « moi »

Le sermon du non-soi (anattā)

Siddhārtha Gautama (le Bouddha) v. 480 av. J.-C. · v. 400 av. J.-C.Enseigne que ce qu'on appelle « moi » est fait d'éléments qui passent, sans soi permanent (anattā). Ses dates exactes sont débattues.
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Ce qu'il soutient

Aucun des cinq éléments n'est un soi : « ceci n'est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n'est pas mon soi ».

Pourquoi

Ce qui change sans cesse et ne nous obéit pas ne peut pas être notre « moi » : or le corps, les sensations et la conscience sont ainsi.

La même idée à travers l'histoire
Siddhārtha Gautama (le Bouddha)450 av. J.-C.Le sermon du non-soi est attribué au Bouddha, devant ses cinq premiers disciples, peu après son éveil. Les textes sont fixés par écrit des siècles plus tard.
Nāgasena100 av. J.-C.Le char du roi Milinda : la reprise tardive la plus connue, qui montre par une image que « personne » est un nom commode pour un assemblage.Hume1739Hume, vingt-deux siècles plus tard, ne trouve en lui-même que des perceptions et aucun « moi » à part.
En bref

« Aucun des cinq éléments n'est un « moi » » est un argument de Siddhārtha Gautama (le Bouddha) (Anattalakkhaṇa Sutta, Saṃyutta Nikāya 22.59, 450 av. J.-C.) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : pas de moi fixe). Sa thèse : Aucun des cinq éléments n'est un soi : « ceci n'est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n'est pas mon soi ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P1, P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Anattalakkhaṇa Sutta, Saṃyutta Nikāya 22.59
Valide avec une prémisse implicite

Le Bouddha parle à ses cinq premiers compagnons. Il énumère ce qui compose une personne : le corps, les sensations, les perceptions, les dispositions (« formations ») et la conscience. Pour chacun, il pose deux questions : est-ce permanent ? Est-ce que cela nous obéit ? Si ce qui était notre « moi » était un de ces éléments, nous pourrions lui commander : « que mon corps soit ainsi, pas autrement ». Or nous ne le pouvons pas : ces éléments vieillissent, tombent malades, changent malgré nous. Et ce qui est impermanent et source de souffrance ne mérite pas d'être appelé « ceci est moi ». Le texte ne dit pas que la personne n'existe pas ; il dit qu'aucun de ces éléments n'est un soi. C'est un texte du canon pāli, fixé par écrit des siècles après le Bouddha à qui la tradition l'attribue.

P1 · prémisse impliciteUne personne est faite de cinq éléments seulement : le corps, les sensations, les perceptions, les dispositions et la conscience.
P2Si un élément était un soi, il ne nous ferait pas souffrir et nous pourrions lui commander ce qu'il doit être. Or chacun de ces éléments nous fait souffrir et échappe à notre commandement.
P3Chacun de ces éléments est impermanent, donc source de souffrance, donc sujet à disparaître ; il n'est pas juste de le regarder comme « ceci est à moi, ceci est moi, ceci est mon soi ».
P4 · prémisse impliciteCe qui n'est ni permanent ni maîtrisable ne peut pas être un soi.
Aucun des cinq éléments n'est un soi : « ceci n'est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n'est pas mon soi ».

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Analogie.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

L
Les Pudgalavādins (école Vātsīputrīya) 250 av. J.-C. · attaque la prémisse 1

Cette école bouddhiste ancienne pense que le texte ne dit pas tout : il faut admettre une « personne » (pudgala), qui n'est ni identique aux cinq éléments ni totalement autre. Sans elle, disent-ils, qui porte le fruit de ses actes et qui renaît ? Pour eux, les cinq éléments ne sont pas toute la personne.

un défenseur répond
Vasubandhu (Abhidharmakośa, chap. 9) défenseur de l'argument · 400
Vasubandhu demande si cette « personne » est une chose réelle ou seulement un nom. Si elle est réelle, elle devrait être soit identique aux éléments, soit distincte d'eux ; si elle n'est « ni l'un ni l'autre », c'est un nom donné à l'assemblage, comme « lait » ou « armée ». La suite des causes, d'un moment au suivant, suffit à rendre compte des actes et de leurs fruits.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : le désaccord est ancien, entre bouddhistes eux-mêmes. Il porte sur ce que le texte laisse ouvert (une personne « ni même ni autre »), pas sur le texte.
N
Nyāya (Gautama, Nyāya-sūtra, III.1) 150 · attaque la conclusion

Les logiciens de l'école Nyāya, à partir du Nyāya-sūtra, défendent qu'il y a un soi distinct du corps, des sens et de l'esprit, dont la connaissance est une qualité : on se souvient de ce qu'on a vu, on reconnaît un objet vu avant, et cela suppose un même sujet qui garde la trace. Ce qui change ne pourrait pas relier hier et aujourd'hui.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Bouddha) dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : le sermon lui-même ne répond pas à cette objection de la mémoire. Les écoles bouddhistes ultérieures y répondent par la continuité causale des moments de conscience, une réponse qui reste discutée.
h
Ṭhānissaro Bhikkhu (The Not-self Strategy) 2013 · attaque la conclusion

Ce moine et traducteur américain lit le sermon autrement : le Bouddha a toujours refusé de dire s'il y a ou non un soi. « Non-soi » est une stratégie : ne pas s'identifier à ce qui change, pour s'en détacher. Lire le sermon comme « il n'existe aucun soi » serait aller plus loin que lui.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Bouddha) dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : cette lecture est elle-même discutée. Ce qui est sûr : le sermon conclut « ceci n'est pas mon soi » pour chaque élément ; il ne dit pas explicitement s'il y a un soi ailleurs.