La clôture de Chesterton : comprendre pourquoi elle est là avant de la supprimer
La clôture de Chesterton
Celui qui ne voit pas l'utilité d'une institution n'a pas le droit de la supprimer. Qu'il aille chercher pourquoi elle est là : s'il le comprend, il pourra la détruire à bon droit.
Quelqu'un a mis cette clôture là pour une raison, et tant qu'on ne la connaît pas, on ne peut pas juger si c'était raisonnable.
« La clôture de Chesterton : comprendre pourquoi elle est là avant de la supprimer » est un argument de G. K. Chesterton (The Thing, « The Drift from Domesticity » (1929), 1929) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : la tradition). Sa thèse : Celui qui ne voit pas l'utilité d'une institution n'a pas le droit de la supprimer. Qu'il aille chercher pourquoi elle est là : s'il le comprend, il pourra la détruire à bon droit. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Un réformateur arrive devant une clôture ou une barrière en travers d'une route. Il dit : « Je ne vois pas à quoi ça sert, supprimons-la. » Chesterton répond que le réformateur avisé doit lui dire : « Si tu n'en vois pas l'utilité, je ne te laisserai certainement pas la supprimer. Va réfléchir. Puis, quand tu pourras revenir me dire que tu en vois l'utilité, je te permettrai peut-être de la détruire. » Ce n'est pas un refus de réformer. Chesterton dit que celui qui connaît l'origine d'une institution et le but qu'elle servait peut très bien conclure que ce but était mauvais, ou ne l'est plus, ou n'est plus rempli. Il demande seulement de comprendre avant de détruire.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où l'on ne voit pas l'utilité d'une clôture alors qu'on connaît très bien sa raison d'être (elle gardait des moutons qu'il n'y a plus) : on peut alors juger, et la supprimer sans manquer à la règle.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Mary Wollstonecraft 1790 · attaque la prémisse 3Respecter une coutume parce qu'elle est ancienne, c'est révérer « la rouille de l'antiquité ». Des coutumes contre nature ont été fixées par l'ignorance et l'intérêt mal compris, et on les appelle ensuite le fruit sage de l'expérience. Quand le lierre détruit le tronc qui le porte, qui ne l'arracherait pas ?
Chesterton répond
Respecter une coutume parce qu'elle est ancienne, c'est révérer « la rouille de l'antiquité ». Des coutumes contre nature ont été fixées par l'ignorance et l'intérêt mal compris, et on les appelle ensuite le fruit sage de l'expérience. Quand le lierre détruit le tronc qui le porte, qui ne l'arracherait pas ?
John Stuart Mill 1859 · attaque la prémisse 5« Le despotisme de la coutume est partout l'obstacle constant au progrès de l'humanité », en lutte sans cesse avec l'esprit qui cherche mieux que l'habituel. Appliqué à la clôture (notre application, Mill ne parle pas de Chesterton) : exiger de chaque réformateur qu'il comprenne d'abord la raison des coutumes, c'est donner à la coutume un avantage qu'elle n'a pas gagné.
un défenseur répond
« Le despotisme de la coutume est partout l'obstacle constant au progrès de l'humanité », en lutte sans cesse avec l'esprit qui cherche mieux que l'habituel. Appliqué à la clôture (notre application, Mill ne parle pas de Chesterton) : exiger de chaque réformateur qu'il comprenne d'abord la raison des coutumes, c'est donner à la coutume un avantage qu'elle n'a pas gagné.
Nick Bostrom et Toby Ord 2006 · attaque la conclusionBostrom et Ord soutiennent que bien des jugements contre un changement viennent d'un biais du statu quo : une préférence injustifiée pour l'état actuel des choses. Leur « test de renversement » : si l'on juge mauvais d'augmenter une grandeur (par exemple l'intelligence humaine), demandons s'il serait bon de la diminuer. Si l'on juge mauvais les deux changements, c'est à nous d'expliquer pourquoi le point actuel serait justement le meilleur ; sans explication, on soupçonne le biais.
sans réponse
Bostrom et Ord soutiennent que bien des jugements contre un changement viennent d'un biais du statu quo : une préférence injustifiée pour l'état actuel des choses. Leur « test de renversement » : si l'on juge mauvais d'augmenter une grandeur (par exemple l'intelligence humaine), demandons s'il serait bon de la diminuer. Si l'on juge mauvais les deux changements, c'est à nous d'expliquer pourquoi le point actuel serait justement le meilleur ; sans explication, on soupçonne le biais.