QuestionsQui suis-je vraiment ?Le char : « Nāgasena » n'est qu'un nom
Qui suis-je vraiment ?Pas de moi fixe

Le char : « Nāgasena » n'est qu'un nom

Le char du roi Milinda

Nāgasena né en v. 150 av. J.-C.Moine du IIe siècle av. J.-C., il explique au roi grec Milinda qu'une personne n'est qu'un nom pour un assemblage d'éléments, comme un char.
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Ce qu'il soutient

Il n'y a pas de soi permanent en plus des éléments : « Nāgasena » est une désignation d'usage pour un assemblage d'éléments, comme « char » pour un assemblage de pièces.

Pourquoi

Le moi n'est ni une partie, ni leur somme, ni autre chose : comme le char, ce n'est qu'un nom pour un assemblage.

La même idée à travers l'histoire
Siddhārtha Gautama (le Bouddha)450 av. J.-C.Le non-soi (anattā) est enseigné dès les textes les plus anciens. Dans le sutra de Vajirā, la nonne répond à Māra par l'image du char : un mot pour un assemblage de parties, comme « être » pour les agrégats.
Nāgasena100 av. J.-C.Dans le dialogue avec le roi Milinda, l'image du char sert à montrer qu'« être une personne » est une désignation d'usage, sans soi permanent.
Nāgārjuna150Nāgārjuna examine la même question : le soi ne peut être ni identique aux agrégats, ni autre chose qu'eux.Hume1739En Europe, vingt siècles plus tard : l'esprit est un faisceau de perceptions et l'identité qu'on lui prête est une fiction.
Derek Parfit1984Parfit défend une vue « réductionniste » proche et note lui-même, dans un appendice, sa ressemblance avec la vue attribuée au Bouddha.
En bref

« Le char : « Nāgasena » n'est qu'un nom » est un argument de Nāgasena (Milindapañha, II, 1 (le roi Milinda et le moine Nāgasena), 100 av. J.-C.) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : pas de moi fixe). Sa thèse : Il n'y a pas de soi permanent en plus des éléments : « Nāgasena » est une désignation d'usage pour un assemblage d'éléments, comme « char » pour un assemblage de pièces. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Milindapañha, II, 1 (le roi Milinda et le moine Nāgasena)
Valide avec une prémisse implicite

Le roi Milinda (le roi grec Ménandre, dans la tradition) demande son nom à un moine, Nāgasena. « On m'appelle Nāgasena, répond le moine, mais ce n'est qu'un nom : il n'y a là aucun individu permanent. » Le roi proteste : alors qui mange, médite, agit ? Nāgasena demande au roi comment il est venu, à pied ou en char. En char. « Et qu'est-ce que le char ? Le timon ? L'essieu ? Les roues ? La caisse ? Tout cela ensemble ? Autre chose en plus ? » À chaque fois : non. Pourtant le roi a bien voyagé en char. Nāgasena en conclut que « char » est un mot commode pour un assemblage de parties, et que « Nāgasena » l'est de même pour un assemblage d'éléments (le corps, les sensations, les perceptions, les dispositions, la conscience). Attention : il ne dit pas que la personne n'existe pas ; il dit qu'elle n'est pas une chose permanente en plus de ces éléments. Le texte est un dialogue composé (probablement dans le nord-ouest de l'Inde, entre le Ier siècle av. J.-C. et le IIe siècle) : les deux personnages parlent par la plume d'un auteur que nous ne connaissons pas.

P1S'il y avait un « moi » permanent, une chose réelle à laquelle le nom renvoie, ce serait soit l'un des éléments qui composent la personne (cheveux, os, corps, sensations, perceptions, dispositions, conscience), soit leur ensemble, soit quelque chose en dehors d'eux.
P2Ce n'est aucun de ces éléments pris à part : Nāgasena répond non à chacun.
P3Ce n'est pas non plus leur ensemble, comme si cet ensemble était une chose de plus.
P4Ce n'est pas non plus quelque chose en dehors des cinq éléments : on n'en trouve aucune trace.
P5 · prémisse impliciteUn nom peut être employé à bon droit pour un assemblage de parties, sans qu'il y ait une chose permanente de plus que les parties : c'est le cas du « char ».
Donc il n'y a pas de soi permanent en plus des éléments : « Nāgasena » est une désignation d'usage pour un assemblage d'éléments, comme « char » pour un assemblage de pièces.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où aucune chose permanente ne correspond au nom, mais où le nom n'est pas non plus une désignation légitime (il est « un simple son vide », comme le roi le dit d'abord).
P1 énumère les possibilités ; P2, P3 et P4 les écartent une à une ; il n'y a donc pas de chose réelle et permanente qui soit « le moi ». P5 est la prémisse cachée : sans elle, on pourrait croire que si le moi n'existe pas comme chose, le nom « Nāgasena » est vide et le moine a menti (c'est l'accusation du roi). L'exemple du char sert justement à montrer que non. Dans le texte, P3 est la plus délicate : « l'ensemble » n'est pas écarté parce qu'il serait faux de parler de la personne, mais parce qu'il n'est pas une chose de plus, qui serait « le moi ». Les objecteurs attaquent surtout P4 : Descartes affirme saisir un moi pensant sans corps.
Analogie. Une équipe de foot n'est ni le gardien, ni l'attaquant, ni l'entraîneur, ni leur somme comme une chose de plus, ni quelqu'un d'extérieur à eux. Pourtant on parle bien de « l'équipe » et on sait ce qu'on dit. Nāgasena dit que « Nāgasena » fonctionne comme « l'équipe » ou « le char » : un mot juste, qui ne désigne pas une chose cachée derrière les éléments.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

L
Le roi Milinda (dans le dialogue) 100 av. J.-C. · attaque la conclusion

Si la personne n'est qu'un flux d'éléments qui passent, qui renaît ? Est-ce le même ou un autre ? Et si c'est un autre, celui qui renaît échappe aux actes de celui qui est mort : plus personne n'est responsable.

Nāgasena répond
Nāgasena 100 av. J.-C. · Réponse de Nāgasena dans le même texte
Ni le même ni un autre. Il compare la personne à la flamme d'une lampe allumée pour la nuit : la flamme du premier moment de la nuit n'est pas celle du deuxième, et pourtant on n'a pas trois lampes, la lumière vient de la même lampe. De même, un élément naît quand un autre passe, et la renaissance est comme simultanée : la continuité d'une personne se maintient sans qu'une chose identique traverse le temps.
L
Le roi Milinda (dans le dialogue) 100 av. J.-C.
Mais si ce qui renaît est autre, le nouvel être ne devrait-il pas être libéré de ses mauvais actes passés ?
Voir la suite du débat (1)
Nāgasena 100 av. J.-C.
Non, justement parce qu'il renaît. Il compare avec un voleur de mangues : même s'il dit que les mangues qu'il a prises ne sont pas celles que l'autre a plantées, il est coupable, car son fruit vient de l'autre. Les actes sont faits par un ensemble d'éléments, et un autre ensemble renaît ; mais ce dernier vient du premier et n'est pas libéré de ses actes.
Où en est le débat (notre résumé)La réponse de Nāgasena sépare l'identité (« le même ») de la continuité causale : ce qui compte pour la renaissance et la responsabilité est le lien de cause à effet entre les éléments. Le désaccord de fond : ce lien suffit-il à fonder la responsabilité sans un sujet identique ? Parfit défend plus tard une thèse proche (voir plus bas), des philosophes comme Reid la rejettent. Point ouvert. (Notre résumé.)
Descartes 1641 · attaque la prémisse 4

Quand je doute de tout, une chose résiste : je pense, et la pensée ne peut être détachée de moi. Je suis donc une chose qui pense. Ce moi n'est ni mon corps ni mes sensations : je le saisis directement, et il n'est pas l'un des éléments que tu énumères.

un défenseur répond
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1641, après sa mort (null).
Derek Parfit défenseur de l'argument · 1984
Parfit refuse l'idée d'un moi qui serait un fait de plus, distinct du corps, du cerveau et de la suite des événements mentaux. Pour lui, on peut tout dire de la vie d'une personne en décrivant ces événements et les liens entre eux : le sentiment d'être un sujet indépendant ne prouve pas qu'il y en ait un. Il note lui-même, dans un appendice, que cette vue ressemble à celle qu'on attribue au Bouddha.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond : ce que Descartes saisit en pensant est-il un sujet distinct de ses pensées, ou seulement une pensée de plus ? Ni Descartes ni les défenseurs du non-soi ne peuvent prouver leur témoignage à l'autre. Point ouvert. (Notre résumé.)
Thomas Reid 1785 · attaque la conclusion

Les pensées, les douleurs, les actes passent : ils sont successifs comme le temps. Mais l'identité suppose une existence continue, sans interruption. Une personne est donc quelque chose d'indivisible, qui reste la même quand ses pensées changent. Mon identité personnelle implique l'existence continue de cette chose indivisible que j'appelle moi-même : un assemblage de parties ne suffit pas.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1785, après sa mort (null).
Le débat continue (notre résumé) Nāgasena a vécu près de dix-neuf siècles avant Reid. Il aurait pu lui répondre ce qu'il dit à Milinda : une personne demeure par continuité, comme la flamme d'une lampe, et non par identité (Milindapañha II, 2, 1). Reid répondrait que la continuité d'une flamme n'est pas l'identité : une chose qui cesse d'exister ne peut pas être la même que celle qui commence ensuite. (Notre résumé.)
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond : « rester la même personne » exige-t-il un sujet strictement identique (Reid), ou seulement une continuité qui suffit pour la mémoire et la responsabilité (Nāgasena) ? Point ouvert. (Notre résumé.)